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Léo Ferré : "Avec le temps"
La vie d’artiste

lundi 2 août 2010, par Vincent Ouslati

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Parfois l’on y revient. Souvent il en faut. Il en faut de ces retours de bâtons, de ces flash-backs, de ces rappels. Je ne saurai évacuer toute ma pile de disques sans repasser parfois par Lui, par cette voix, par ce phrasé si singulier. Au vu de sa discographie conséquente, de son parcours long, varié, libre, farouchement indépendant et pourtant si désireux de reconnaissance, il me faut simplement en revenir à une maigre compilation, histoire de s’arracher des veines sur des textes beaux comme le temps qui s’en va et vous quitte, vous laisse. Merde, Ferré.

J’écoute ce recueil de 1972 réunissant quelques perles sur un collier qui en compte des centaines, amas de verroterie et de vrais diamants, longue file de merveilles sur un fil vermillon, qui brille et qui casse aussi, parfois. J’écoute et c’est la gorge qui se noue, toujours, c’est l’œil qui se fait humide, souvent, ce sont les mots qui touchent et font autant de bien que de mal, et on aime ça.

Historiquement, Avec le temps est peu de choses, une petite sélection de trois ans de travail du franco-monégasque, alors ne voyez ici qu’un prétexte fumeux pour épancher mes souvenirs, éclater les sensations que me font surgir des chansons aussi vibrantes que La vie d’artiste, Avec le temps, A toi et quelques autres. Ferré, le maitre de lui-même et sans Dieu, merci au Diable de l’avoir laissé écumer les salles pendant plus de quarante ans, d’avoir pu déclamer des textes aussi beaux. Rien n’est plus difficile que de suivre toute la carrière du bonhomme. Il faut suivre ces virages intempestifs, ces crises de doutes et ces envies qui vont et viennent. Envies d’orchestres, puis d’intimité, de grandiloquent et d’absolu. Bien sur, il y a cette chanson Avec le temps, incessamment reprise, souvent massacrée, parfois magnifiée. Je n’ai jamais trouvé une seule adaptation digne de Lui, rien, pas moyen. Casse-gueule d’imiter un tel condensé d’émotions, ce piano qui pleure et qui fait pleurer, cette chanson qui indéfiniment vous prend les tripes et ne vous les rends pas. Une veuve noire qui prend tout son temps pour vous digérer, vous consumer.

Cette chanson, justement célébrée, ne sortira pourtant que sur un pâle 45 tours sans grande presse pour l’appuyer, l’on sait ce qu’il adviendra de ce titre dans les années qui suivirent et l’engouement qu’il provoquera.
Vrai qu’elle est sublime cette chanson, vrai qu’elle ne cesse de toucher les auditeurs de tous ages, vrai qu’on ne peut s’empêcher de l’écouter. Conte des désillusions d’un homme, désillusions de tous les Hommes mis en mots avec une crudité qui fait exploser ses propres moments de solitude.
Vous oubliez qu’il parle à tous, il vous parle à vous, uniquement, cette vie contée est la votre, elle vous appartient sans doutes aucuns. Une appropriation, certainement égoïste. Avec le temps s’ecoute seul, isolé, le monde est loin et ce piano est près de votre oreille, le violon vous blesse autant qu’il vous soigne, et cette voix, forcément cette voix... Ce temps-là, vous ne pouvez le partager qu’avec vous-même.

Si je m’en tiens à cette petite compilation, La vie d’artiste ne manque pas non plus de me faire son petit effet et, curieusement, les ingrédients sont proches. Le relief abrupt, la voix qui clame mais qui point ne chante, ces notes de piano qui répondent au monologue, "Je continue ma vie d’artiste. Plus tard sans trop savoir, un étranger, un maladroit, lisant mon nom, sur une affiche, te parlera de mes succès. Mais, un peu triste, toi qui sais, tu lui diras, je m’en fiche, que je m’en fiche".
Puis le piano souffre de lourdes frappes sur les touches et s’achève cette vie d’artiste.

Non pas que j’aime tout un répertoire, je préfère le Ferré tourmenté et noir d’Et basta que les collaborations symphoniques parfois vraiment hermétiques. Mais quitte à le prendre en entier, autant tenter les expériences, il ya toujours quelque chose à retenir d’un maitre.
Léo Ferré, héros de mon père, je l’ai pourtant vu en concert, fête de l’Humanité, sa dernière apparition publique à l’invitation de Bernard Lavilliers. Drame de mon jeune age, je n’en ai aucun souvenir et je m’en mords les doigts. Que je regrette aujourd’hui cette mémoire défaillante, juste pleine de cris et du soleil qui tapait dur ce jour-là, et puis, et puis plus rien, le néant, dommage.

Le prétexte d’une compilation pour parler d’un tel homme, un peu facile de ma part il est vrai. Mais pas de honte, pas de méchanceté. Juste que c’est ici le seul CD qui me soit disponible sous les yeux. Je vois la pochette, la galette qui maintes fois écoutée, saute au moment de L’amour fou, et mine de rien, je me plonge dans de beaux souvenirs. Je me fous bien que ce ne soit qu’un petit machin produit à la va-vite pour surfer sur le succès inattendu d’une sombre face B. Merci Satan et basta.



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Vincent Ouslati





Il y a 10 contribution(s) au forum.

Léo Ferré : "Avec le temps"
(1/3) 2 août 2010, par Michel Bourlet
Léo Ferré : "Avec le temps"
(2/3) 2 août 2010, par Carla Blondie
Léo Ferré : "Avec le temps"
(3/3) 2 août 2010, par Lithium




Léo Ferré : "Avec le temps"

2 août 2010, par Michel Bourlet [retour au début des forums]

Léo Ferré, immense parolier et interprète touchant, certes. Mais aussi un pervers pédophile qui ne s’en cachait même pas (voir les paroles de la chanson Petite). Mais à sa décharge, la pédophilie était un crime accepté par la culture gaucho-soixanthuitarde ("Amours libres", "Il est interdit d’interdire"...), considéré comme un vice parmi d’autres, au même titre que le sado-masochisme ou la zoophilie ; et donc pas grave, excusable - pas plus, pas moins - ce qu’on a souvent tendance à oublier.

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    Léo Ferré : "Avec le temps"

    2 août 2010, par Carla Blondie [retour au début des forums]


    SI le seul fait de chanter "Petite" fait de Ferré un pédophile, les paroles des "Villes de grandes solitude" font de Sardou un violeur multi-récidiviste.

    Mais à la décharge de ce dernier, le viol était un crime accepté par la culture droito cinquantehuitarde etc..

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    Léo Ferré : "Avec le temps"

    2 août 2010, par Lithium [retour au début des forums]


    Mais quel tissu de connerie ! Putain mais les amalgames ! A ce titre Aznavour et Serge Lama sont aussi des "pervers pédophiles" ; Et Nabokov et son Lolita, lui aussi un sacré salopard ! Et j’en oublies d’autres !

    Confondre une œuvre avec du crime, ça par contre, c’est certainement pas soixantehuitard, mais de la bonne sacrosainte morale diffamatoire de papy réac.

    Minable. Mais vous avez oublié de citer "Pépée", le célèbre hymne zoophile !

    Avec des propos tels que les vôtres, Céline ne doit trouver grâce que dans votre barbecue.

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    Léo Ferré : "Avec le temps"

    2 août 2010, par Vincent Ouslati [retour au début des forums]


    Je plussoie aux réactions de Lithium ou de Carla Blondie. Autant il me semble juste de ne pas occulter des faits répréhensibles commis par une personne publique, autant se limiter à des textes (et non des actes prouvés et condamnés) pour la juger me parait carrément con.

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    Léo Ferré : "Avec le temps"

    3 août 2010 [retour au début des forums]


    MB, tu es un immense connard certes. Mais aussi un pauvre débile qui ne s’en cache même pas (voir post ci-dessus). Mais à ta décharge l’imbécilité est un crime accepté et revendiqué par la rédaction réaco-pucelle ("les rappeurs sont des racailles", "les islamogeauchistes sont des méchants" etc. etc.), considérée comme une qualité parmi d’autres, au même titre que le racisme, l’imposture ou le mensonge ; et donc pas grave, excusable - pas plus pas moins - ce qu’on a souvent tendance à oublier.

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    Léo Ferré : "Avec le temps"

    3 août 2010 [retour au début des forums]


    Petite
    by Léo Ferré
    Tu as des yeux d’enfant malade
    Et moi j’ai des yeux de marlou
    Quand tu es sortie de l’école
    Tu m’as lancé tes petits yeux doux
    Et regardé pas n’importe où
    Et regardé pas n’importe où

    Ah ! petite Ah ! petite
    Je t’apprendrai le verbe "aimer"
    Qui se décline doucement
    Loin des jaloux et des tourments
    Comme le jour qui va baissant
    Comme le jour qui va baissant

    Tu as le col d’un enfant cygne
    Et moi j’ai des mains de velours
    Et quand tu marchais dans la cour
    Tu t’apprenais à me faire signe
    Comme si tu avais eu vingt ans
    Comme si tu avais eu vingt ans

    Ah ! petite Ah ! petite
    Je t’apprendrai à tant mourir
    A t’en aller tout doucement
    Loin des jaloux et des tourments
    Comme je jour qui va mourant
    Comme je jour qui va mourant

    Tu as le buste des outrages
    Et moi je me prends à rêver
    Pour ne pas fendre ton corsage
    Qui ne recouvre qu’une idée
    Une idée qui va son chemin
    Une idée qui va son chemin

    Ah ! petite Ah ! petite
    Tu peux reprendre ton cerceau
    Et t’en aller tout doucement
    Loin de moi et de mes tourments
    Tu reviendras me voir bientôt
    Tu reviendras me voir bientôt

    Le jour où ça ne m’ira plus
    Quand sous ta robe il n’y aura plus
    Le Code pénal

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Léo Ferré : "Avec le temps"

2 août 2010, par Carla Blondie [retour au début des forums]

Immense artiste.

A tel point que même si l’on ne partage pas ses opinions, même si l’on n’affectionne pas particulièrement son créneau musical, on ne peut que s’incliner devant un tel talent.

Une verve qui rend l’immense majorité des chanteurs "à textes" bien fades.

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Léo Ferré : "Avec le temps"

2 août 2010, par Lithium [retour au début des forums]

Très beau texte, qui respire l’intime et le spleen. Je comprends. Léo manque terriblement...

Dans 10 000 ans, ça passera, on aura tout !

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