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Anathema : "Alternative 4" Goodbye cruel world samedi 12 février 2005, par |
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Voici un album d’une rare intensité, d’une sensibilité à fleur de peau. Un album qui laisse pantois, rêveur, béat d’admiration. Mais un album dangereux également, qui s’insinue dans un repli du cerveau et s’étend telle une tumeur, répandant la mélancolie et une tristesse insondable dans tout notre être. Un album qui brûle tous ceux qui s’en approchent, à commencer par ses auteurs.
Il est de bon ton, quand on chronique un album d’Anathema, de toujours commencer par rappeler les origines metal de ce combo anglais. On explique comment leur musique a évolué, quelles ont été les étapes de leur parcours. On se révolte contre le système qui cloisonne ce groupe dans le registre metal alors que leur musique est abordable pour le grand public, sans pour autant céder aux sirènes du mercantilisme. On s’indigne donc du peu de succès que le groupe rencontre. Mais en même temps, on espère qu’Anathema restera inconnu de la masse, car on veut le garder pour soi, précieux trésor et fierté à exhiber dans une collection de disques. Et on craint aussi secrètement que le succès n’étouffe ces braves anglais et leur fasse perdre leur authenticité, sans laquelle leur musique n’a plus lieu d’être. Ces considérations auxquelles nous ne coupons pas (ou si peu) semblent un exercice obligé pour faire appréhender correctement la musique du groupe. Pourtant, avec Alternative 4, pas besoin de faire un historique, pas besoin de présenter le groupe, pas besoin de situer cet album dans l’ici et le maintenant, car nous tenons là un chef-d’oeuvre intemporel, qui transcende les étiquettes qu’on pourrait lui accoler, et qui a dépassé de loin la perception et l’ambition qu’en avait le groupe. Certains présentent un peu vite cet album comme la chose de Duncan Patterson, génial bassiste du groupe. S’il est vrai que c’est en grande partie à lui que l’on doit la nouvelle orientation d’Anathema, il ne faut pas oublier les frères Cavanagh au chant et à la guitare, qui ont composé plusieurs chansons, et non des moindres. Cette tendance à faire de Patterson l’unique géniteur de cet album semble avoir généré des tensions au sein du groupe, aboutissant au départ du bassiste. Cette histoire ne vous en rappelle-t-elle pas une autre Celle d’un groupe fameux des années 70, et qui sortit en 1979 un album racontant l’histoire d’une rock star catatonique qui éleva un mur entre elle et le monde extérieur ? Un album que le bassiste du groupe revendiquait également comme étant sa chose ? Avant d’aborder le contenu de l’album, quelques mots au sujet du titre, énigmatique. Il est inspiré d’un livre de science-fiction qu’avait lu Duncan Patterson, qui s’appelait Alternative 3. Dans ce livre, les hommes étaient appelés à disparaître, et des scientifiques cherchaient un moyen de sauver l’humanité. Trois alternatives étaient proposées. Alternative 4, c’est la proposition de Duncan : il n’y a pas de solution. Dès les premières notes de Shroud of false, dès que cette introduction d’une minute trente est terminée, le ton est donné. La production sera dépouillée, le piano acoustique sera le Ying et les guitares saturées seront le Yang. Le chant sera clair, marqué par cet accent typiquement british. Les textes seront sombres, mais pas caricaturaux, l’opus sera placé sous le signe de la détresse. Et ce ne sont pas ces quelques accords au violon ouvrant Fragile dreams qui vont venir perturber cette impression. On ferme les yeux et plus rien n’a d’importance. Fragile dreams pourrait n’être qu’une fucking rock and roll song, mais il n’en est rien. Elle est bien plus que ça. L’ambiance distillée par cette voix délicate nous capte, nous enveloppe et nous étouffe pour notre plus grand bonheur. Empty semble vouloir nous sortir de notre torpeur. On croirait presque à un morceau rapide et énergique. Les paroles sont rageuses également, mais on n’y croit pas. Trop de mélancolie là-dedans pour qu’il ne s’agisse que de colère brute. Et puis alors arrive ce qui devait arriver : un break acoustique. La rage les a vidés. Après s’être déchaînés, les voilà de nouveau devant leurs démons. S’agiter ne sert à rien, ce n’est pas comme ça qu’on traverse la crise. Anathema a compris ça mieux que personne. Quelques frêles notes de piano nous font frissonner. La voix, cette si belle voix claire, intelligible, chaleureuse, nous susurre des paroles inoubliables. Voici venir la chanson emblématique du groupe, celle qui est déjà un objet de culte pour les fans, celle qui ne peut laisser absolument personne indifférent : Lost control. On est parcouru de frissons du début à la fin. « I admit I’ve lost control » se perd en échos lointains. L’ombre du grand Floyd n’est pas loin. On se laisse bercer, égarés hors de ce monde. Et puis on peste sur cet ignoble fade-out qui conclut la chanson, alors qu’on écouterait encore cette mélodie hypnotisante et répétitive pendant des heures. Regain d’énergie sur Re-Connect, mais on n’écoute pas cette chanson. On n’est pas encore remis de la précédente. Tant mieux car celle-ci est la moins pertinente de l’album, à l’exception de son flamboyant final. Inner silence, joli, rappelle Shrould of false, en un peu moins bien. Et puis il se passe quelque chose. Alternative 4, l’énigmatique titre éponyme, déboule sans prévenir. Titre inquiétant, glauque, un point de non retour pour le groupe. La conclusion est dès lors évidente lorsque la voix se mue en murmure morbide : « I’ll smile with the angels and celebrate the holocaust. And far beyond my far gone pride is knowing that we’ll soon be gone. Knowing that I’ll soon be gone... ». On en tremble encore lorsque surgissent les premières notes de Regret. Tout un programme avec un titre pareil. Mais alors qu’on pourrait craindre le morceau de trop, celui qui enfonce le clou de la mélancolie stéréotypée et feinte, le groupe nous étourdit une fois de plus avec son sens de la mélodie, et, n’ayons pas peur des mots, de la poésie. Ce morceau est un des plus lyriques de toute la discographie d’Anathema. Une finesse et une délicatesse sans pareille, un véritable travail d’orfèvre. Un refrain instantané et magnifique, un break planant à souhait, une reprise de thème belle à pleurer et une apothéose finale que ne renierait pas Pink Floyd (tiens, encore eux ?). Après un tel monument, Feel fait pâle figure, malgré ses qualités intrinsèques (je vous recommande chaudement une version acoustique de cette chanson, disponible gratuitement et légalement sur le site d’Antimatter, le nouveau groupe de Duncan Patterson). La mélodie de Destiny nous accompagne en douceur pour nous faire sortir de ces éprouvantes quarante minutes d’émotion pure. Oserais-je un ou deux petits regrets, histoire de pinailler ? Anathema a la délicieuse habitude de céder le micro à une talentueuse invitée le temps d’une ou deux chansons. Cet album est le seul à faire exception. Enfin, le batteur qui officie sur cet album, Shaun Steels, n’a pas la classe de John Douglas, que l’on trouve derrière les fûts sur l’ensemble des autres réalisations du groupe. Je vous avais prévenu, c’est juste pour pinailler. |
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Il y a 17 contribution(s) au forum. > Anathema : "Alternative 4"
(1/6) 2 mai 2005, par Max > Anathema : "Alternative 4"
(2/6) 16 mars 2005, par Chris > Anathema : "Alternative 4"
(3/6) 23 février 2005, par Yves > Anathema : "Alternative 4"
(4/6) 13 février 2005, par Euxeb > Anathema : "Alternative 4"
(5/6) 12 février 2005 > Anathema : "Alternative 4"
(6/6) 12 février 2005, par Yves |
> Anathema : "Alternative 4" 2 mai 2005, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums] Merci pour le compliment, mais vous dites toutefois certaines choses dans votre message que je ne peux laisser passer et j’aimerais remettre l’église au milieu du village.
> Anathema : "Alternative 4" 31 mars 2005, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums] Tant mieux !
> Anathema : "Alternative 4" 8 septembre 2006, par Azymut [retour au début des forums] Je m’y prends un peu tard, mais comment pouvez-vous qualifier un album comme "The Silent Enigma" de très gras et pas fûté ? "Sunset of Age" et "Adying Wish" sont peut-être un peu poussifs, mais à en tomber à la renverse ! Magnifique chronique, ceci dit.. elle m’a convaincu d’acheter , il y a 6 mois, ce chef-d’oeuvre...
Merci beaucoup, donc.
> Anathema : "Alternative 4" 14 février 2005, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums] Voilà ! Rendez-vous dans les news : virtual album is here.
> Anathema : "Alternative 4" 12 février 2005 [retour au début des forums] Comme ça a déjà été dit je ne sais plus où ici, si tu veux des chroniques de 10 lignes, va voir ailleurs. > Anathema : "Alternative 4" 12 février 2005 [retour au début des forums] 10 lignes ? non. mais moitié moins long, certainement.
> Anathema : "Alternative 4" 12 février 2005 [retour au début des forums] Et bien ta déception n’en sera que plus grande, mon cher. Musique insipide, de la part d’anciens bourrins qui se prennent désormais pour pink floyd. > Anathema : "Alternative 4" 12 février 2005 [retour au début des forums] heureusement, ils n’ont pas hérité du côté chiant de Pink Floyd haha :) > Anathema : "Alternative 4" 14 février 2005, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums] Un grand merci. Voilà le genre de message qui fait plaisir. Je crois que c’est notre objectif à tous de partager notre passion et de faire découvrir les groupes que nous apprécions. > Anathema : "Alternative 4" 17 avril 2005 [retour au début des forums] je n’apprecie pas beaucoup ce site mais cet article est vraiment très bon ! pour ma part je dirais que le plus grand chef d’oeuvre d’anathema est.. A fine day to exit (2001). ils jouent le 2 mai au Biebob à Vossellar, a ne pas manquer ! > Anathema : "Alternative 4" 17 mai 2005 [retour au début des forums] Natural Disaster, le plsu grand chef-d’oeuvre du groupe, oui :p
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