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Léo Ferré : "La solitude" Musique critique lundi 10 mai 2010, par |
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La période "pop" de Léo Ferré aura duré peu de temps : un Chien, une Nana et cet album, presque entièrement accompagné par Zoo, collectif jazzy-rock dont on se souvient essentiellement grâce à cet épisode. Car La solitude est fameux : album manifeste, il résume, en tirades ou en chansons, une démarche qui refusait de séparer ces choses essentielles de la chose humaine que sont l’art, l’amour et la politique.
Il y a, forcément, pour commencer, le morceau-titre, sur lequel on peut réfléchir toute une vie. Lorsqu’on refuse l’aliénation des sociétés modernes, qui passe par le formatage du désir, des consciences et des idées - jusqu’au vocabulaire - la solitude devient une éthique, une bravade. Le désespoir, l’expression des émotions personnelles, sont malvenus dans un monde construit pour le bonheur de tous. En quelques phrases, Ferré déconstruit les "moules" dans lesquels nous nous fondons, par lesquels nous devenons des pièces de la machine, dépossédés de nous-mêmes. Et la difficulté de résister à cette forme d’oppression : puisque une attitude vraie se définit dès lors dans l’opposition ("le non-dit, le non-avenu, le non-vierge") et que l’absence de lucidité est constitutif de la nature humaine. "La lucidité se tient dans mon froc". Face à ce constat, exprimé avec ce qu’il faut d’emphase provocatrice : des violons, un orgue, une guitare électrique certes vieillis mais toujours aussi puissants, il reste à trouver un positionnement artistique, qui est, chez Ferré, inséparable d’une attitude. On trouvera dès lors, sur sa Solitude, quelques autoportraits un tantinet complaisants. La vieille image baudelairienne de l’albatros, calquée un peu superficiellement dans un décor moderne. Une injonction, Faites l’amour, qui a sacrément perdu de sa dimension subversive, sortie du contexte de la France après-gaulliste. Les Pop, Dans les nights, deux morceaux qui fleurent bon le rajeunissement artificiel du vieil anar qui se rêvait idole. Mais l’essentiel ne réside pas dans ces cabotinages et autres documents historiques d’une drôle d’époque. L’essentiel se trouve d’abord dans Ton style, et Tu ne dis jamais rien, deux des plus belles chansons d’amour jamais écrites par Ferré. Deux illustrations de ce que peut être une histoire réellement vécue, à partir du moment où l’on a fait le constat de son absence de discernement dans le rapport à l’autre, où l’on a fait son deuil des morales fabriquées. Deux expressions brutes du désir, d’une douleur acceptée, des "jeux de l’enfer" qui se jouent entre les êtres, et de notre faculté d’imagination qui fait que le mot "amour" mérite malgré tout sa noblesse, son droit d’être employé sans ridicule, avec fierté. Deux chansons pas rock pour deux sous. Tant mieux. Et Le conditionnel de variétés, chanson politique par excellence, sur laquelle il est également intéressant de de s’attarder un peu. Ici, pas de théorie. Des faits : cadences exténuantes chez Renault, licenciements dans l’industrie textile, interdiction d’un journal aujourd"hui bien oublié, La Cause du Peuple, que Jean-Paul Sartre était descendu vendre dans la rue. Ferré rejoint ici l’attitude des folk-singers américains qui inspirèrent Bob Dylan ou Bruce Springsteen, les Pete Seeger et consorts, pour qui la chanson était d’abord média, canal d’expression, de revendication. On est servi en violence, en fougue, en lyrisme. Lyrisme des chanteurs qui portent leur message avec la force de la croyance. Lyrisme du gospel comme des hymnes révolutionnaires. Ferré est celui qui a dit - dans Il n’y a plus rien - que "les plus beaux chants sont des chants de revendication". Et qui le prouve avec ce disque et un certain paquet d’autres chansons, qui nous éloigneraient de la pop et du rock : Les anarchistes, Ni Dieu ni maître, etc. En ces temps de nihilisme bon teint, où la dérision systématique sert d’argument pour la préservation – ou l’aggravation – de l’état de fait inégalitaire, il est bon de se remettre ce genre de disques dans les oreilles. Car on est pas obligé de faire partie de ceux qui renvoient dos à dos "les extrêmes", et de considérer qu’une idéologie qui prétendait vouloir l’égalité de tous, signifiait la même chose qu’une idéologie dressant les peuples les uns contre les autres. Fallait-il, en tant que libertaire, défendre un journal maoïste, produit d’une propagande extrêmement bien huilée, d’un régime extrêmement néfaste, mais défendant une vision du monde en apparence généreuse ? Il est permis, quarante ans et un Livre Noir du Communisme plus tard, de répondre encore par l’affirmative. Le problème est le suivant : y a-t-il encore un Léo Ferré dans la salle, pour s’impliquer, en musique, dans le monde d’aujourd’hui ? Là, un peu plus de scepticisme s’impose… Mais rien à redire sur la démarche. La prochaine fois, on parlera d’un disque moins politique. C’est bien aussi. |
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Il y a 2 contribution(s) au forum. Léo Ferré : "La solitude"
(1/1) 10 mai 2010, par Johnny dead |
Léo Ferré : "La solitude" 23 mars 2011, par bd live [retour au début des forums] Bien envoyé, Johnny dead... Léo et sa solitude...pour moi, l’inspiration à l’état pur : paroles prophétiques soutenues par une musique violemment mélancolique.
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