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Godspeed You Black Emperor ! : "F#A#∞" Apocalypse Now jeudi 6 juillet 2006, par |
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Si l’homme s’asseyait simplement et réfléchissait au sujet de son imminente fin, et de sa terrifiante insignifiance et solitude dans le cosmos, il deviendrait certainement fou, ou succomberait à un inexorable penchant pour la futilité. Pourquoi, se demanderait-il, devrait-il perdre son temps à composer une sublime symphonie, ou à s’efforcer de survivre, ou même à aimer quelqu’un, quand il n’est rien d’autre qu’un microbe momentané sur un tas de poussière tournoyant dans l’inimaginable immensité de l’espace ? (Stanley Kubrick)
Cette imminente fin, cette insignifiance, cette solitude, cette futilité, les membres de Godspeed You Black Emperor ! semblent en avoir une conscience pleine et entière. Le monde est futile et la vie n’est que folie ? Bien sûr que oui, et ce sont cette futilité et cette folie qui seront tant l’objet que le sujet de la musique du combo. En reniant sauvagement tous les clichés et toutes les limites qui peuvent entraver l’épanouissement de la musique, la formation de Montréal fait voler en éclat toutes nos certitudes. Il suffira en effet d’une seule écoute d’un seul de ses titres pour nous faire trembler sur nos bases que nous pensions pourtant solides, pour désintégrer notre perception de la musique, pour nous faire oublier tout ce que nous avons appris et écouté depuis des années. Indéniablement, on sort changé une fois cet album écouté, ou plutôt vécu, ressenti. Et pourtant on se gardera bien de multiplier les écoutes d’un disque pareil. Cette sensation d’étouffement, cette excitation, cette impression de vivre un moment unique est trop précieuse et trop rare pour devenir consomptible et profitable sur simple demande. Il ne faut pas simplement vouloir écouter ce disque, il faut en ressentir le besoin, il faut être capable de s’impliquer dans cette activité, jouir de cette incessante découverte. Apprendre à connaître les rouages des chansons, s’en gaver jusqu’à en deviner les moindres détails tue le plaisir. Voilà pourquoi on ne prévoira jamais à l’avance d’écouter un disque de Godspeed, il faut saisir l’opportunité quand elle se présente, quand l’atmosphère s’y prête, quand rien d’autre ne pourrait transformer l’instant commun en un souvenir précieux. C’est ainsi que, chose assez rare, certaines écoutes bien précises se sont installées définitivement dans ma mémoire. Elles peuvent paraître peu nombreuses, au regard du nombre de fois où je me suis immergé dans cet univers. Mais pourtant, quels que soient les groupes, les chansons ou les albums, rares sont les écoutes à m’avoir vraiment marqué sans être liées à un événement précis. Pour F#A#∞, le vertige ressenti lorsque je me suis abandonné à cette musique avec trente-neuf de température a constitué une expérience en soi. Mais l’écoute la plus importante, celle qui compte le plus, c’est la toute première, qui rebutera ou séduira. Clairement, il y a un avant et un après Godspeed. Et cette première fois, ce glissement hors de l’ici et du maintenant, cette accélération de la vie, cette sensation de beauté et de malheur mêlés marquent l’esprit au fer rouge, procurent une sensation unique, un plaisir total de la découverte, qui ne s’oublient pas... Et c’est à l’occasion de ces écoutes privilégiées que les errements bruitistes prennent tout leur sens, et cessent de lasser l’auditeur. C’est lors de ces rares moments que l’on pourra totalement s’abandonner et dans un même mouvement, pleurer sur la beauté du monde, trembler d’angoisse devant notre insignifiance, frémir d’espoir ou sentir sa gorge nouée de tristesse, et goûter au minimalisme et aux silences dont l’album est parsemé. Trois secondes de vide entre deux phases semblent durer une vie entière, tant nous sommes suspendus à la volonté du groupe. Les silences participent à l’envoûtement et nous font implorer pour que ce ne soit pas fini. Et il en est ainsi à la fin de chaque chanson : on est pris d’effroi. Que va-t-il se passer maintenant ? Le charme va-t-il être rompu ? Le violon, la guitare, la basse, la batterie, tous les instruments agissent comme autant de miroirs déformant, nous rendant une image de nous-mêmes tronquée par les sentiments insufflés dans la musique. Les visions que l’on appose sur cette apocalypse couchée sur une partition sont comme un bilan de notre vie que l’on dresserait si demain tout devait s’arrêter. Car définitivement, ce ne sont pas les notes qui comptent ici, mais la manière dont elles sont jouées. Godspeed You Black Emperor ! laisse un gout amer, car on a la certitude, une fois que l’album est fini, que jamais plus on ne découvrira un groupe, un album, une chanson qui puisse nous toucher à ce point. |
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Il y a 7 contribution(s) au forum. Godspeed You Black Emperor ! : "F#A# ?"
(1/4) 7 juillet 2006 Godspeed You Black Emperor ! : "F#A#∞"
(2/4) 6 juillet 2006 Godspeed You Black Emperor ! : "F#A#∞"
(3/4) 6 juillet 2006, par mellotronic Godspeed You Black Emperor ! : "F#A#∞"
(4/4) 6 juillet 2006 |
Godspeed You Black Emperor ! : "F#A#∞" 6 juillet 2006, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums] "28 days later". J’ai vu ce film récemment, et c’est vrai que la musique de Godspeed suffit à elle-seule pour poser les ambiances. La désolation de Londres abandonnée et l’angoisse du personnage sont palpables, et la terreur de la première attaque doit plus à l’accélération de la musique qu’aux images. On n’aurait pu rêver meilleure BO. Et pour répondre à votre question, oui, cet album est aussi majestueux et chaotique que les deux suivants. La plus grosse différence vient de ce qu’il y a beaucoup moins de murs de guitares sur celui-ci. Godspeed You Black Emperor ! : "F#A#∞" 6 juillet 2006 [retour au début des forums] Merci pour la réponse. Bonne continuation.
Godspeed You Black Emperor ! : "F#A#∞" 6 juillet 2006, par vincent [retour au début des forums] De fait, l’impact n’est plus le même. Depuis lors, Godspeed a tellement été plagié que l’on frôle l’indigestion etque ce son typique ne procure plus le même effet qu’avant.
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