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John Cale : "Paris 1919" European son jeudi 22 février 2007, par |
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Après son départ du Velvet Underground, John Cale revêt tout au long des années 70 la parure du poète maudit, adepte d’esthétiques surannées ou à l’inverse, d’idées avant-gardistes toujours surprenantes, l’essentiel étant pour lui de ne jamais stagner là où on l’attend, et de suivre le processus de (dé)construction artistique auquel il s’est voué de longue date. Paris 1919, sorti en 1973, est sans doute son oeuvre la plus accessible qui soit au commun des mortels et pourtant, elle n’est pas loin d’être une de ses meilleures.
Malgré son apparente simplicité, Paris 1919 est tout sauf un simple chansonnier de tubes populaires à même de trouver leur place au billboard. Ce qui ne l’empêche aucunement d’être à la portée de n’importe quel auditeur dilletante, avec sa parure de pop baroque à la sérénité olympienne, qui évoque à la fois les tristes balades du nord de l’Angleterre et les opérettes raffinées du XIXème siècle. Plus que la beauté des mélodies ou la voix nuancée à la perfection de John Cale, c’est l’harmonie totale et la méticulosité qui se dégagent des sections de cordes et de cuivre qui frappent le plus l’esprit. Présentes sur l’intégralité des morceaux mais jamais injustifiées ou abusives, ces orchestrations offrent le vibrant témoignage d’une ère où on comprenait encore la signification du mot "parcimonieux", et où il n’était nul besoin de tartiner la pop ou le rock d’une succession de couches symphoniques pour lui donner un lustre qui s’avère souvent plus pompier que gracieux. Quoi qu’il en soit, Paris 1919 et John Cale déploient sur toute la durée de l’album une finesse et une classe à même de renvoyer un David Bowie ou un Morrissey au rang de redneck bouseux du Midwest. Avec, il est vrai, une verte poussée d’adrénaline solitaire en son méridien, le rock’n roll endiablé de Macbeth, mais il fallait bien cela pour rendre hommage au cruel roi d’Ecosse shakepearien ! Quand on écoute Paris 1919 et ses morceaux aussi formels et raffinés que l’heure du thé à Kensington Palace, on a peine à croire qu’à peine six années plus tôt, l’artiste gallois détruisait méthodiquement toutes scorie mélodique (et tout espoir de succès commercial) au sein du Velvet Underground. Mais la richesse de la langue employée et la complexité de certains lyrics dénient tout droit à une simple approche sonore de ce chef-d’œuvre. On pourrait aussi prendre Paris 1919 comme une fugue littéraire transposée sur le plan musical. Child’s Christmas in Wales, inspiré d’une nouvelle de Dylan Thomas, le vaudeville musical léger de Graham Greene, et les références récurrentes à l’Histoire, la géographie et l’art occidental en général témoigneraient en ce sens. A cette première inspiration vient s’ajouter l’idée d’un de ces voyages formateurs à travers l’Europe que, du XIXème au début du XXème siècle, tout individu bien né se devait d’avoir effectué dans sa jeunesse. Tout au long du périple s’inviteront l’excitation et une certaine joie primesautière, la nostalgie du pays et des temps enfouis, une douce et raisonnable mélancolie, mais aussi une tristesse indicible qui possède beaucoup trop de notions de savoir-vibre pour s’exprimer ouvertement. Dans le cas d’un artiste aussi accompli que John Cale, on ne peut se livrer qu’à de simples supputations quant à la raison d’être de ce mélange d’émotions contradictoires. Le multi-instrumentiste gallois est beaucoup trop perfectionniste pour s’être laissé aller une simple juxtaposition ludique d’éléments aussi différents. Cale lui-même résumait d’ailleurs son album de 1973 comme « une des manières les plus élégantes d’exprimer des choses atroces ». Une piste pourrait être ouverte par le titre de l’album. Paris, 1919, c’est la fameuse conférence de la paix dans la capitale française, celle dans laquelle Lloyd George, Orlando, Clémenceau et Wilson officialisèrent la disparition des empires allemand, autrichien et ottoman et où, au nom du "plus jamais ça", ils scellèrent la seconde agonie de l’Europe encore à venir. Un monde séculaire disparaissait à pas feutrés, sans que personne ne se doute encore à quel point la chute serait sans fin. L’idée d’un album dominé par une affliction inconsciente vis-à-vis d’un monde nouveau et lourd de menaces serait dès lors parfaitement adéquate. Mais 1919 à Paris, c’est aussi une date fichée en plein cœur du mouvement surréaliste et plus particulièrement, dadaïste, justement élaboré en réaction à la boucherie que fut la Grande Guerre. Une école polymorphe tournant en roue libre, constituée d’une constellation d’individualités unies par un désir commun de s’affranchir de toutes contingences liées au formalisme dans l’art. Et Cale, tout à la conscience de ses capacités littéraires, se prêterait dès lors au jeu de l’écriture surréaliste. Des extraits tels que Down in Transvaal / Where crocodiles and men fight on / They would have played all night / Even with loaded dice ou encore There’s a law for everything / And for elephants that sing to keep / The cows that agriculture won’t allow déroutent au milieu de considérations nettement plus classiques, et brouillent encore davantage les pistes que l’on s’efforce tant bien que mal de baliser. Ce paradoxe diabolique entre le classicisme recherché dans le chant et la composition, et la dualité de ces textes à la fois sérieux et fantaisistes, rajoute encore à l’obscurité du but poursuivi. Gageons que la vérité, si vérité il y a, n’appartient qu’à John Cale et que se perdre en interprétations diverses fait aussi partie du plaisir offert par cet album d’exception. Quoi qu’il en soit, Paris 1919 reste un album profondément européen dans ses choix artistiques comme dans son atmosphère crépusculaire et ses références constantes au passé. N’allez pas imaginer qu’il soit pour autant figé dans un classicisme poussiéreux. On est face à de la musique pop qui, en même temps, n’est plus du tout de la pop. D’admirable lors des premières écoutes, Paris 1919 diffuse paisiblement son poison au fil du temps, et on en vient à s’avouer complètement hypnotisé par ce monument d’apparence inoffensive, mais qui, sans jamais se départir d’un fin sourire de supériorité bien assumée, touche à une perfection absolument unique dans son créneau. |
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Il y a 6 contribution(s) au forum. John Cale : "Paris 1919"
(1/4) 23 février 2007, par 7 ALM John Cale : "Paris 1919"
(2/4) 23 février 2007, par jm John Cale : "Paris 1919"
(3/4) 22 février 2007 John Cale : "Paris 1919"
(4/4) 22 février 2007, par kozmik |
John Cale : "Paris 1919" 22 février 2007, par 2deNeurone [retour au début des forums] Pourquoi en remettre une couche ... Plasticine est hors-sujet ici ! d’acc ou pas d’acc ? John Cale : "Paris 1919" 23 février 2007, par I_fucked_Sofia_Copola_and_Kirsten_Durst_in_the_same_bed [retour au début des forums] T’as un problème avec Indochine ? Indochine, c’est génial et si t’aimes pas t’es rien qu’un gros méchant ! Et Plastiscine c’est top cool, et si t’aimes pas c’est que t’as rien compris à la musique... PS Tentative avortée (je l’espère) d’un terroriste intellectuel dont le but est de baisser le niveau de discussion sur un album d’un niveau extra-ordinaire ! Bravo pour la critique !
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