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Serge Gainsbourg : "You’re under arrest"
Le dernier tango à Paris

lundi 27 septembre 2010, par Jérôme Delvaux

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En 1987, Serge Gainsbourg est le roi de la provocation du PAF. Il a détourné la Marseillaise en reggae (Aux armes, etc.), ce qui causa un scandale national tel qu’on a du mal à le concevoir aujourd’hui. Il a brûlé un billet de 500 francs en direct à la télévision pour protester contre la rapacité du fisc. Il a fait des propositions indécentes à Whitney Houston devant plusieurs millions de téléspectateurs. Il apparaît constamment ivre sur les plateaux, tenant des propos crus et outranciers (mais souvent drôles et pertinents). C’est la période Gainsbarre. Son image dans les années 80 est celle d’un vieil alcoolique mal rasé qui fume comme un Turc, un obsédé sexuel aux mœurs dérangeantes qui hante les boîtes de nuits parisiennes en quête de chair fraîche. La vieille bourgeoisie française conservatrice et coincée du fion le vomit. En musique et au cinéma, il aime s’amuser à transgresser les tabous : l’homosexualité, l’exhibitionnisme, le sadomasochisme, et va même jusqu’à aborder la question de l’inceste en mettant en scène sa propre fille, Charlotte.

1987 est l’année de la sortie de son dernier album, You’re under arrest. Il est, comme le précédent, Love on the beat, enregistré aux Etats-Unis avec des musiciens américains (dont Stanley Harrison, le saxophoniste attitré de David Bowie).
Surtout, il est à nouveau matière à scandales puisque son thème, annoncé sur la pochette, est le détournement de mineures, ou plus exactement les amours d’un homme d’âge mur avec des adolescentes.
On ne s’éloigne pas vraiment du pitch de Histoire de Melody Nelson, son album-concept de 1971, puisque du propre aveu de son auteur dans une interview, le personnage de Melody n’avait que "13 ou 14 ans, peu importe". La principale protagoniste a cette fois pour prénom Samantha et est citée dans presque chacune des chansons. Gainsbourg, dans le rôle du narrateur, la décrit au fil des textes comme une black, droguée, suicidaire, accro au sexe, et la situe dans le décor du New-York glauque des années 80.

« Un soir que dans le Bronx,
J’étais on ne peut plus anxieux de retrouver Samantha,
Entre le Thelonius Monk, quelques punks,
Aussi Bronski Beat giclant de mon Aiwa. »

La plage-titre introduit de manière éloquente l’univers Gainsbarre millésimé 87. Après les synthétiseurs crades et les arrangements lorgnant vers la new wave de Love on the beat, le grand Serge opte cette fois pour un son pop/rock funky, résolument américain, avec une basse aux lignes rondelettes, un tempo plus lent, des guitares qui sonnent comme des synthés et des chœurs masculins anglophones qui assurent les refrains. Sans oublier les solos de saxo jazzy qui donnent une réelle profondeur à l’ensemble. Pour le paraphraser dans Five easy pisseuses : « Un dancing avec des synthés où suintait un sax. », voilà à quoi ressemble sa musique au firmament des eighties.
La recette sera appliquée à la lettre sur quasi toutes les compositions de You’re under arrest, laissant à Gainsbarre tout le loisir de déclamer ses textes porno-poétiques sulfureux, comme celui de Suck baby suck :

« Suck baby, suck,
With the CD of Chuck Berry, Chuck,
Tu peux aussi me sucker sur le compact de Lay, Lady Lay,
Ou pour changer m’ensuquer avec Bill Haley, allez. »

Pas très loin ici du texte de Cracked actor de David Bowie (‘Suck, baby suck, give me your head’), Gainsbarre insiste avec une ambiguïté assumée sur la jeunesse de sa partenaire, à qui il propose de visionner des dessins-animés (‘Avery Tex ou bien Donald Duck’).
Après la fellation, il aborde la question de sa réciproque avec le particulièrement explicite Glass securit :

« Tequila Aquavit, un glass securit,
Pour prendre ton clit,
Ajeun, j’trouve ça limite,
J’ai besoin d’une biture bien composite. (…)
Que de langues sodomites, de doigts troglodytes,
Des plombes que je te visite,
Absence de coït. OK, on est quitte. »

Comme c’était déjà le cas sur Love on the beat, le sexe brut et la lubricité restent les thèmes centraux de l’écriture gainsbarrienne. Flirtant avec l’obscénité, Gainsbourg assume totalement son image de poète pervers, lecteur de Sade mettant, comme lui, en scène ses propres ébats et fantasmes de manière décomplexée et imagée.

« De mes cinq petites pisseuses, j’ai préféré la six,
Je sais pourtant que Samantha a des délires annexes,
Ses petites socks me mettent en erex,
Elle me suck,
De mes cinq petites pisseuses, j’ai préféré la six,
Je les avais limées, limées, limite jusqu’à l’intox,
Ses petites socks me mettent en erex,
Et je la fuck. »

(Five easy pisseuses)

« Oui, je te lime jusqu’au sang,
Mais je sens que jamais tu ne ressens,
Mon shotgun. »

(Shotgun)

« Je prends mon baise en ville,
Je me tire à Delta Ville avec mon dispatch box,
J’ouvre l’attaché case et j’oublierai tes 13 ans. »
(Dispatch box)

Les références à la culture anglo-saxonne, en amerloque dans le texte, donnent parfois des paroles presque codées, qui, dans les années 80, seront souvent difficiles à comprendre par le francophone unilingue de base lors d’une écoute distraite à la radio. Ainsi, dans Aux enfants de la chance, vibrant plaidoyer anti-drogues (étrange démarche dans le chef d’un alcoolique notoire), des références au jargon junkie comme ’angel dust’, ’dragon chasing’, ’free base’ et ’magic mushroom’ visent un public d’initiés et laissent délibérément sur le carreau la ménagère quinquagénaire de province qui en a peut-être pourtant acheté le 45 tours...

En guise de plage finale, une reprise de Mon légionnaire, chanson rendue immortelle par Edith Piaf, est livrée dans une version électro-pop résolument « 1987 ». En la chantant à la première personne du singulier, Gainsbarre en fait un hymne homosexuel – subversion quand tu nous tiens.

Les puristes auront beau lui préférer sa période Pop (avec un grand P) des sixties ou ses disgressions reggae, le chroniqueur, c’est le Gainsbarre de 84-87 qui le fait kiffer. Love on the beat ou You’re under arrest sur la platine, de l’alcool, des salopes, et que la fête commence.

(Cette chronique a été rédigée en état d’ébriété, une nuit pluvieuse de septembre 2010.)



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Jérôme Delvaux





Il y a 10 contribution(s) au forum.

Serge Gainsbourg : "You’re under arrest"
(1/3) 27 septembre 2010
Serge Gainsbourg : "You’re under arrest"
(2/3) 27 septembre 2010
Serge Gainsbourg : "You’re under arrest"
(3/3) 27 septembre 2010, par Ben45




Serge Gainsbourg : "You’re under arrest"

27 septembre 2010 [retour au début des forums]

Heureusement que t’étais saoûl en écrivant ça, sinon on pourrait bien croire que ta vie de couple est proche du néant à tel point que tu te touches sur les paroles coquino-cochonnes de Gainsbarre...
In vino veritas ? On va dire que non...

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    Serge Gainsbourg : "You’re under arrest"

    27 septembre 2010 [retour au début des forums]


    C’est comique : passer d’une critique d’album écrite "sous influence" à des attaques quasi systématiques sur la vie privée. Sacrés trolls !

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      Serge Gainsbourg : "You’re under arrest"

      27 septembre 2010, par Cs [retour au début des forums]


      Et en anonyme, encore bien...

      Or, pour savoir si le chroniqueur est en couple ou pas il faut au moins faire partie de son entourage plus ou mois proche.

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        Serge Gainsbourg : "You’re under arrest"

        28 septembre 2010 [retour au début des forums]


        Soit faire partie de l’entourage, soit taper au pif (il y a une chance sur deux de toutes façons). Dans tous les cas, c’est assez naze.

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Serge Gainsbourg : "You’re under arrest"

27 septembre 2010 [retour au début des forums]

"Les puristes auront beau lui préférer sa période Pop (avec un grand P) des sixties ou ses disgressions reggae, le chroniqueur, c’est le Gainsbarre de 84-87 qui le fait kiffer."

aucun bon goût le Delvaux !!!

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Serge Gainsbourg : "You’re under arrest"

27 septembre 2010, par Ben45 [retour au début des forums]

"La vieille bourgeoisie française conservatrice et coincée du fion le vomit."... Il n’était pas vomi que par ladite bourgeoisie. Provoc ou pas, son brûlage de billet n’est quand même pas ce qu’il a fait de plus fin et de plus intelligent. Idem pour ses propos envers Whitney Houston. Et ne soyons pas dupe de son personnage de Gainsbarre : Gainsbourg avait beau être drogué et alcoolique jusqu’à l’os, il connaissait trés bien le fonctionnement des médias et savait trés bien qu’il ferait la une des médias le lendemain, et que cela contribuerait à sa promo.
Cela ne retire rien à son oeuvre et à son talent artistique, mais il faut remettre certaines choses à leur place parfois. Bien entendu, ce n’est que mon avis :-)

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