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Joy Division : "Closer" Ultime médication lundi 11 mai 2009, par |
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Je broie du noir, j’ai la tendance gerbeuse en ce moment, pour cause d’une absence cruelle qui me vrille les tripes aussi sûrement que l’action de deux boutanches de Danzka. Ni envie de sortir, ni envie de festoyer sévère, je pratique la réclusion permanente et l’abstention d’une bonne partie des plaisirs terrestres.
Abstention par choix, parce que la souffrance supportable sur l’échelle de mes artères a quelque chose de presque bénéfique et quitte à déprimer, autant y aller fort. Souffrir me donne raison en quelque sorte, il me confirme dans mes désirs premiers, mes besoins primaires non assouvis. J’avais encore quelque espoir que ce vague trou dans l’âme s’estompe, que le temps passant, le manque se fasse moins virulent. Il ne s’estompe pas, il grandit, se fait gigantesque, monstrueux. Le trou absorbe toute l’énergie que je comptais conserver au chaud, il la bouffe, l’ingurgite et ne la rend plus. J’ai beau tenter quelques difficiles négociations, le néant gagne invariablement dans nos discussions, il trouve toujours le dernier mot, froid, qui clôt le débat et ferme la boite aux soupirs. Lorsque rien ne va plus et tout fout le camp, j’ai coutume d’en revenir aux fondamentaux, un bon disque, un verre de whisky, et la noyade de tout le corps dans les vapeurs d’alcool. Le fondamental, c’est choisir le disque et, curieusement, je ne cherche jamais dans ces occasions un truc potache et couillon capable de me dérider. Je tape invariablement dans le plus glauque, le plus douloureux, comme pour compenser mon mal-être par le mal-être du chanteur, par la dureté de la musique. Je commence ma cure par Sleep with angels, hommage touchant de Neil Young à Kurt Cobain paru en 1994. Ça sent la sincère tristesse, Young y est touchant, angélique, mais ça ne suffit pas à combler mon propre traumatisme. Je mets ensuite Sopor Aeternus, Ultra de Depeche Mode, Un peu d’Alice In Chains, Mayhem, tout ce qui me semble suffisamment suinter la douleur et/ou la haine qui puisse panser la mienne propre. Rien ne passe, verres sur verres, galettes après galettes, je m’épuise à rencontrer la paix par les oreilles, le tocsin de la bouteille vide se faisant pressant, je vais jusqu’à retrouver la marche funèbre de Chopin, en mp3, minable et inutile, même un martyr comme Chopin ne me fait aucun effet notable. Au désespoir de dénicher ma drogue, je me rappelle alors d’un disque, d’un groupe pour lequel je n’ai pas d’accointances particulières mais dont une chanson m’avait à une époque fait un effet terrifiant. La chanson était The eternal, un condensé de douleur et de morbidité comme jamais je n’ai pu en entendre pareil ailleurs, une lente procession macabre d’entre des tombes invisibles et pourtant présentes, un souffle aussi dérangeant que les odeurs de liquide d’embaumement de la morgue. La chanson se trouvait sur un disque qui s’appelait Closer, pochette au caveau, solennel, mortuaire, parfait. Je ne me rappelais plus vraiment de Closer, je l’avais à peine écouté, seul The eternal m’avait donné suffisamment de frissons pour me déranger les neurones durablement. Mais cette nuit, Joy Division s’impose naturellement, Ian Curtis est de la trempe du malade idéal, le concurrent qui va s’affronter avec mes propres tourments. La recette est efficace, immédiate, aux premiers mouvements rythmiques d’Atrocity exhibition, aux premières vocalises malhabiles mais si sincères de Curtis, je pose le verre sur le sol, je ne tremble déjà plus autant. La souffrance ne se fait pas moins forte, mais elle se pare d’un linceul cotonneux, apaisant. Le mouvement déjà plus entraînant d’Isolation me rend un petit rictus sur les lèvres, je délaisse définitivement l’alcool pour m’envelopper dans ces vapeurs sonores glauques et superbes. Puis vient l’apothéose tragique dont j’avais besoin, l’ultime médication possible, cette trilogie du gros spleen, Twenty four hours, The eternal et Decades. Ces minutes de tourment pur, cette déprime érigée en raison d’être me mettent en face de ma misérable petite dépression, de mes petits problèmes pathétiques, il ferme le chapitre de ma faiblesse, de ce sentiment de vide qui m’angoisse. Il le confine dans l’urne d’où il n’aurait jamais du sortir. Closer n’est pas qu’un hymne à la souffrance, il est le refus d’une vie insupportable, et l’espoir d’un avenir ailleurs mais surtout pas ici. Il est curatif, capable de soigner vos petites douleurs par la souffrance véritable, celle qui fait d’un simple disque de musique un mausolée d’une effarante beauté. |
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