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Sex Pistols : "Never mind the bollocks"
The great rock’n’roll swindle ?

samedi 17 février 2007, par Marc Lenglet

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La plus grande arnaque du rock’n roll de tous les temps pour les uns, le groupe fondateur du punk et celui qui symbolise à lui seul la période 75-77 pour les autres : le moins qu’on puisse dire, c’est qu’au cours de leur brève existence, les Sex Pistols ont secoué le cocotier rock et la vision que la société avait de celui-ci avec une ampleur que seuls les Beatles ou Elvis Presley avaient su égaler en leur temps. Etaient-ils révolutionnaires ou de pathétiques pantins qui s’agitaient pour satisfaire des ambitions qui les dépassaient de beaucoup ? Sans doute un peu des deux...

Quand on commence à fouiner un peu dans le passé du rock vers 13-14 ans pour se greffer une mini-culture musicale différente de celle qui pose un individu au sommet de la chaîne alimentaire dans la cour de récré, on tombe rapidement sur toute une volée de groupes dont l’aura et l’évocation sont suffisamment mythologiques pour qu’ils constituent une voie d’accès plus tentante que d’autres vers ce nouvel univers : Elvis, les Beatles, les Doors... et les Sex Pistols. A ce moment, on les imagine naïvement avec une crète colorée (ce qu’ils n’ont jamais arboré à cette époque), des épingles à nourrices pour faire tenir en un seul morceau les frusques qu’ils portaient (ce qu’ils portaient effectivement), en train de jouer devant une foule qui pogote (ce qu’ils ont, paraît-il, inventé) et on pressent d’instinct que, tout punk qu’ils soient, ils n’ont sans doute pas grand chose à voir avec ce qui porte le nom de "punk" au début des années 90...

Inutile de vous brosser dans le détail le bref parcours de cette meute d’iconoclastes londoniens. Les ouvrages ne manquent pas qui répertorient la moindre crise de nerfs, la moindre émeute scénique, la moindre intervention policière à avoir ponctué leur carrière. On se contentera plutôt d’un survol rapide de leur carrière, histoire de planter le décor de ces quelques années cruciales pour le rock qui allait suivre. Malcom McLaren, revenu de fraîche date des Etats-Unis où il manageait des New York Dolls finissants (*) ouvre au début des années 70 les magasins de vêtements anti-fashion Let it rock et SEX avec sa partenaires Vivienne Westwood. Les deux boutiques deviennent rapidement le point de ralliement de toute une faune de marginaux, parmi lesquels un petit groupe de branquignols anti-sociaux du nom de The Strand, très vite rebaptisés Sex Pistols. McLaren ne tarde pas à s’improviser manager de la petite troupe et leur dégotte un « chanteur » en la personne de John Lydon, qui deviendra tout aussi prestement Johnny Rotten. Provocateur tant par son look apocalyptique que par son comportement ordurier, Rotten - qui n’avait jamais envisagé de chanter auparavant - est pourtant la pièce maîtresse qui manquait aux Pistols pour entrer par la Grande Porte dans l’histoire du rock - après l’avoir bien entendu défoncé à coup de Doc Martens et pissé sur les poignées. Les concerts et les succès s’enchaînent alors à un rythme effrayant. Les thématiques abordées dans les chansons plongent la digne Angleterre dans l’effroi et les concerts virent à l’émeute... A tel point que le groupe finira par se réfugier sur le continent, fin 1976, pour échapper à la pression... Et aussi pour dégotter des salles où ils n’ont pas encore été interdits de séjour. L’attitude scénique de bête enragée de Rotten entraîne dans son sillage toute une jeunesse survoltée qui n’attendait plus que cette étincelle pour se libérer de tout ce que la bienséance avait patiemment échafaudé au cours des siècles. Rotten, plus futé et plus caractériel que ses camarades de décrépitude, supporte de plus en plus mal la mainmise de McLaren sur le groupe. Les relations se tendent et Glen Matlock, bassiste et membre fondateur des Pistols, est éjecté au profit de Sid Vicious, jeune toxicomane qui traînait dans leurs parages depuis les débuts et bassiste notoirement incompétent. Le jeune homme, détraqué et imprévisible, devient pourtant le nouveau point de focalisation des Pistols et une arme entre les mains de Rotten pour lutter contre l’emprise de McLaren.

Never mind the bollocks sort le 28 octobre 1977, dans une atmosphère de fin de règne. La tournée américaine qui s’ensuit - dans le vieux sud conservateur - est un fiasco humain et commercial. Rotten redouble de provocations et d’insultes envers le public et envers ses coéquipiers, tandis que McLaren s’attèle patiemment à l’isoler du reste du groupe. Ecoeuré, le chanteur déserte en janvier 78. Steve Jones, Paul Cook et Sid Vicious continueront à vivoter quelques mois mais au moment où, moins d’un an plus tard, une overdose emporte Vicious à 21 ans, l’entité Sex Pistols était déjà décédée de mort naturelle depuis bien longtemps.

A un niveau purement matériel, Never mind the bollocks s’avère davantage un témoignage historique du groupe qu’autre chose, un bon aperçu des compositions phares du groupe, mais rien qui puisse donner une idée précise de l’impact qui fut le sien en ce temps-là. Les Pistols ne se révélaient pleinement que sur scène, où leur musique prenait alors les apparences d’un bouillonement de fin du monde (Ecoutez donc le Live in Trondheim pour vous en faire une idée !). Reste l’aspect historique : Never mind the bollocks est un album relativement court, rempli d’une dizaine de morceaux-terroristes qui asticotent des sujets aussi variés que la fibre nationale (Anarchy in the UK), la musique contemporaine (EMI unlimited edition), l’avortement (Bodies) ou leur propre philosophie personnelle (Pretty vacant) mais n’ont pour seul point commun que d’être définitivement vides de toute trace élémentaire de respect, de souhaits pour l’avenir et d’ambitions globales. Les Pistols flinguaient à vue, le glaviot paré pour le tir de barrage à l’encontre tout et n’importe quoi, et n’avaient rien à offrir que leur brutalité destructrice, leur vision débordante de dégoût pour l’humanité et leur médiocrité grossière et sans nuances. Faire table rase du passé, certes, mais en ce qui les concernait, le monde aurait pu s’arrêter là. Avec God save the Queen, la coupe fut pleine ! Que ces sauvages prônent l’anarchie au cœur même de la digne Albion, passe encore, mais qu’il souillent ironiquement l’un des symboles les plus sacrés d’une Grande-Bretagne qui n’avait pas tout à fait renoncé à se voir comme un empire, il y avait bien là de quoi être traîné jusqu’au gibet de Newgate. Rotten et Jones auront beau jeu d’expliquer, sourire en coin, que la Reine n’était ici que la représentation symbolique d’un ensemble bien plus vaste, le mal était fait... Et le tag indélébile gravé au grand mur de l’histoire du rock !

Evidemment, les Pistols ne se limitent pas un phénomène social contemporain, fut-il nihiliste et en soi, dépourvu de substance. On pourrait passer des heures à décortiquer leurs actions et leurs « pensées ».... et ne jamais s’arrêter sur l’essentiel, à savoir que Never mind the bollocks est un putain d’album de rock, sale, mal torché et primitif à crever, mais foutrement réjouissant. Les Sex Pistols jouaient de manière chaotique et braillarde, Rotten forçait son accent pouilleux de l’East End jusqu’à la caricature, et ce total mépris vis-à-vis de la bonne manière de jouer, chanter, s’exprimer et agir n’eut pour seul résultat que d’accoucher d’un des dix albums de rock les plus indispensables de l’histoire. Evidemment, on trouve plus rapide que les Sex Pistols aujourd’hui, on trouve plus criard, plus violent, plus grossier et plus provocant. Mais un tel mélange détonnant, obtenu parce que ces géniteurs ne pouvaient et ne voulaient d’ailleurs pas d’autre chose, reste plus que rare. Paradoxal quand on songe que certains de leurs successeurs, formés d’une manière autrement plus naturelle, faisaient montre d’un tel souci de bien faire les choses qu’ils n’arrivaient pas à générer le quart de l’excitation provoquées par Never mind the bollocks. En tout cas, ces No feelings, Holidays in the sun ou Liar, s’ils sont tous plus ou moins conçus sur le même moule, s’avèrent des pièces d’une virulence rare, des chansons qui fouettent la sueur rance, le sang et la crasse pour le plus grand plaisir des petits et des grands !

Indifférence méprisante vis-à-vis du « beau rock », obsession de la rapidité, grossièreté, violence et nihilisme, sexe, drogue et rock’n’roll... Et une pleine escarcelle de morceau foudroyants, sans oublier une bonne dose de chance et un petit coup de pouce du manager pour statufier cette nouvelle tendance, voilà comment on peut résumer Never mind the bollocks. Pour en revenir au questionnement du début, l’histoire des Sex Pistols ne ressemble finalement qu’à une longue suite de provocations ordurières, d’arrestations musclées et de concerts catastrophiques plus ou moins préparés/approuvés par le chef d’orchestre qui oeuvrait dans l’ombre. Ce serait oublier que, même simples pions pour le marionnetiste MacLaren, Monkees trash si on veut pousser le bouchon au maximum, les Sex Pistols avaient instinctivement répondu à l’humeur de leur temps, et leurs excès continuels laissent finalement l’impression d’un McLaren qui surfait sur les humeurs de ses créatures détraquées plus qu’il ne les inspirait. Le monstre de Frankenstein qui échappe à son créateur en quelque sorte. Leur succès, dont personne n’aurait pu prévoir la portée, et leur statut d’icône toujours vivace au bout de trente ans doivent tout autant à ces morceaux fondamentalement efficaces qu’à un comportement hors-norme et à un usage calculé et cynique de la provocation. Ils n’étaient pas les premiers à creuser dans cette direction-là, mais sans doute bien ceux qui allaient pousser cette logique dans ses derniers retranchements. Finalement, tout le monde a raison de ce point de vue : Never mind the bollocks est bel et bien une saloperie de concept marketisé d’un bout à l’autre... Et en même temps un incroyable album de rock prolo et jouissif, qui a marqué l’histoire comme peu d’autres y sont arrivés.

(*) Du moins le prétendit-il à l’époque, car les New York Dolls démentent aujoud’hui cette information et disent que McLaren et Vivienne Westwood n’ont fait que les relooker. Voir à ce propos l’interview accordée par David Johansen à Thomas Mafrouche dans le n° 45 (décembre 06/janvier 07) d’Elegy.



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Marc Lenglet





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Sex Pistols : "Never mind the bollocks"
(1/2) 23 février 2008
Sex Pistols : "Never mind the bollocks"
(2/2) 17 février 2007, par Reen-Go




Sex Pistols : "Never mind the bollocks"

23 février 2008 [retour au début des forums]

quand on y pense, les pistols sont peut être les îcones du mouvement punk mais c’est quand même l’un des derniers groupes à avoir sorti leur album fin 77, quel paradox tout de même ! à force d’en avoir fait beaucoup médiatiquement, on se rend compte que musicalement ça ne pouvait pas tenir la comparaison avec les autres groupes de la même époque (Damned, Clash, Stranglers...).
quand on sait en plus que les Damned ont été le premier groupe punk Anglais à sortir un single puis un album dans la foulée, on se dit que "Never Mind The Bollocks" sent le réchauffé à plein nez.

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Sex Pistols : "Never mind the bollocks"

17 février 2007, par Reen-Go [retour au début des forums]

"Les Sex Pistols ont secoué le cocotier rock "

N’y a-t-il pas là une référence insidieuse à notre ami Keith Richards ?

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    Sex Pistols : "Never mind the bollocks"

    19 février 2007, par Nicolas [retour au début des forums]


    ahah si oui ca serais bien calculé, j’avais oublié ca :)

    Chronique trés trés sympa
    mais j’ai tjrs cru qu’ils étaient de manchester...

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    Sex Pistols : "Never mind the bollocks"

    21 août 2007, par rené [retour au début des forums]


    Voilà bien ce qu’il est convenu d’appeler une remarque judicieuse, car pour ce qui est de secouer quelque chose il faut bien admettre que même quand Keith Richards dort il est plus rock que quand des kilomètres de mecs sont sur scène avec des guitares....sacré Keith ! Keith sacré.

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