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Can : "Tago Mago" La Théorie et la Pratique mardi 14 février 2006, par |
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Après avoir été longtemps un groupe des plus souterrains, Can est devenu une référence inévitable. Aujourd’hui, on ne trouve plus une anthologie qui les occulte et plus un journal qui se permette de les critiquer. On inventerait plutôt des louanges inédites pour encenser ces musiciens allemands au détriment de leurs contemporains anglais, de ces joueurs de rock « progressif » qui furent, selon la légende, terrassés par les chevaliers punkoniques en l’an de grâce 1977. Cette réhabilitation paraît tout-à-fait juste : les œuvres de Can sont passionnantes. Mais on se trompe quand on les considère comme opposés ou en réaction à la musique de leur époque. Une critique de leur album le plus célèbre, le double Tago Mago, montrera pourquoi.
Tout commence comme un disque de rock. Et pas des moindres... En écoutant Paperhouse, Mushroom ou Oh Yeah, on a l’impression d’être plongé dans une zone au-delà du temps. S’il on sent un net parfum seventies, dans les solos de guitare encore psychédéliques, la rythmique sauvage et répétitive semble nous propulser quelques années lumières plus tard. Can ne se contente pas de pressentir le mouvement punk, il se projette déjà dans un moment musical postérieur. La rage est ironique, détachée et s’excite devant sa propre impuissance, s’entretetient à mesure qu’elle se nie. Il y a quelque chose, dans ce ton, qui annonce Sonic Youth, Nirvana, les Pixies, voire Nine Inch Nails, emblêmes d’une génération qui arriva après toutes les batailles, toutes les défaites du rock. Une génération qui innova profondément, à son tour, mais sans complaisance, sans même beaucoup d’amour-propre. Ainsi Mushroom impressionne, appelle bien des choses. Sur une rythmique binaire et étouffante, le chanteur Damo Suzuki lâche un désespoir qui ne s’embarrasse guère de belles formules : « I was born, I was dead/I’m gonna give my despair ». Et la force de Tago Mago réside en grande partie dans ces paroles minimalistes et cette manière particulière de les proférer. Suzuki ne chante jamais. Parfois il hurle. Parfois il murmure. Souvent, il semble presque forcé de dire son texte, marquant les notes avec réticence, comme un patient qui révélerait des choses graves à son psychiatre. Cette sensibilité intense et transmise au premier degré permet d’affirmer, à l’issue de la troisième piste, que Can est un vrai groupe de rock. Cette remarque méritait d’être faite car toute une partie de la critique tend à les considérer comme une sorte d’émanation de la musique contemporaine, à la manière de Brian Eno ou Frank Zappa ; des personnes que leur culture classique placerait en quelque sorte au-dessus des débats, qui seraient autorisées à faire du rock sans être des rockers... Dans les articles concernés, on n’en finit jamais de se demander si ces gens ont fait avancer la musique rock, s’ils ont fait avancer leur propre musique en se servant du rock, si leur but, finalement, n’était pas la fin du rock, etc. Les amateurs de paradoxes trouvent là de quoi meubler les longues conversations d’hiver. Navré de les décevoir, on trouve avec Tago Mago une situation beaucoup moins compliquée. Certes, le quatrième morceau, Halleluwhah, dure plus de dix-huit minutes, et la section rythmique s’adonne encore davantage à ses penchants répétitifs. Il y a quelque chose de provocant dans ce duel obstiné que se livrent la basse de Holger Czukay et la batterie de Jaki Liebezeit. Mais, on n’y peut rien, un certain groove finit par en sortir, et dès que notre oiseau rare du Japon se met à s’énerver, aucun doute n’est possible : Halleluwhah pénètre durablement dans la tête de celui qui l’écoute et se fredonne même avec plaisir. Il répond ainsi en tous points à ce qu’on peut appeler l’esthétique du rock. Il est juste un peu longuet, défaut largement partagé à cette époque. Aumgn et Peking O posent des problèmes un peu plus sérieux. D’une durée tout aussi extrémiste (17 et 11 minutes), ils voient se multiplier les expérimentations soniques au détriment de toute mélodie identifiable. Les pistes vocales, déjà inversées par moments dans Oh Yeah, y sont triturées dans tous les sens, rendues caverneuses dans Aumgn et stridentes dans Peking O. Les instruments s’emballent, refusant tout confort, quitte à faire passer la plupart des disques de free-jazz pour de l’easy-listening. La dernière chanson, Bring Me Coffee Or Tea, relativise un peu le propos, en redonnant une certaine transe rythmique à ce chaos organisé. Mais à la fin de sa première écoute, l’auditeur reste convaincu que les musiciens ont comploté pour éprouver ses nerfs pendant la moitié de l’album. On peut trouver ça immensément brillant, drôle ou pénible. Et c’est à cause de ce genre de morceaux qu’on donne à Can cette place « à part » dans la musique rock. Avec de tels manifestes anti-harmoniques, on assiste bien ici à une tentative de « déconstruction » du rock, telle que la pratiquaient leurs contemporains et compatriotes de Faust. Mais là encore, cela n’isole pas Can, ni les groupes allemands. Au contraire, il semblerait bien que ce fameux krautrock, appelation ridicule qui signifie littéralement « rock choucroute », ne soit qu’une tendance du rock dit progressif, c’est-à-dire d’une tendance mondiale qui tentait de modifier la grammaire musicale du rock tout en conservant une partie de son instrumentation et de son feeling. Il n’y aucune différence de nature entre Peking O et, par exemple, The waiting room de Genesis, avec ses clochettes et ses bruitages inspirés de la musique concrète, ou All the seats were occupied, d’Aphrodite’s Child : pur quart d’heure de bruit et point d’orgue du concept-album Apocalypse 666. Dans tous les cas, on se trouve face à une hybridation entre une musique pop et une autre plus savante, qui ne ménage pas forcément les oreilles et ne courtise guère les radios. Tout le problème, pour la critique d’aujourd’hui, qui continue de se passionner pour des débats vieux de vingt ans, est de prouver le talent de Can sans utiliser, précisément, cet adjectif qui fâche : progressif. Et l’on cherche à montrer comment, tout en s’inspirant de Varèse, John Cage, Messiaen et Tristan Tzara, ces chercheurs ont pu annoncer le message punk, garder l’esprit garage, ou on ne sait quel autre secret qui vous classe chez les bons et pas chez les autres. On mélange en fait deux questions bien différentes. D’abord un problème sociologique qu’on ne résoudra jamais : les punks anglais haïssaient les groupes progressifs parce qu’ils étaient composés d’étudiants aisés, qui ne comprenaient rien à la classe ouvrière. S’ils avaient connu les disques de Can, ils les auraient sans aucun doute jeté à la poubelle avec ceux des Pink Floyd. D’un point de vue plus esthétique, on constate que les morceaux Mushroom et Peking O cohabitent sur le même disque. Ce qui démontre que les formes musicales les plus primaires n’excluent pas nécessairement les plus intellectuelles et les plus tarabiscotées. Et ça doit être pour cela que tant d’artistes, des punks anticonformistes de Teardrop Explodes aux têtes chercheuses post-rock de Godspeed You Black Emperor, ont revendiqué l’héritage de Can. La richesse des moyens qu’ils utilisent réunit les publics les plus différents, et finit par nier, avant même que la question se soit posée, les prétendues oppositions qui les séparent. Ce qui ne signifie pas que Can fut un groupe au talent unique, perdu dans une époque désastreuse. Bien au contraire, leur musique est une excellente occasion de vérifier les multiples virtualités du rock dans les années 70. La musique mérite qu’on s’y attarde, qu’on lui prête des raisons et des sentiments. Mais les piédestals sont injustes, qu’ils soient érigés par les gardiens de l’authenticité ou les musicologues en chambre. Can est une formation atypique d’une époque riche en formations atypiques. Sa place, importante, dans l’histoire du rock, n’occulte pas celle des autres. Et l’on trouvera chez tous ces autres (de Kim Fowley à Manfred Mann Earth Band, de 10CC à Scott Walker) des raisons d’ignorer la guéguerre imbécile qui oppose les tenants du trois accords à ceux du onze temps et demi par mesure. La bonne musique est celle qui fait feu de tout bois, qui utilise les moyens adaptés à ce qu’elle veut transmettre. Si finalement, le mariage entre rock’n roll et musique contemporaine apparaît réussi, sur Tago Mago, c’est parce qu’il s’agit de noces barbares. Parce que tout, ici, nous parle de rage et de destruction. |
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Il y a 25 contribution(s) au forum. Can : "Tago Mago"
(1/16) 11 mai 2011 Can : "Tago Mago"
(2/16) 25 novembre 2010, par grolol Can : "Tago Mago"
(3/16) 26 juin 2007 Can : "Tago Mago"
(4/16) 12 novembre 2006, par Pierre-Marie Bodeven Can : "Tago Mago"
(5/16) 2 novembre 2006 Can : "Tago Mago"
(6/16) 4 juillet 2006, par ovni Can : "Tago Mago"
(7/16) 26 avril 2006 Can : "Tago Mago"
(8/16) 2 avril 2006, par anticonstitutionnellemment Can : "Tago Mago"
(9/16) 20 février 2006, par manu Can : "Tago Mago"
(10/16) 18 février 2006, par lkj Can : "Tago Mago"
(11/16) 15 février 2006 Can : "Tago Mago"
(12/16) 15 février 2006 Can : "Tago Mago"
(13/16) 14 février 2006, par chromosedamage Can : "Tago Mago"
(14/16) 14 février 2006, par Serge Coosemans Can : "Tago Mago"
(15/16) 14 février 2006, par Omok Can : "Tago Mago"
(16/16) 14 février 2006, par mellotronic |
Can : "Tago Mago" 3 mars 2008 [retour au début des forums] ben moi cet album m’emmerde
Can : "Tago Mago" 22 novembre 2006 [retour au début des forums] on JURERAIS que Mushroom c’est Radiohead !!! Can : "Tago Mago" 16 août 2010, par Giovanni Votano [retour au début des forums] Haha, tu me fait rire toi, Revolution 9 plus con que ça tu meurs, c’était bien la preuve que les Beatles avaient compris qu’il pouvaient sortir n’importe quoi, ça se vendrais toujours.
Can : "Tago Mago" 3 avril 2006, par Jesus [retour au début des forums]
ouais, moi c’est quand j’avais 4 ans que ma mere avait été dans un concert de Can en 1975 à Berlin ... Je te dis que ca, evidement, j’en avait rien à foutre non plus, ma mère elle etait folle de m’envoyer la bas, moi si petite ... puis en grandissant, (tout comme toi), j’ai commencé à aimer le progressif et plus principablement le kraut rock ... le style de mon pays d’origine ... mais ma mère preferait Neu ! je pense ... c’était plus doux et moin hard Can : "Tago Mago" 29 octobre 2006, par suedehead72 [retour au début des forums] hahahaha !!! alors la !!! encore une fois superbe ,grand disque "oh yeah" ce morceau est un mystere ,la vache !! ce disque a 35 ans presque et il est si moderne !!! le disque a ecouter religieusement !!
Can : "Tago Mago" 7 avril 2006 [retour au début des forums] C’est ce que je me demande aussi. En effet, Can et Neu sont les 2 representants su Kraut Rock.
Can : "Tago Mago" 23 février 2006, par Boris Ryczek [retour au début des forums] Bonjour, votre réponse m’intéresse car je n’ai pas fait ce rapprochement de Genesis et de Can par hasard et j’espérais qu’il suscite des réactions comme la votre. Quand je parle de Genesis, soyons bien d’accord, je parle de celui de Peter Gabriel, pas de tout ce qui a pu se passer ensuite. Je ne crois pas que nous ayons là un groupe qui cherche à caresser l’auditeur dans le sens du poil. Peu connus en leurs temps (la presse parlait d’eux, mais le succès mondial commençait à peine à se dessiner avec The Lamb), Genesis cherchait de nouveaux territoires au rock : une dramaturgie scénique originale et sur le plan sonore, des apports hérités du jazz ou de la musique classique, mêlés à des bons vieux éléments pop et soul. Parmi les groupes directement influencés par ce Genesis-là, on peut citer XTC ou The Jam, qui ne sont pas particulièrement des groupes commerciaux et qui sont en général classés avec la new wave et le punk. Quant au jeu de guitare de Steve Hackett, s’il reste au premier plan, contrairement à celui de Michael Karoli (encore qu’à l’écoute de Oh Yeah, par exemple, votre remarque soit discutable), on peut néanmoins lui reconnaître une grande originalité. Refusant la manie de la vitesse qui prédominait à l’époque (voir Ritchie Blackmore de Deep Purple, ou Alvin Lee de Ten Years After), Hackett prenait le plus souvent des soli très atmosphériques (réécouter The Lamia, Firth of Fifth, etc.). Peu de notes, mais un discours véritablement tenu, parfaitement lié à celui des autres musiciens... Ce jeu de guitare annonce à sa manière (beaucoup moins que Pink Floyd ou Tangerine Dream, certes) le mouvement ambient des années 80, qui a lui-même influencé la techno, et patati et patata...
Can : "Tago Mago" 15 février 2006, par R.T. [retour au début des forums] Mon Dieu ! De l’humour dans les commentaires des lecteurs de Pop-rock, enfin ! Merci infiniment mademoiselle. Can : "Tago Mago" 13 avril 2006, par Ca y est je me calme, j’écrit des choses meilleurs [retour au début des forums] Faut arrêter de fumer des joint mon petit gars, ca ne te reussit pas vraiment à ce que je vois ... inutile de te contredire sur ce que tu dis, parce que sous l’influence de la drogue ... enfin ... j’espere que tu vas bientot te desintoxique, tu en auras besoin ...
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