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The Cure : "Pornography" Cul(te) samedi 5 février 2005, par |
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Voilà un titre qui peut attirer la suspicion. Alors autant directement mettre les choses au point : oui, cet album est obscène. Il est obscène car on y assiste, en huit étapes, à la mise à nu de l’âme d’un gosse d’à peine 23 ans qu’un siècle de sang a définitivement assombri. Durant ces quarante minutes, nous serons voyeurs de cette déchéance, complices de cette exhibition, choqués de nous y reconnaître.
Rappelez-vous de Seventeen seconds. Sans le vouloir, Robert Smith et ses joyeux compagnons ont entamé ce qui sera rétrospectivement appelé la cold trilogy. Des rythmiques lentes, une basse hypnotisante, des nappes de clavier monotones définissaient le nouveau son du groupe qui avait joué jusque là un rock plus direct, en droite continuité du mouvement punk. Sans le vouloir, The Cure venait de s’engager dans une spirale de laquelle il existe peu de moyens de s’extirper. L’année suivante sortit Faith, qui poursuivit la démarche entamée sur le précédent opus. Un album au contenu aussi gris que la pochette. Les membres du groupe s’adonnent à la drogue et à l’alcool, la mère de Laurence Tolhurst est gravement malade, Robert Smith traîne dans les églises pour trouver l’inspiration. Le résultat est un album dépouillé, magnifique, et terriblement plus sombre que celui auquel il succède. La tournée qui s’ensuit sera désastreuse. L’ambiance entre Robert Smith, Simon Gallup et Laurence Tolhurst se détériore, la faute aux substances dont ils se gavent tous. C’est l’époque durant laquelle Robert commence à se maquiller avant de monter sur scène. Le morceau éponyme de l’album est étiré sur plus de vingt minutes, sans jamais y apporter la moindre nuance, la ligne de basse se répètant à l’infini. Certains hurlent au scandale, les autres y voient du génie. Smith, qui ne supporte pas la critique, va jusqu’à descendre de scène pour se battre avec des spectateurs mécontents. Après cette tournée éprouvante, tant physiquement que mentalement, le groupe est au bord de la rupture. Les tensions internes sont à leur paroxysme, la mère de Tolhurst décède, Robert Smith est continuellement ivre, prêt à basculer dans la folie, prêt à accoucher de son chef-d’oeuvre. Il ne reste plus qu’une solution pour soigner le groupe et ses membres : la musique. Ils s’enferment donc dans le studio et laissent éclater leurs frustrations, leur rage, leur colère, leur douleur. Peu importe ce qui en sortira, peu importe leurs relations quand tout sera fini, seul compte le besoin de crever l’abcès. Le producteur Phil Thornally est effrayé en entendant les bandes que lui propose le groupe, mais il a une confiance aveugle en son chanteur. "Nothing left but faith", "il ne reste rien d’autre que la foi", était la conclusion de l’album précédent. Et pourtant, dès les premières mesures de One hundred years, on sait qu’ils n’ont même plus ça. Les rythmiques martiales ont succédé à la batterie électronique, les claviers ont pratiquement disparu, la guitare est vicieuse et lancinante, la voix est expressive comme jamais. Et cette basse nous fait trembler. Comme tout album culte, Pornography ne connaîtra pas le succès immédiat. Trop violent, trop épuré, trop caricatural. Trop. Bien sûr, il y en a qui se montrent totalement indifférents à ce style de plus en plus à la mode qu’est la cold-wave, qui prêtent une oreille distraite aux mélodies et ne voient dans les paroles qu’un exercice de style. Ceux-là ne croient pas à ce qu’ils entendent, ne voient en cet adolescent attardé et mal coiffé qu’un clown grotesque profitant d’un effet de mode pour accoucher de paroles volontairement et absurdement gothiques. Mais il y a aussi ceux qui ne résistent pas à une telle déferlante de violence gratuite, qui ressentent un creux au niveau de l’estomac chaque fois que cette voix trop expressive les agresse, les juge et les condamne, ceux qui se sentent mal à l’aise en écoutant le titre éponyme, ceux qui n’arrivent pas à écouter l’album jusqu’au bout. Mais pourquoi de telles réactions ? Si l’on oublie la genèse de cet album, si l’on n’écoute pas les paroles, ou qu’on ne les comprend pas, que reste-t-il ? One hundred years est imparable, rapide, très accrocheuse. The hanging garden, stupidement sorti en single (stupidement car aucune chanson n’a de sens en dehors de l’album), est entraînante avec sa ligne de basse, ses percussions tribales et ses paroles mystérieuses. The figurehead est le sommet artistique de l’album. Le roulement de batterie est immédiatement assimilable, la ligne de basse est l’une des plus fameuses jamais composée par Simon Gallup, les envolées de guitare font perdre toute notion de gravité et le chant est plus habité qu’il ne l’a jamais été. Cold, la bien nommée, avec son clavier très gothique (s’il-vous-plaît les djeuns, n’y voyez aucun rapport avec Avril Lavigne). Et enfin Pornography, la chanson éponyme, la plus inécouttable de toutes. Un bordel monstrueux. Les instruments sont impossibles à discerner dans ce brouhaha phénoménal. Smith a l’air de chanter, mais il n’y a aucune ligne de chant, pas de refrain, pas de mélodie. Cette chanson, dans sa construction, représente le mieux la démarche du groupe à cette époque. Une inspiration née du dégoût, un nihilisme imposé par la drogue et l’alcool, une violence impossible à canaliser. Une phrase finale devenue mythique. Les derniers instants d’une descente aux enfers, débutée trois ans auparavant, ni plus ni moins. Est-il besoin de préciser que la tournée qui suit sera un nouveau désastre et que les relations entre les membres du groupe ont réussi à encore empirer ? Des violences internes poussent Simon Gallup à quitter le groupe, après un dernier concert catastrophique à Bruxelles. A l’époque, nombre de fans imaginaient qu’il n’existait qu’un seul remède pour Robert Smith : le suicide. Comme Ian Curtis. Il est à peu près certain que beaucoup ont espéré cette mort, pour que la boucle soit bouclée, pour que la légende prenne vie. Il est certain également que Robert lui-même a dû y penser. Et il l’a fait, artistiquement, en sortant coup sur coup trois chansons pop volontairement ridicules, en réponse à la trilogie glacée qu’il venait de conclure. La suite appartient à l’histoire. Voilà donc pour Pornography. Mais plusieurs questions restent encore sans réponse. Pourquoi un rejet aussi massif ? Et pourquoi un culte aussi instantané ? Pourquoi, derrière ce monceau de notes, tantôt répétitives, tantôt complètement déstructurées, les réactions sont-elles si vives ? La réponse ne se trouve pas dans les partitions, ni même dans les paroles couchées sur le papier. La réponse appartient à ceux qui se reconnaissent, ou croient se reconnaître dans cette adolescence furieuse. Ceux pour qui, durant ces quarante minutes, ça n’a plus d’importance de mourir. Ceux qui n’ont plus rien, et même plus la foi. Ceux qui, un jour, ont voulu changer de visage pour être à nouveau embrassés. Ceux qui cherchent la rédemption et la pureté, ceux qui ne sont que des créatures s’embrassant sous la pluie, portent des masques et des fourrures, ceux qui savent au fond d’eux-mêmes que peu importe l’avenir, ils ne seront plus jamais sains. Ceux qui savent cracher au visage de leur moitié qu’il ou qu’elle n’est rien. Ceux qui ne sont que des hommes de paille, dorment de moins en moins la nuit et sentent le poids des jours peser sur leurs épaules. Ceux qui regardent avec dégoût les gens qui les entourent et voient en ces porcs égorgés la véritable pornographie de notre monde. Ceux qui, pour guérir le mal par le mal, ont absorbé cette philosophie nihiliste, cette violence et cette haine systématique. Ceux qui ont pris Pornography pour un remède avec un effet de court terme, mais qui sont toujours hantés plus de vingt ans après la sortie de ce disque capital. Pour ceux-là, inutile de parler davantage de l’album et de son impact. Pour les autres, nul doute que le besoin de s’immerger dans cet univers rouge et noir se fera sentir le jour où ils ne parviendront plus à sourire en se regardant dans le miroir. |
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Il y a 29 contribution(s) au forum. The Cure : "Pornography"
(1/17) 17 mai 2011, par Maxime 17 ans The Cure : "Pornography"
(2/17) 20 février 2008 The Cure : "Pornography"
(3/17) 24 février 2007, par fan de Geoffroy The Cure : "Pornography"
(4/17) 15 octobre 2006, par Clash The Cure : "Pornography"
(5/17) 21 septembre 2006, par Dav’ The Cure : "Pornography"
(6/17) 2 avril 2006, par Alevin The Cure : "Pornography"
(7/17) 30 mars 2006, par Krigepouh The Cure : "Pornography"
(8/17) 12 janvier 2006, par Simply Cure The Cure : "Pornography"
(9/17) 14 octobre 2005, par milou > The Cure : "Pornography"
(10/17) 24 mars 2005, par Copacabana > The Cure : "Pornography"
(11/17) 11 février 2005, par ste > The Cure : "Pornography"
(12/17) 7 février 2005, par Jé > The Cure : "Pornography"
(13/17) 7 février 2005, par PPRWABI > The Cure : "Pornography"
(14/17) 6 février 2005 > The Cure : "Pornography"
(15/17) 5 février 2005 > The Cure : "Pornography"
(16/17) 5 février 2005, par Albin Wagener > The Cure : "Pornography"
(17/17) 5 février 2005 |
The Cure : "Pornography" 28 septembre 2009, par MARC [retour au début des forums] Pourtant the cure est encore la 30ans après !!!!! Pornography écrit à 22ans qui dit mieux et avant Faith et Seventeen seconds, pas la peine de vomir dessus on aime ou on aime pas. The Cure : "Pornography" 29 octobre 2009, par carnage visors [retour au début des forums] je tombe sur ce commentaire qui, sans vouloir être méchant sonne aussi creux que le souvenir sonore laissé à son auteur par la période new wave.. Je commence par dire : vous avez raison ! La pop new wave des années 80, niveau production, ça sonnait déjà à l’époque un peu cheap : Duran Duran, Yazoo, Ultravox... Et The Cure n’y échappe avec sa trilogie de singles de 83 (let’s go to bed / the walk / Lovecats - un peu moins) et par la suite aussi : certains synthés qui imitent les cuivrent sur The Head on the Door ou Kiss me Kiss me Kiss me, certaines batteries du portant excellentissime Boris Williams rendues maigrelettes par le discuté producteur Dave Allen... A l’image du projet (ou non projet ?) musical qui accouché de Pornography, la production de cet album, réalisée par Phil Thornalley est une véritable ovni, effectivement sans prédécesseur et sans filiation... On est à l’époque des synthés à tout va ? Pas de synthés ici, ou si peu, ou plutôt si loin mais si imortants dans le vomi - pardon - le rendu final. La rythmique ? Les potards poussés à fond de volume, qui avait osé avant ? La basse idem ! Les "guitares", sortes de fil de fer sonores qui ressemblent à tout sauf de la guitare... A cette époque ou plus tard et dans la discographie de Cure, rien de comparable. Un truc vraiment original. Ensuite en ce qui concerne la remise en cause du message de Smith : cher Monsieur, personne ne vous oblige à écouter ses états d’âmes ! Vous n’aimez pas l’introspection et les sentiments exacérbés qui répond volontairement à une logique et à un goût de l’écriture expressionniste et romantique ? Alors faites-vous plaisir, mettez à fond Manu Tchao ou Kylie Minogue ! C’est permis ! Et au passage, combien de morceaux pop légers sans trop de volonté d’exprimer son mal être ont été composés par Robert Smith en 30 ans de parcours ? Au moins autant (hélas, parfois..) que des morceaux sombres ! Souvenez-vous pour les plus connus de friday I’m in love, inbetween days, Why can’t I be you ?, lovesong etc etc... En conclusion, Pornography, c’est pour The Cure vraiment la fin d’une époque, et pour la musique en général un album qui mérite, en effet, d’apparaitre au panthéon des albums qui ont marqué la musique pop/rock.
The Cure : "Pornography" 30 octobre 2006, par suedehead72 [retour au début des forums] pornography l album qui a bercé mes moments de doutes , d insomnies, les galeres de la vie tout simplement ,en fait il fait partis des disques que l on reecoute religieusement (surtout en cette periode ,l automne !!)et paradoxalement on en ressort guerris , en fait c est "ma" cure "de jouvence !! ne serait ce que pour un morceau "strange days" d une beautée et d une melancolie a couper le souffle !!!
> The Cure : "Pornography" 2 novembre 2011 [retour au début des forums] Cette chanson est extraordinaire. Un chef d’oeuvre d’émotion. Une sacré trilogie !!!!!!
> The Cure : "Pornography" 5 février 2005, par Morten [retour au début des forums] Remarque stupide sans aucun rapport avec l’album dont il est question ci-dessus. > The Cure : "Pornography" 5 février 2005 [retour au début des forums] bouh un fan de Cure > The Cure : "Pornography" 6 février 2005 [retour au début des forums] Bouuu, de la provoc’ à deux balles !!! > The Cure : "Pornography" 7 février 2005 [retour au début des forums] ce n’est pas de la provoc mais un avis négatif. > The Cure : "Pornography" 7 février 2005 [retour au début des forums] Pas du tout argumenté, ceci dit. > The Cure : "Pornography" 7 février 2005 [retour au début des forums] y a pas besoin d’argumenter
> The Cure : "Pornography" 5 février 2005, par yves [retour au début des forums] Exact ! Mais d’où tenez-vous (tous) autant de renseignements (exacts) d’époque ? Impressionnant ! Sorry, Albin, pour Kyo. Comme promis, j’ai écouté et je t’ai relu.
> The Cure : "Pornography" 23 mai 2007 [retour au début des forums] Hello, bon article bien qu’un peu brouillon ... Il serait instéressant d’ajouter un peu de technique car Robert Smith s’est quand même beaucoup exprimé sur la période de la trilogy. Malgré ce qu’il en dit, la trilogie, c’est bien 17s/Faith/Pornography, dans l’histoire de Cure : sa carrière, l’accueil des disques chronologiquement par le public, etc...
Bravo pour votre site que je viens de découvrir ... je n’ai pas encore lu de critique sur And Also The Trees, le grand groupe de ces années, qui est resté intègre musicalement, sans succès malheureusement. A+
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