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Depeche Mode : "Ultra" Premiers pas sans Alan... dimanche 7 mars 2004, par |
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Injustement conspué par les fans à sa sortie, Ultra s’impose, avec le recul, comme l’un des albums les plus osés, les plus matures et les plus décomplexés de Depeche Mode. C’est une prouesse d’autant plus remarquable que le départ d’Alan Wilder, deux ans plus tôt, avait laissé un grand vide qu’on pensait insurmontable...
Quand on sait quel rôle précieux Wilder jouait en studio et à la production sur des albums comme Music for the masses et Violator, on peut comprendre la crainte qui était celle des fans à l’annonce de son départ, treize ans après avoir rejoint la formation de Basildon. Malgré de nombreuses tentatives, beaucoup trop peu de ses compositions furent acceptées par les autres membres du groupe durant toutes ces années. Relégué à la batterie dès l’introduction de cet instrument dans le groupe, en 1993, il allait tirer sa révérence après l’intense et éprouvant Devotional Tour. On voyait mal, dès lors, comment un Dave Gahan suicidaire et complètement sous l’emprise de la drogue, un Martin Gore alcoolique et un Andrew Fletcher dépressif et désintéressé allaient pouvoir maintenir le cap. Trois années durant, chacun de leur côté, les membres du trio allaient combattre leurs démons, sans trop oser croire à une issue positive. En 1997, Ultra est l’album de la résurrection, l’album que plus personne n’osait encore espérer. Plutôt que de l’accueillir avec liesse et honneur, les fans n’auront que défiance et craintes à son égard. Et pour cause, le premier single, Barrel of a gun, qui le précède de quelques semaines, est à tout point de vue perturbant. La voix de Gahan y est volontairement corrosive et la musique, plus expérimentale que jamais, s’approche de l’univers parfois dérangeant de Nine Inch Nails. Le clip, réalisé par Anton Corbijn, est d’une noirceur absolue. Les scènes, plus inattendues les unes que les autres, présentent Dave Gahan descendant des escaliers en rampant puis déambulant, le pas peu assuré, dans des petites ruelles marocaines, de faux yeux inquiétants peints sur ses paupières fermées.
Barrel of gun reste heureusement (ou malheureusement, c’est selon) un OVNI dans la discographie du groupe et est, au final, très peu représentatif d’Ultra. Aucun autre titre n’est aussi audacieux, bien que la plupart explorent de nouvelles directions, de nouveaux sons jamais entendus sur aucun album de DM. Le hit single It’s no good est une exception à la règle. Les nappes de synthé, le chant, le refrain imparable et l’ambiance générale en font un "parfait single Depeche Mode", emballant dès la première écoute. Il réconcilie le groupe avec ses fans et permet même de toucher un nouveau public, grâce à une diffusion en heavy rotation sur MTV. Le clip, plutôt humoristique, présente une parodie de groupe rock mené par un Dave Gahan kitsh avec banane Teddy boy et paillettes. Home, troisième single, deviendra un classique instantané. Il s’agit d’une ballade tristounette chantée par Martin Gore sur fonds de cordes magistrales, façon One caress. Enfin, pour Useless, quatrième et dernier simple, le groupe se présente pour la toute première fois sous une configuration organique classique, avec une guitare (Martin Gore), une basse (Doug Wimbish), une batterie (Gota Yashiki), des percussions (Danny Cummings) et un clavier (Dave Clayton). Au niveau de l’évolution du son DM, la boucle est bouclée. Mais il en faut du monde pour remplacer Alan Wilder diront alors certains... A la différence d’autres albums, les singles ne constituent toutefois pas la principale attraction d’Ultra. Pour vous en convaincre, écoutez donc Sister of night, une des plus belles chansons jamais écrites par Martin, d’une très grande richesse mélodique. C’est la première qu’il présenta à David à leur retour en studio, au Electric Lady de New York. A peine sorti de cure de désintoxication, le chanteur était alors physiquement tellement diminué que les sessions durent être remises. De retour en forme, et après un travail acharné sous la direction d’une vocal coach, Dave réalisa une des plus belles interprétations de sa carrière, tout en finesse et en émotions. Sa joie d’être encore en vie mêlée à l’amertume de pénibles moments vécus sont ici clairement perceptibles. Martin et le producteur, Tim Simenon (Bomb The Bass), ajoutèrent leur touche finale au morceau avec une guitare acoustique lancinante et, entre les couplets, des envolées electro-rock de haut vol. En ça, Sister of night se démarque d’une ballade douce sur un ton plus monotone comme The love thieves. Si Ultra recèle une richesse particulière, autre que musicale, c’est au niveau des lyrics qu’elle se situe. Aucun autre album de DM ne contient des paroles aussi noires, aussi plaintives, aussi emplies de souffrances, de dégoût de soi et d’amertume. Barrel of a gun ouvre les hostilités de bien belle manière avec ce couplet : "A vicious appetite visits me each night and won’t be satisfied, won’t be denied. An unbearable pain, a beating in my brain that leaves the mark of Cain right here inside (...)" ("Un appétit vicieux me visite chaque nuit et ne pourrait être satisfait, ni ignoré. Une douleur insoutenable, un battement dans mon cerveau qui laisse la marque de Caïn, ici à l’intérieur"). Dans le genre guilleret, on a connu mieux. Dans le sous-estimé Freestate, Dave livre un message d’espoir à une personne moralement au plus bas : "I can hear your soul crying, I can feel your desperation. (...) Let yourself go, let your feelings show" ("Je peux entendre ton âme pleurer, je peux sentir ton désespoir. Laisse toi aller, montre tes sentiments"). Sur The bottom line, Martin reprend le micro et aborde un de ses sujets de prédilection : la mort. Il la présente comme inéluctable et semble l’attendre serein, résolu à rejoindre de l’autre côté un être cher, trop tôt disparu. Arrive enfin Insight, le final, avec une conclusion positive. A 35 ans, Dave s’y dit "guidé par la lumière" et atteint par la sagesse de l’âge. Il semble regarder derrière lui et annonce "The world still turns, the fire still burns" ("Le monde tourne toujours, le feu brûle encore") tandis que Martin scande "you’ve got to give love". Car c’est bien l’amour qui a sauvé ces hommes qui ont brûlé la vie par les deux bouts. L’amour de leurs proches, de leurs enfants et aussi de leur formidable public. Avant de terminer, soulignons quelques originalités de cet album. Tout d’abord les habituels courts intermèdes instrumentaux ont ici des pistes séparées. Il s’agit de Uselink, joué par Daniel Miller sur une de ses formidables machines, et Jazz thieves. Le même procédé sera réédité sur Exciter. Enfin en guise de morceau caché, on a droit à un court extrait d’un remix de Painkiller, superbe face B instrumentale de Barrel of a gun. Andy Fletcher dit aujourd’hui combien il regrette que ce morceau, entre techno et rock, ne figure pas sur l’album en entier, tant il est exceptionnel. Les fans, les vrais, achètent tout : les albums, les singles et les maxis. Ceux-ci valent particulièrement le détour avec des remixs par Underworld (Barrel of a gun), Air (Home), LFO (Home), Darren Price (Slowblow) et Kruder & Dorfmeister (Useless), ainsi que quelques extraits live et ils sont particulièrement précieux car issus des rares Ultra Parties. En effet, chose unique dans leur carrière, les membres du groupe décidèrent de ne pas entamer de tournée mondiale, par peur de retomber dans les travers des tentations de la route. On sait aujourd’hui que ce n’était que partie remise. Depeche Mode prépare actuellement un nouvel album. N’en déplaise aux habituels sceptiques et aux nostalgiques des périodes Just can’t get enough ou People are people, celui-ci verra peut-être le groupe opérer un nouveau virage à 180 degrés. Sachez-le, c’est ce perpétuel désir de remise en question qui fait de Depeche Mode un des groupes les plus importants au monde depuis près de 25 ans. |
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Il y a 10 contribution(s) au forum. Depeche Mode : "Ultra"
(1/9) 19 juin 2011, par jeanjean101 Depeche Mode : "Ultra"
(2/9) 5 juin 2009, par musicman Depeche Mode : "Ultra"
(3/9) 26 mars 2007 Depeche Mode : "Ultra"
(4/9) 23 septembre 2006, par Barrel of a gun > Depeche Mode : "Ultra"
(5/9) 10 juin 2005, par jfnorr > Depeche Mode : "Ultra"
(6/9) 30 mai 2005, par lkj > Depeche Mode : "Ultra"
(7/9) 11 mars 2004, par www.depechemode.be team > Depeche Mode : "Ultra"
(8/9) 11 mars 2004, par Syl > Depeche Mode : "Ultra"
(9/9) 7 mars 2004, par Kao Bang |
> Depeche Mode : "Ultra" 20 octobre 2005 [retour au début des forums] Ouais enfin...Johnny est toujours là, depuis 1962. Est ce parce qu’il a toujours su évoluer innover et nous surprendre ?
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