|
|
Lou Reed : "Berlin" Mes mots n’ont de valeur que si tu les lis. mardi 23 mars 2010, par |
|
DANS LA MEME RUBRIQUE :
|
L’athéisme n’est pas une chose positive, car revenant à une privation de Dieu. Or, la question de l’existence de Dieu est en elle-même absurde, puisque demandant des capacités dont l’Homme, par essence, ne peut disposer. Dès lors, penser Dieu revient à le conceptualiser de manière flottante, à l’utiliser comme une idée qui à la fois engloberait et serait englobée par l’Homme, jusqu’à ce petit pas de côté, en apparence hors de nous, à partir duquel l’on peut commencer à penser l’Homme, c’est-à-dire que l’on réconcilie Dieu entre son statut de neurones clignotants dans notre cerveau et son statut de force extérieure, indépendante de l’Homme. Cette fusion contre nature de deux problèmes s’annulant l’un l’autre est l’un des prérequis de nos systèmes de pensée. En effet, c’est ce même schéma que nous reproduisons au travers d’autres poussages de mégots métaphysiques : la mort, la morale, le droit, ou encore l’amour. Car toutes les croyances scientifiques ne sauraient dans nos esprits aller au-delà de nos croyances subjectives, et s’il est un sujet que nous ne saurions laisser entre les seules mains boudinées de nos scientifiques mesquins, alors l’amour, ce sentiment infini capable d’enfermer Dieu lui-même, ne saurait devenir objet de science tant il reste en nos esprits telle une part fragile de notre âme, dont les liens pourtant forts auraient la capacité de se dissoudre suffisamment pour devenir privation. Et si l’amour était la mutilation de soi ?
J’écarte doucement mes paupières et constate avec désespoir l’échec douloureux de mon carême nocturne. Arriverai-je un jour à t’oublier, toi l’ubiquiste qui s’épanouit loin de moi pendant que tu tourmentes mon for intérieur. Ton regard se pose sur chacun de mes gestes, du plus inavouable au plus quotidien, au point que j’appréhende une conscience nouvelle de mon être au sein du monde. Toutes les petites douleurs de mon corps, chaque sensation, même les plus infimes. Sous l’éclat du regard, mes pupilles dilatées semblent percevoir le moindre frémissement. Mon acuité est à son paroxysme, et je comprends douloureusement la béatitude des ignorants. Tout ce que j’oubliais, tout ce que mes sens passaient sous silence, tout cela se révèle à moi sans retenue, dans un éclat de couleurs disparates dont je ne sais que trop cerner les formes décousues. J’ai envie de hurler, un cri de douleur intense, discorder jusqu’à ce que ma voix déraille et s’affaisse inerte sur le bas-côté de mes lèvres ; du plat de la main j’essuierai un filet de bave, et tu serais encore là, âme bienveillante qui descendrait du Ciel pour quand même me prendre dans ses bras. Le moindre de mes gestes me semble médiocre, et la moindre de mes pensées impures, chaque instant loin de toi voit mon être s’effondrer sur lui-même, comme si après t’avoir confié mon coeur l’on t’enlevait à moi. Alors que chaque pas sur cet escalier de verre me vide un peu plus de ma vie, je continue ma lente ascension, car je sais que tout là haut, tu es là, pour moi. D’un geste leste — et, je le crains, tragi-comique — je balaye la peur que tout ne soit qu’un songe dominical. Tes lettres sont comme un Jazz dans sa forme la plus pure, où ce ne sont plus les notes de la partition qui comptent, mais justement celles qui brillent aux yeux des initiés par leur absence. Car tel est le dilemme mort-né du Jazz, que d’articuler son propre ressentit à celui des autres en espérant que la fusion opère. Et plus la musique devient évidente, plus son interprétation semble sujette aux plus innombrables hypothèses. Où se situer dans cet univers de possibles, où te retrouver ? Et mon espoir de naviguer au sein des rêves les plus fous, hautes cimes dont le seul forfait est d’avoir deux versants là où un seul suffirait. Le chemin semble long pour ces deux âmes pleines se cherchant du regard dos à dos. Régression juvénile, peur du rejet, peur de la perte, car un tel rêve devenu réalité ne peut qu’être volé par les mains ridées des censeurs datés. Mais à qui d’autre que nous pouvons-nous reprocher notre perte d’idéalité ? Car ce n’est qu’en acceptant de me retourner, de laisser apparaître sous ton regard soulagé cette plaie béante qui n’arrivait pas à se refermer, qu’ensemble nous avons pu communier, nous réaliser, et retrouver l’un dans l’autre ce que chacun avait perdu, des bouts d’âmes fusionnés en une corde rouge autour de nos tailles enlacées. Dérobée aux yeux d’autrui, cette dernière est pourtant notre plus solide lien, et nos mains ainsi liées sont telle la partition écrite au fil de la plume ; symboliques, elles ne sont que le reflet apparent d’une symphonie invisible qui n’appartient qu’à chacun de nous. |
|||
|
|
|
Il y a 10 contribution(s) au forum. Lou Reed : "Berlin"
(1/9) 27 mars 2010, par Kics Lou Reed : "Berlin"
(2/9) 24 mars 2010 Lou Reed : "Berlin"
(3/9) 24 mars 2010, par J. Lou Reed : "Berlin"
(4/9) 23 mars 2010 Lou Reed : "Berlin"
(5/9) 23 mars 2010, par A.A. Lou Reed : "Berlin"
(6/9) 23 mars 2010, par AB Lou Reed : "Berlin"
(7/9) 23 mars 2010, par Gigi l’asthme morose Lou Reed : "Berlin"
(8/9) 23 mars 2010, par Mary Lou Reed : "Berlin"
(9/9) 23 mars 2010 |
Lou Reed : "Berlin" 24 mars 2010, par Yû [retour au début des forums] Au moins un qui comprend. Merci.
|