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Counting Crows : "August and everything after" Sur la route lundi 29 juin 2009, par |
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C’est le moment. Un sac à dos, des envies plein la tête, une évasion, sans doute. Un café noir servi dans un mug, la route juste en face, derrière la fenêtre. La serveuse aux fortes hanches lâche une blague, c’est le moment de sourire poliment. Régler cette boisson chaude et ce petit déjeuner gras et sucré. C’est le moment. Le reste, c’est dehors, c’est demain que ça se passe. Une nouvelle ville pour une nouvelle vie.
Cela fait déjà plusieurs jours que je suis sur la suite. J’ai rencontré un type un peu bizarre qui m’a conseillé de changer de route, pour voir l’endroit où il a grandi. "La petite ville la plus charmante du monde", m’avait-il soufflé. Un endroit paumé à la lisière d’une grande forêt, à l’est, avec une jolie petite rivière. Il avait raison, ce type. De là-bas, j’ai pris en stop une mère de famille et son fils, dont la voiture avait rendu l’âme. Je lui ai dit que je n’y connaissais rien en mécanique, ce qui est vrai, puis je l’ai déposée dans la ville suivante. Pour me remercier, elle m’a laissé un bouquin que je n’ai toujours pas lu. Je préfère ne pas le lire : si je découvre quelle histoire il raconte, le cadeau qu’il représente perdra tout son charme, et je me retrouverai probablement avec le goût amer d’une fin bâclée, ou quelque chose dans le genre. Je suis remonté au nord. Je me suis arrêté trois nuits à Omaha. Non pas qu’il y ait grand chose à y voir ; j’étais fatigué, j’en avais marre de rouler et j’avais envie de me poser quelque part, pour observer les gens, voir ce qu’ils fabriquaient. Trouvé un diner décent, retirer des sous quelque part aussi. J’en ai profité pour me poser dans un endroit où ils louaient leur connexion internet pour quelques dollars. Trop de mails. J’ai vite levé l’ancre, ce n’est pas pour ça que j’ai entrepris ce voyage. Vers le sud. J’ai encore roulé avant de m’arrêter dans une autre ville. J’ai préféré l’hôtel au motel, pour une fois. Puis j’ai voulu prendre une bière ou deux, dans un bar, sur Sullivan Street. Une bière un peu trop tiède, qui allait avec l’ambiance échauffée. J’ai commencé à parler avec une fille qui venait de Baltimore. Mignonne, déjà prise. Quand elle m’a demandé d’où j’étais, après avoir remarqué que j’avais un accent, je n’ai rien pu lui répondre. J’ai préféré lui demander où je devais aller, c’était plus important. Elle a éclaté de rire, ce qui fit grogner notre voisin de droite, un grand motard barbu un peu louche. Elle m’a laissé son e-mail, mais depuis, je ne l’ai jamais recontactée. Elle ne se souvient sans doute pas de moi, et puis ce n’est pas important. Ces gens-là doivent rester dans nos souvenirs, pas ailleurs. Je me souviens d’un truc : lorsque je lui ai demandé comment c’était ici, dans sa ville d’adoption, elle me répondit dans un sourire : "Round here ? We all look the same". Elle avait trouvé ma question un peu étrange. Moi, je me souviendrais toujours de ce mois d’août. Et de tout ce qui a suivi après. La vie n’a plus été la même. |
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