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David Bowie : "Heroes" Trilogie berlinoise : acte 2 - Naissance d’une Nouvelle Vague samedi 3 avril 2004, par |
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Excédé par son statut de star adulée, Bowie quitte Los Angeles fin 1976 pour emménager dans le quartier turc de Berlin, à quelques pas du Mur de la honte, où il redécouvre un certain anonymat. Ses expériences au contact de cette population désoeuvrée, dans un contexte politique et social extrêmement tendu, lui inspirent un triptyque musical ténébreux dont le deuxième acte, Heroes, constitue sans aucun doute le sommet.
Ils sont déjà loin le chanteur pop de 1969 (Space oddity), l’icône glam androgyne de 1972 (Ziggy Stardust) et le Prince blanc du funk de 1975 (Young Americans). Véritable artiste caméléon, David Bowie a cette faculté déconcertante de passer d’une peau, que dis-je, d’une carrière à l’autre. A peine a-t-on le temps de s’attacher à un de ses personnages qu’il le suicide et passe à autre chose, tant d’un point de vue musical que conceptuel. Comment oublier la mise à mort de Ziggy Stardust en pleine gloire, en 1973, au terme d’un concert qui tournait à l’hystérie collective ? Comment expliquer, après un Diamong dogs visionnaire et orwelien, un passage brutal au son black de la Motown et aux mélodies funk, voire disco, de Fame ? Bowie refuse tout simplement, au grand désarroi de ses fans, de s’isoler dans un registre. Après Station to station enregistré à Hollywood entre deux lignes de coke, en 1976, c’est un Bowie paranoïaque et dépressif qui quitte les Etats-Unis, déjà lassé par son pourtant fringuant personnage de Thin White Duke, sorte de crooner dandy. A la surprise générale, il choisît la capitale Est-allemande comme destination. La métropole, à l’époque encore divisée par le Mur, dispose d’un important héritage artistique et culturel avec ses musées, ses cabarets et ses boîtes de nuit avant-gardistes. Berlin-Ouest est capitaliste et prospère, Berlin-Est est staliniste et en ruines. D’un côté comme de l’autre, les gens passent leur temps à boire et l’atmosphère est pesante. Bowie, souvent rejoint par son camarade Iggy Pop, s’y sent pourtant à l’aise. Il écume les bars et s’enivre de cette ambiance si particulière déjà décrite par son ami Lou Reed sur son album sobrement intitulé Berlin. A l’époque, le mouvement punk fait rage, dans les hit-parades comme en rue. Bien que cette scène doive beaucoup à sa musique et à son look des seventies, David Bowie n’y apporte pas le moindre intérêt et projette d’expérimenter un son bien plus révolutionnaire, repoussant le plus loin possible les règles de cette musique rock’n roll de papa dont il a soupé, au moins autant que The Clash et les Sex Pistols. Low sort en janvier 1977 et fait l’unanimité contre lui. Le disque fâche Bowie avec RCA qui s’attendait à un nouvel album funk. Au moins en avance de dix ans sur son époque, il est descendu en flèche par la critique. Auprès du public non plus, il ne trouve pas grâce. On a du mal à comprendre la présence en face B du LP de quatre plages instrumentales atmosphériques. L’apport de Brian Eno, chantre de la musique électronique, est sujet à controverse. Personne ne semble encore prêt pour des telles expérimentations et l’album est rapidement délaissé. Deux mois plus tard, Bowie produit The idiot d’Iggy Pop, qu’il a entièrement co-écrit. Bien que moins avant-gardiste, ce disque cafardeux (le chanteur de Joy Division s’est suicidé en l’écoutant) est peu accessible et se démarque de façon spectaculaire du rock de l’époque. Comme pour Low, le public est distant et les critiques ne savent pas trop quoi en dire. L’accueil de Heroes, qui sort un peu plus tard la même année, est encore plus froid. Au lieu de se raviser face à l’incompréhension de ses contemporains, Bowie décide d’enfoncer le clou : Eno, encore plus impliqué, co-signe l’écriture de trois morceaux et impose encore davantage les synthétiseurs. Tony Visconti est toujours à la production et, seul changement de line-up, le guitariste Ricky Gardener cède sa place au très talentueux Robert Fripp (King Crimson), vieil ami de Eno. L’album s’ouvre avec le tonitruant single Beauty and the beast et une formidable montée en puissance. Le chant, souvent marmonné et parfois à peine audible de Low, laisse la place à une interprétation plus assurée, quelques fois au bord de la rupture. Les avis divergent au sujet des paroles. Certains pensent que Bowie et le fantasque Iggy Pop, junkie tout juste sorti d’un asile psychiatrique, sont la Belle et la bête en question (à l’époque, les spéculations sur leurs relations homosexuelles supposées vont bon train). D’autres pensent simplement que le texte a trait à Terry, le jeune frère handicapé de David. Avec le très sous-estimé Joe the lion, Bowie nous entraîne dans les bas-fonds de Berlin, à la rencontre d’un personnage torturé, croisé au bar Joe’s Beer House. Joe le lion est un homme solitaire et déprimé qui hante les bars la nuit en quête de compagnie. La chanson s’adresse de manière générale à tous les désespérés des grandes villes. Robert Fripp y livre une partie de guitare d’une qualité stupéfiante, alliant adresse et rapidité avec une précision quasi chirurgicale. Même si cela peut paraître difficile à croire aujourd’hui, la plage titre Heroes et son single ne connurent qu’un succès mitigé. Et pourtant... A bien y regarder, ne s’agit-il pas tout simplement d’un des plus beaux morceaux de tout le répertoire de l’artiste ? L’histoire est celle d’un petit couple d’amoureux que Bowie et Eno observent tous les jours, depuis le studio Hansa. Comme pour braver l’autorité, l’un et l’autre se donnent chaque jour rendez-vous au pied du Mur. Touché par cette scène, Bowie se met à imaginer ce qu’ils peuvent se dire et ce qu’il se passerait s’ils décidaient de franchir le Mur, en dépit de la présence des gardes. Ils deviendraient des héros... mais pour un jour seulement. Il les décrit s’enlaçant alors qu’ils tombent sous les « balles de la honte ». Son chant, au départ plutôt posé, évolue progressivement en hurlements amers. Pour toute personne qui ignore ce contexte, Heroes peut passer pour une jolie chanson qui parle de Rois, de Reines et de dauphins... C’est toute la richesse du songwriting de Bowie. Sons of the silent age s’adresse ensuite à chaque personne qui regarde s’écouler sa vie sans vivre ses rêves, se complaisant dans une certaine routine métro-boulot-dodo. C’est aussi un message adressé à la génération punk : le No future c’est bien beau mais est-ce viable ? Bowie réveille ces fils de l’âge du silence à grand coups de saxophone. Son interprétation vocale est d’une richesse alors presque jamais atteinte. Puis vientBlackout, au rythme assez proche de Beauty and the beast et qui fait également très fort sur le plan de la voix : Bowie scande plus qu’il ne chante et change de ton sans crier gare. Il revendique à nouveau vivement l’influence du Japon sur son art et, soutenu par une basse virevoltante, déclame inlassablement des paroles comme I kiss you in the rain (je t’embrasse sous la pluie) qui auront plus tard beaucoup d’influence sur un groupe comme The Cure. V-2 Schneider s’ouvre sur une ligne de basse hypnotique de George Murray. Différentes composantes viennent ensuite s’y greffer : les percussions endiablées de Dennis Davis, une guitare bourrée d’effets et un refrain susurré qui se limite à deux mots. Le morceau est un hommage à Florian Schneider, le leader de Kraftwerk, ce groupe allemand précurseur de l’usage des synthétiseurs et de la pop électronique. Il est toutefois musicalement assez éloigné de l’univers froid de la formation de Düsseldorf. Sense of doubt qui le suit en est par contre assez proche. Cet instrumental fâche définitivement Bowie avec les nostalgiques de Life on Mars ou Moonage daydream. Trois notes de clavier martelées sur fond d’atmosphère angoissante créent un climat glacial. Moss garden va plus loin encore dans l’expérimentation. Bowie y joue du koto, un instrument traditionnel japonais à 13 cordes, avec les nappes de synthé d’Eno comme seul accompagnement. Arrive enfin Neuköln (du nom du ghetto turc de Berlin), où un saxophone sombre et menaçant semble rivaliser avec des instrumentations électroniques complexes. Sur les dernières notes, le saxo est si plaintif qu’on dirait une bête qui hurle à la mort. Ecouter ce morceau avant de s’endormir n’est pas à conseiller, sous peine de faire des cauchemars. Se disant sans doute que terminer sur une note aussi dramatique aurait vraiment été trop provoque, Bowie nous livre The secret life of Arabia en guise de final. La chanson, inspirée par la vie des ancêtres des Turcs de Neuköln, surprend par son optimisme et par l’irrésistible envie de se trémousser qu’elle dégage. Maudit à sa sortie, Heroes a grandement contribué à ouvrir l’esprit des générations suivantes et devint un classique dès l’avènement de la vague froide. Il a aussi mis Berlin à la mode. Quelques années plus tard, Nick Cave ou encore Martin Gore y emménageront à leur tour. Pour faire revivre le mythe, Fad Gadget et Depeche Mode pousseront même le vice jusqu’à aller enregistrer au studio Hansa... En faisant un pied de nez aux clichés du rock et en abordant avec la même sensibilité exacerbée les sentiments humains et des thèmes plus politiques, Heroes a tout simplement créé, involontairement, ce qu’on appelle aujourd’hui la new wave. « La règle, c’est qu’il n’y a pas de règle », aurait dit Bowie au producteur Tony Visconti, dérouté par sa manière de composer à cette époque. Chacun à leur manière, les jeunes auteurs de Joy Division, The Cure et beaucoup d’autres, n’allaient pas tarder à s’engouffrer profondément dans toutes les brèches ouvertes, contre vents et marées, par la paire Bowie/Eno. Le punk n’aura été qu’une illusion... |
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Il y a 11 contribution(s) au forum. David Bowie : "Heroes"
(1/5) 21 août 2007, par rené David Bowie : "Heroes"
(2/5) 24 juin 2006, par Youki Samayas > David Bowie : "Heroes"
(3/5) 12 avril 2004, par Jé > David Bowie : "Heroes"
(4/5) 3 avril 2004, par Kao > David Bowie : "Heroes"
(5/5) 3 avril 2004, par solferino |
> David Bowie : "Heroes" 4 avril 2004, par anab L [retour au début des forums] C’est long, général, déjà lu, et s’arêtter à des considérations géographiques apporte toujours aussi peu d’éléments sur l’essentiel : la musique. > David Bowie : "Heroes" 5 avril 2004, par Carl [retour au début des forums] long ? tant mieux. Il aurait été dommage de traiter un album aussi important en 10 lignes. Général ? Qu’entendez-vous par là ? Je trouve que l’auteur va bien dans le détail.
> David Bowie : "Heroes" 5 avril 2004, par solferino [retour au début des forums] Bowie en 75 frequente les milieux branchés de los angeles>>il ns livre young americans,un album de plastic soul, genre tres populaire dans les boites de la cote ouest et a la mode aux USA
> David Bowie : "Heroes" 1er octobre 2005 [retour au début des forums] Bowie n’innove pas, il recupere et popularise, en les edulcorant, des experiences faites par des musiciens plus doués, plus intellectuels que lui, mais n’ayant ni son charisme, ni son physique, ni ses moyens techniques, ni sa soif de gloire (Eno, Fripp, Kraftwerk et j’en passe). > David Bowie : "Heroes" 4 janvier 2006, par sane26 [retour au début des forums] Depuis le début des 70’s,Bowie n’a pas céssé de fréquenté les millieux underground,il y piqué des idées à droite et a gauche et les mettait à sa sauce.....par exemple en 70/71 il s’inspire de l’univers velvetien de la scène new yorkaise,avec ses travestis ,ses junkies et son héritage garage rock....pour crée "Ziggy Stardust" en 72.Durant sa periode soul/funk ,il ouvre les porte de ce style aux puplic "blancs"et pour cause enticipe l’avènement du disco . pour sa periode "berlinoise" il superpose tout ses bagages avec le krautrock allemand , en alliant l’esthetique Glam ,rock décadent et minimamiste et atmosphere glaciale ...on peut dire qu’il a donné naissance à la new wave, mais il est en rien un novateur !.... faut qu’ il a été trés malin comme même . > David Bowie : "Heroes" 30 mai 2008, par Théo [retour au début des forums] Comment peut-on à la fois n’être en rien un novateur et donner naisance à la new wave ?
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