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Bryan Ferry : "In your mind"
Journal d’un séducteur

mercredi 30 avril 2008, par Jérôme Delvaux

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« Mais quelle laide pochette ! » s’écrie-t-on souvent en faisant face à cette photo d’inspiration douteuse. Même si elle a largement influencé le travail d’autres artistes, dont le graphiste en charge de la couverture du fameux Sexor de Tiga, il faut bien reconnaître que l’illustration d’In your mind n’est pas du meilleur goût. Il serait toutefois dommage de s’en tenir au contenant car le contenu de l’album, lui, vaut largement le détour.

Resituons le contexte : en 1977, Roxy Music est officiellement séparé (ou en break prolongé, dira-t-on avec le recul) depuis deux ans, et Bryan Ferry se consacre donc désormais pleinement à sa carrière solo entâmée quelques années plus tôt avec These foolish things (un autre exemple de couverture hideuse et typiquement seventies). A Londres, la scène rock est sécouée par le séisme punk mais cette mode éphémère indiffère Ferry au plus haut point. Pour marquer le coup après ses trois premiers disques presque exclusivement consacrés à des reprises, il présente sur In your mind huit nouvelles compositions originales. Et quelles compositions ! A l’instar d’un David Bowie alors en train de vivre ses meilleures années de songwriter, Ferry fait une nouvelle fois montre d’un indéniable talent de compositeur, mais aussi de parolier. Ses textes parlent avec beaucoup de finesse de baisers volés, d’amours fugaces et de sexe facile (One kiss, Love me madly again, Party doll), mais aussi d’une prostituée asiatique (Tokyo Joe), et cela sent souvent le vécu... C’est peu dire que durant les longues tournées de Roxy Music, il a dû briser des cœurs et électriser bien des corps, notre classieux dandy. Pourtant, là où d’autres tomberaient dans le vulgaire et emploieraient un vocabulaire peu châtié, Ferry sait se montrer fin et délicat. « Geisha girl show you she adore you. Two oriental eyes implore you. Femme fatale or ingénue (en français dans le texte) ? » chante-t-il sur le single Tokyo Joe. Mais il peut aussi parfois se montrer plus explicite : « Do you make savage love when you meet ? Don’t talk about it, show me » (sur Love me madly again).

Musicalement, le chanteur ne s’éloigne pas de sa recette habituelle. Avec le producteur Steve Nye, loin de se contenter du schéma rock traditionnel guitare/basse/batterie, il continue d’user et abuser de pianos, saxophones, trompettes, violons et percussions diverses. Il en résulte un son à la fois riche et fouillé, même si certains le trouveront sans doute parfois un peu trop complexe. Quelques éléments sortent toutefois du lot. Sur la très belle Love me madly again, l’essentiel de la magie - au-delà de la voix - repose sur les élégantes harmonies de la section de cordes dirigée par Ann Odell. Sur All night operator, un titre d’inspiration soul, ce sont les chœurs sur le refrain qui rendent le morceau si catchy. Et une fois encore, on peut dire que Ferry s’est très bien entouré puisqu’en plus de ses fidèles Chris Spedding, Neil Hubbard et l’ex-King Crimson John Wetton aux guitares et basses, il peut à nouveau compter sur son compère Paul Thompson, le batteur de Roxy Music. Le guitariste Phil Manzanera fait également une nouvelle apparition en guest-star sur un titre.

Même si In your mind est un album nettement moins pop et moins facile d’accès que son prédécesseur, Let’s stick together, il séduit sur la longueur, à force d’écoutes attentives et répétées. C’est d’ailleurs souvent le cas des meilleurs disques : il faut prendre le temps de les apprivoiser. Lorsqu’on y parvient avec In your mind, il n’en finit plus de livrer ses trésors, écoute après écoute.



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Jérôme Delvaux





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Bryan Ferry : "In your mind"
(1/1) 30 avril 2008, par Yû




Bryan Ferry : "In your mind"

30 avril 2008, par  [retour au début des forums]

Cette pochette est le chaînon manquant entre Leonard Cohen et Bob Dylan.

(Comment ça je suis viré ?)

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