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Japan : "Tin drum" Les amants de Marguerite Duras dimanche 23 janvier 2005, par |
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Emmenés par un David Sylvian au mieux de sa forme, les Britanniques de Japan, rescapés du post-punk et passionnés par les cultures asiatiques, livrent avec ce Tin drum, sorti en 1982, un véritable chant du cygne. Remasterisé et réédité en 2003, cet album nous offre la preuve vivante que la new wave pouvait s’écarter de ses propres sentiers battus pour expérimenter bien au-delà des frontières de la pop. Cet album est à la pop ce que Warhol est à la peinture.
Après un Gentlemen take polaroids qui ne parvient pas à les faire renouer avec le succès de Quiet life, David Sylvian, Steve Jansen, Richard Barbieri et le flamboyant Mick Karn reviennent pour un dernier opus produit par Steve Nye, album qui achèvera de tisser sur leurs têtes la couronne des Rois de la pop expérimentale. Le disque ouvre sur le single The art of parties, véritable pied-de-nez au formatage des charts de l’époque, très loin (trop peut-être) d’un Rio de Duran Duran ou d’un See you de Depeche Mode. Dès ce premier morceau, on comprend pourquoi Japan est cité en influence par Gary Numan, entre autres, qui connaît à l’époque les derniers instants de gloire que les années 80 voudront bien lui concéder. The art of parties est un mélange tribal et délicat de percussions, de guitares funky et de claviers exotiques. Jansen, frère de Sylvian, y pose une rythmique tout à fait atypique, presque à contretemps avec les synthés de Barbieri. Au milieu de ce mélange pour le moins surprenant résonne la basse d’un Mick Karn reconnaissable entre mille. L’Asie dans votre salon. Deuxième titre, Talking drum renoue avec un Japan de très haut vol, et une chose est maintenant sûre : tout l’album sera empreint de cette pop avant-gardiste aux sonorités asiatiques. Car oui, il s’agit ici d’avant-garde : l’album paraît indémodable et reste encore un OVNI quand on l’écoute aujourd’hui. Tout paraît se mêler dans une danse exotique qui explore des rythmiques inconnues jusqu’alors, allant jusqu’à briser certaines barrières mélodiques pour incorporer le violon de Simon House, invité pour l’occasion. Le funk de Japan est toujours présent, mais il se passe ici une alchimie différente, comme une potion tibétaine lointaine. Une aubaine pour des groupes comme Indochine ou Alphaville qui n’hésiteront pas à sauter sur l’occasion pour emprunter la symbolique asiatique du chemin audacieusement tracé par Japan. L’album enchaîne avec un Ghosts magistral, ballade mythique pour tout bon fan de Japan qui se respecte, et probablement un des morceaux les plus audacieux jamais écrits, qui achève de conférer un Japan un univers expérimental loin du formatage de ses contemporains. Sylvian dira plus tard que c’est en composant Ghosts qu’il s’est rendu compte qu’il pouvait atteindre une autre dimension de songwriting - ce qui lui vaudra de valider la séparation du groupe avant de composer Brilliant trees, son premier opus solo. Ghosts est indochinois et humide, drapé d’orgues étranges et sensuels. Il est suivi de Canton, instrumental aux aspects traditionnels dans la musique asiatique, qui annonce un Japan au paroxysme de sa créativité artistique. Jamais les tensions entre les membres du groupe n’ont été aussi vives, mais jamais non plus elles n’ont engendré pareille audace musicale. Les thèmes orientaux sont hantés par un Mick Karn sautillant et presque menaçant, tant la basse fretless rompt avec toutes les conventions signées par tout bassiste de groupe de pop ou de rock qui se respecte. Karn effectue ici un ouvrage magistral, osant des lamentations bondissantes et des escapades atonales qui ne font qu’ajouter au mysticisme sinologique du morceau. Le combo anglais enchaîne avec un Still life in mobile homes qui prend toute sa dimension en live et dont le couplet garde la couleur de tout l’album ; toutefois, son refrain est mâtiné de nappes synthétiques plus new wave et plonge dans la mélancolie perdue, tout en étant ponctué d’une rythmique basse/batterie qui accompagne avec force chaque verbe de David Sylvian. Plus lent, le Visions of China qui lui succède utilise à nouveau des thèmes asiatiques, même à la basse. Karn paraît interpréter une musique de théâtre chinois, et il le fait avec brio. "We are blacked out in visions of China tonight", susurre Sylvian, et on sent que le groupe ne reviendra plus jamais d’où il est en train de disparaître, comme une danse du dernier sursaut de vie. Même leur réunion de 1991, baptisée Rain Tree Crow, bien que magique et évanescente, n’aura jamais le génie de ce Tin drum indétrônable. L’avant-dernier morceau, Sons of pioneers, sonne comme une fin, comme un crépuscule sur une jungle indonésienne. Il faut attendre entre une minute trente et deux minutes avant d’entendre les premiers murmures de David Sylvian, qui paraît dire au revoir sur une lente procession de percussions, de basse et de claviers torturés et perdus. Plus qu’exotique, ce morceau est tristement magique, comme une cérémonie tribale. L’album se clôt par un dernier sursaut de vie, un Cantonese boy du plus bel effet, qui rappelle ce que Japan désire que l’on garde en mémoire : un funk oriental expérimental et totalement avant-gardiste. C’est bien plus que de la pop, de l’électro-pop ou ce qu’on commençait à l’époque à appeler du white funk. Facétieux et enthousiaste comme un rêve d’enfant qui s’évanouit, ce dernier morceau laisse rêveur, et l’auditeur peut se demander ce qui restera à Japan après huit titres d’un tel acabit. Rien justement. Après un album inégalable que Japan ne pourra jamais dépasser en tant que formation pop et, malgré toutes ses impertinences et son génie créateur, Japan se séparera après la tournée corollaire à Tin drum. Une comète s’éteint en nous laissant en témoignage un des plus étonnants albums de ces trente dernières années, et peut-être même une prophétie : la réunion de l’Europe et de l’Asie. |
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Il y a 11 contribution(s) au forum. Japan : "Tin Drum"
(1/4) 28 juillet 2007, par jimbo Japan : "Tin Drum"
(2/4) 16 février 2006, par rroger > Japan : "Tin Drum"
(3/4) 24 janvier 2005, par SIM > Japan : "Tin Drum"
(4/4) 24 janvier 2005 |
Japan : "Tin Drum" 9 septembre 2010 [retour au début des forums] Entièrement d’accord. Je me souviens les avoir vu durant leur dernière tournée...magique.
Ceci dit, si vous aimez Tin Drum, jetez une oreille sur Jah Wobble & the chinese dub ensemble.
Dalis Car 7 mars 2006, par Rykko [retour au début des forums] Effectivement, si « Tin Drum » est un OVNI, « Dals car » en est le vaisseau mère ! Karn et Murphy, c’est de la bombe ! Rykko Dalis Car 13 juillet 2006, par phil [retour au début des forums] En effet, c’est plus qu’une bombe ? la musique de ce disque transperse la stratosphère phil Dalis Car 23 mars 2007 [retour au début des forums] Dalis car avec "The Judgement is the mirror" a bercé toute mon enfance (je suis né en 1981). Ce dernier morceau (une pure merveille acoustique) est un peu ma "madeleine de Proust".
Torrebenn
> Japan : "Tin Drum" 24 janvier 2005, par Bob Denard [retour au début des forums] Le problème, c’est qu’un album sorti en novembre 81, ça devient facilement 82 pour l’avoir en France... > Japan : "Tin Drum" 26 janvier 2005, par Albin Wagener [retour au début des forums] sur l’édition anglaise rééditée, il est noté que l’album est sorti en 82 ; par contre, le single "the art of parties" qui a précédé l’album est bel et bien sorti fin 81. > Japan : "Tin Drum" 7 avril 2005, par Pascal [retour au début des forums] Pour mettre un terme au debat sur l’année de sortie du superbe "Tin drum", mon édition originale en vinyl indique 1981, je l’ai découvert pour ma part que vers 1984/85. En 1982 est sorti "Oil on canvas" double vinyl live testament de la fin du japon mythique.
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