Pop-Rock.com



Dead Kennedys : "Fresh fruit for rotting vegetables"
Punk aux petits oignons

lundi 28 septembre 2009, par Vincent Ouslati

DANS LA MEME RUBRIQUE :
The Police : "Synchronicity"
Hüsker Dü : "New day rising"
The Cult : "Electric"
D.A.F. : "Alles ist gut"
Henry Rollins : "Hot Animal Machine + Drive By Shooting EP"
The Passage : "Enflame"
Tears For Fears : "Songs from the big chair"
David Bowie : "Tonight"
Bruce Springsteen : "Nebraska"
Aerosmith : "Pump"


Les Dead Kennedys font partie de la seconde vague punk, achevant les survivants des méfaits des Sex Pistols et des incandescences des Stooges. Plus violents, plus extrêmes dans la musique, et plus aptes à défendre de réelles convictions politiques, ils vont lancer avec ce premier disque les prémices du punk hardcore, voire du hardcore tout court. Chapeauté par le charismatique Jello Biafra, Les Dead Kennedys enflamment alors la scène underground de leur musique sale et hargneuse, "Kill the poor !"

Ce qui étonne dès les premières notes, c’est la basse, très bien maitrisée, partie prenante tout du long de ces petits obus punkisants et loin des accords simplistes d’un Sid Vicious. Chez les Dead Kennedys, c’est Klaus Flouride qui tâte des quatre cordes et le son du groupe y gagne en profondeur et en mélodicité. Cela n’empêche point un univers particulièrement foutraque et des dérives continuelles qui virent parfois au grand portnawak.

Bordel de jeunes bienheureux de toucher d’un instrument et cracher leurs pamphlets contre Ronald Reagan, la droite conservatrice, contre les idéologies de masse ou la pauvreté. Un brin naif dit comme ça, mais Jello Biafra se joindra au guitariste East Bay Ray alors qu’il atteignait les 20 ans à peine. De fait, si les textes semblent teintés de révoltes puériles, ils y gagnent en sincérité ce qu’ils perdent en profondeur.

Contrairement aux idées reçues, on ne se limite pas forcément à des morceaux courts et répétitifs. Le fabuleux Holiday in Cambodia qui clôt les hostilités dépasse de peu les quatre minutes trente, presque du progressif au vu de la courte durée de vie du punk moyen. Peu importe en fait la durée des morceaux ou les choix musicaux, l’essentiel est de frapper fort. Et si l’on occulte le son qui a fatalement un peu (beaucoup) vieilli, la rage déconcentrée qui s’évade des vocaux de Jello Biafra, de la guitare débridée de East Bay Ray est elle toujours aussi vivace.

Entre folie et révolte, les instruments sont au service de la cause, des questionnements de gamins auxquels les adultes ne répondent même plus. Il n’y a pas de haine chez les Dead Kennedys, mais une saine colère, de justes interrogations sur la tournure du monde, sur un "No Future" qui reste à inventer. Lorsque les accords de guitare de Chemical Warfare vous rentrent par tout le corps, lorsque la basse de California Übber Alles se lance dans la guérilla, il faut admettre à ces vieilleries punks une efficacité toujours actuelle. Jello Biafra et son phrasé rapide, variant entre cris de malades mentaux et tentatives crooners pour de rire justifie son statut d’icône pour de nombreux chanteurs postérieurs.

Il y a du messie dans ce personnage, mais un messie boutonneux, qui ne se voit en rien comme un seigneur sur Terre, mais un simple sujet qui doute, qui s’agace et se fout en rogne avec la passion de sa jeunesse. Fresh Fruit for Rotting Vegetables est pétri de défauts inhérent au jeune âge de ses géniteurs, mais intrinsèquement ces défauts font partie du caractère brutal et sans concessions de cet album. Pont entre le punk un peu couillon antérieur et le hardcore parfois plus métallisé des années 90 à la sauce NOFX ou Bad Religion, les Dead Kennedys venaient de gribouiller une nouvelle page du mouvement punk, plus mature mais certainement pas moins indépendant.



Répondre à cet article

Vincent Ouslati