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CSS : "Donkey" Mort au perfectionnisme ! mercredi 14 janvier 2009, par |
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Les joies de la hype, c’était il y a 3 ans. Sortis du Brésil qui rocke (autant dire de nulle part), signés sur Sub Pop, citant Beastie Boys et l’éphémère groupe culte Death From Above 1979 pour défendre un album aussi coloré que canaille, les Cansei de Ser Sexy apparaissaient alors comme assez exemplaires dans la catégorie « génération Vice », du titre du magazine faussement trash mais totalement pute du même nom. Faut malgré tout dire ce qui est : cet album de 2006 et ses monstrueux tubes (principalement Alala) ont plutôt bien vieillis, quoi que l’on ait à l’époque pu parier sur leur durée de vie. A priori, on ne pourra pas en dire autant de son successeur, apparu durant les grandes vacances 2008 et pas (ou plus) très écouté depuis. Le verdict minute : pas mauvais du tout mais tellement mou !
Nous vivons une époque de saturations : faut que ça pète ! Quel intérêt, sinon, quand la plupart des groupes s’écoutant à la radio et dans les soirées ne font que recopier un passé plus ou moins prestigieux. Donkey de CSS, j’en connais en effet au moins une autre incarnation (il y a désormais aussi un peu de Tom Tom Club dans la tambouille CSS) : ça s’appelle Wild Planet, ça date de 1980, c’est signé B-52’s et c’est co-produit par Rhett Davies. C’est l’album rouge, celui avec My Own Private Idaho et Quiche Lorraine dessus. Il ne faut pas avoir 40 ans et la nostalgie de son acné pour s’en souvenir. C’est un classique et n’importe quel gamin peut se le procurer fissa via n’importe quel site de téléchargement légal ou non. Wild Planet, que l’on soit de la génération X, Y ou Z, on ne peut donc que reconnaître que c’est la même structure que Donkey. Le même genre de voix, le même genre de refrains, d’accompagnements, de guitares... Le truc, c’est que le B-52’s, tout comme d’ailleurs le premier CSS, filent toujours une patate d’enfer. C’est tranchant, hurleur, dynamique. Or, Donkey n’est pas de ce bois. Donkey est mou, monochrome, radiophonique, sans vraiment beaucoup de reliefs. C’est étonnant, inattendu et dans un premier temps forcément décevant : on s’attend à la nouvelle scorie pour dynamiter un barbecue familial d’un groupe jusqu’ici très canaille et on se retrouve avec entre les oreilles un truc très propre, très sage, très commun. Le comble : le chant approximatif, l’anglais de gare et les expressions portugaises ont complètement disparus, remplacés par un chant pro probablement réglé par les fameux nouveaux logiciels correctifs de type autotune ! Les chansons ont majoritairement été écrites en tournée et il était donc envisageable qu’elles soient plutôt directes. Elles le sont sans doute sur scène (interchangeables, aussi, malheureusement) mais sur disque, on ne peut pas dire qu’elles donnent grave la banane. La faute semble principalement en incomber à la production de Mark Stent, qui a beau s’être fait un nom en travaillant avec Depeche Mode, Massive Attack et Radiohead, n’en a pas moins aussi frayé avec entre autres Erasure, Gwen Stefani, les Spice Girls, Take That et Craig David. Autant dire que si Stent sait se mettre à l’écoute de gros artistes tentés par les chemins de traverse, il est également un bon petit soldat de l’industrie. Victor nettoyeur, en d’autres termes. Celui qu’on appelle quand on a envie de gommer les aspects les plus punkards d’un groupe hype branleur à succès pour le faire entrer dans la grande cour de la variété internationale tellement pro qu’elle en perd tout intérêt. Depuis, CSS a tourné en première partie de Gwen Stefani et la bassiste des débuts a quitté le groupe au prétexte qu’elle était trop soucieuse du changement climatique pour passer sa vie à voyager en avion, façon assez classe d’envoyer paître ses petits camarades sans parler de divergences artistiques ! Tout cela n’est certainement pas du au hasard. Assez curieusement, après deux paragraphes à lui chercher des poux, je dois tout de même avouer que je ne juge pas Donkey comme étant particulièrement mauvais. Il y a des disques qui passionnent, qu’on adore ou haïssons avec véhémence. Il en est d’autres qui peuvent être reconnus comme nettement plus fonctionnels et même dès lors très appréciés comme tels. Il est très clair que CSS n’a rien à dire sur le monde et ne pèse qu’un poids sociologique des plus anecdotiques. Il est tout aussi clair qu’on n’attend pas de ce groupe qu’il nous étonne ou sublime nos plus subtiles émotions. On a connu et apprécié CSS avec un album essentiellement fabriqué pour faire la fête, voici qu’il nous sort un autre objet usuel, cette fois à plutôt écouter en tranches lors de courts trajets en voiture ou en fond sonore chez le coiffeur. C’est un verdict qui peut paraître très médisant, très méprisant, mais il ne l’est pas du tout, bien au contraire. Car la pop, la musique populaire, ce n’est pas que Beatles, Stones, Radiohead ou U2. Ce n’est pas qu’une sublime lignée de groupes fantastiques et d’artistes hors du commun religieusement suivis pendant toute une vie. La pop, la musique populaire, c’est aussi ce que CSS nous fait ici : de l’illustration sonore pour quotidien occidental. Que nos vies aient l’air d’un film parfait, comme disait l’autre ! Encore que dans ce cas-ci, la perfection... http://www.myspace.com/canseidesersexy |
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Serge Coosemans |