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Bernard Lavilliers : "Voleur de feu"
L’or et la boue

mercredi 26 janvier 2011, par Vincent Ouslati

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Le poète voleur de feu, ce Prométhée qui dérobe le savoir aux Dieux et l’offre aux Hommes qui en font n’importe quoi, parce que ce sont des Hommes, dont une grande majorité de crétins. Lavilliers qui reprend à son compte les belles images de Rimbaud, rien d’indigne dans la démarche si l’on retient leur gout commun pour le voyage et leur quête éperdue d’une vie romanesque, mythique. Et Lavilliers se l’est construite son image. Avant de découvrir le culturisme, il découvrit la Terre, et pas forcément par les plus chics hôtels. A l’entendre, on jurerait qu’il n’a jamais passé une frontière autrement qu’en creusant sous la grille ou en butant un douanier, qu’il pourrait aussi bien vendre des flingues que des disques pourvu qu’on lui laisse sa langue en mouvement. C’est ça son truc, une bonne musique d’ici et d’ailleurs, et des récits d’aventures exotiques avec des gonzesses et de méchants despotes. Dans son rayon c’est un expert, et Bob Morane est une tapette.

Lavilliers qui écume un continent, cette Amérique du Sud qui l’attrapa jeune et lui fit faire quelques belles escales, Lavilliers qui en 1986 nous emmène nouvellement en baroude.
Le poète est voleur de feu selon le jeune unijambiste, Lavilliers vole également, quelques sons, quelques sambas brésiliennes, cette gouaille argentine, des percussions amazoniennes, mais pas seulement. Bernie est (se veut ?) un aventurier, brigand, poète, qui dérobe et glane, et rend au bout du comptoir un beau recueil.
Voleur de feu est déjà un carnet de voyages, d’impressions, de rencontres, des esquisses rapides et spontanées, des aventures exotiques d’un Stéphanois en short, les baskets dans la boue des mines, avec sa sienne de mine enflée par les nuits éternelles dans un bouge cradingue de Buenos Aires.

Il y a des femmes dans sa vue, qui dansent et affolent le palpitant sur l’air de Tango, qui se meuvent des hanches tandis que l’aventurier roule des mécaniques. Le tango qui résume en deux syllabes toute la sensualité latine, des mouvements qui mettent en valeur le corps de la femme et laissent à l’homme, droit et directeur, un rôle d’élégant porte-manteau. Puis il se bloque sur la salsa, East side story, toujours du mouvement, passant de la verticale à l’horizontale, cherchant le soleil sous les arcs électriques, il fait chaud et New-York n’est pas si loin. Les levers de soleils qui suivent les nuits en extérieur, ce Funambule qui pose ses câbles entre le bar et le lit, quelques escales alcoolisées plus tard. Un funambule se voyant crooner durant ce voyage qui aligne les escales américaines et fait peu de cas du décalage horaire. Lavilliers parle des frontières qui ne laissent passer personne, s’embringue dans un rock de motards (Midnight shadows) d’où il fait surgir un James Dean sanctifié.

Il écume des pistes qui mènent loin, entre Amazonie et Pantanal, entre Rio et Caracas. Du Brésil, Lavilliers se rappelle l’Afrique du Sud, mais ce pourrait être n’importe quel pays, n’importe quelle couleur. Flashback familial avec Noir et blanc sur la platine du salon. La lettre à vif, les nappes de synthés, il y avait tant d’images dans ce texte, les ongles sur le blindé, le sang sur le trottoir, une violence extrême dénuée de hurlements, ce cri qui vient de l’intérieur. Lavilliers ne braillait pas son dégout, il l’exprimait au contraire avec un calme froid, avec la parfaite dose d’émotion dans les cordes, et ce texte valait mille slogans.

Gentilshommes de fortune au fond de la mine, parmi des milliers qui creusent et raclent, l’odeur du sang et de l’or est la même nous plaque Lavilliers, haussant le ton. Le voyage est toujours exotique mais se drape de conscience et de mémoire, de souvenirs qui font mal et qui font se baisser les Panama sur leur passage.
D’un continent à l’autre, il y avait des négriers, du commerce, de la chaîne au kilomètre, la mer se traverse et Lavilliers enjambe les océans, rapproche les exilés. L’on se rappelle le contexte d’alors, un continent bousillé par la CIA et les compagnies pétrolières, des dictateurs fantoches sur des trônes trop grands pour eux. Le Pérou et le Sentier Lumineux, les vieux généraux boliviens, Pinochet, les escadrons de la mort, la mafia, et le pétrole, le gaz, du fric sous la boue, de la poussière dans les urnes..

Il y a la politique, mais il y a le sexe, ou l’amour, selon la durée. Il y a la flicaille militariste et les courbes libérées des danseuses, Lavilliers vogue de l’un à l’autre, révolté, simple voyeur, grand amateur.
Les textes sont formidables, et la musique éclate, souvent latine et sensuelle, parfois brutale, voire métallique (La haine et Seigneur de guerre, du Manowar en VF !).

Voleur de feu, ses teintes pastels, ses textes surlignant d’un rouge vif quelques cruelles vérités latines, de quoi donner quelques velléités d’aventure au premier geek venu.



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Vincent Ouslati





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Bernard Lavilliers : "Voleur de feu"
(1/1) 26 janvier 2011




Bernard Lavilliers : "Voleur de feu"

26 janvier 2011 [retour au début des forums]

Voleur de feu c’est pas trop ma came. je suis plus sensible à ses anciens albums comme Les Barbares, 15e Round, Pouvoirs, O gringo, Nuit d’amour ou encore État d’urgence, albums plus urbain et fondamentalement "rock" dans l’âme comme dans la forme. ses disques en public de cette époque là comme T’es vivant... ? et "Live" Tour 80 traduisent bien cet état d’esprit

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