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John Frusciante : "The will to death / Automatic writing / DC EP / A sphere in the heart of silence" Testament selon John lundi 3 janvier 2005, par |
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Avec Shadows collide with People, le quatrième opus solo du guitariste des Red Hot Chili Peppers - période BloodSugarSexMagik et revenu depuis Californication (remplacé entre-temps par Dave Navarro des Jane’s Addiction) - John Frusciante, âgé de 34 ans, ne faisait que donner une suite au très bon To record only water for ten days. Avec quatre autres albums sortis pour cette seule année 2004, cet ambitieux musicien se livre de fond en comble. Avec l’aide de son meilleur ami Josh Klinghoffer, mais aussi de Joe Lally, il nous livre quatre albums qui sont autant de facettes musicales et philosophiques de lui. La vision introspective et culturelle de quelqu’un qui a frôlé plusieurs fois la mort en côtoyant l’enfer aux aspérités paradisiaques des drogues dures est à maints égards passionnante. Ni plus ni moins qu’une très belle leçon de vie, en trois actes et demi. Fortement influencé et admiratif des us et coutumes des années 70, John s’essaie à la chose avec son talent et les moyens techniques du nouveau millénaire. En attendant les deux autres (Inside of Emptiness et Curtains) prévus pour 2005, voici une partie de la livraison Frusciante...
Le pourquoi du comment dans la décision d’enregistrer six albums en un an est assez simple : épuisé par les deux mois qui ont été nécessaires à l’enregistrement de Shadows collide with people, John s’enferme une journée au studio et... s’amuse. Il enregistre toutes sortes de sons et de mélodies qu’il a en tête (il évoque 70 chansons empilées depuis trois ans !). Il trouve le résultat si convaincant qu’il décide d’enregistrer tout ce qu’il a dans le cœur (et dans le ventre) selon ce processus qui méconnaît le stress et autres désagréments de la longue gestation qui accompagne habituellement un album. Le nouveau John, libéré, est né !
The will to death is what keeps me alive. Vaste programme. The Velvet Underground érigé en modèle, cet opus a été enregistré en peu de temps, selon les techniques des seventies (utilisation de la stéréophonie jusqu’à son paroxysme, une à deux prises en tout et pour tout, afin de capture the moment tout en bénéficiant de la dynamique de l’instant présent), cet album est encore une de ces mises au point qu’a voulu faire John avec lui-même. C’est donc très intimiste. Il y interroge la vie, le temps, et ne trouve que des réponses à la hauteur de ses questions, à savoir évasives. Tout est relatif, voilà ce que nous dit John. Le tout est servi dans des plats d’argent, car son talent n’a jamais été aussi flagrant, et ce malgré le peu de moyens déployés. Toujours avec comme seul aide Josh (mais n’apparaissant pas pour autant sur le libellé, probablement parce qu’il n’a guère composé les titres et se contente de jouer). Dans la lignée de son album sorti en ce début d’année (Shadows collide with people), The will to death exploite les mêmes filons musicaux, vocaux et textuels, mais de façon bien plus aboutie. La guitare est jouée comme l’aurait jouée son héros, Jimi Hendrix : un prodige. Les soli y sont légion. On prend littéralement son pied si on aime la chose. L’ombre de Syd Barrett plane sur toute la galette : le même cri de l’âme. Ne lui souhaitons pas pour autant le même destin. Sur certains titres, comme Unchanging, on se laisse voguer... Les paroles y sont toujours aussi criantes de vérité : "We all choose to live life / We confuse how with why / Everyday is lost as it goes by" pour enfin conclure "There’s nothing missing from life". Ou encore "I’m searching for what it means to never be anything". Par moments enfin, il semble se livrer encore davantage avec sa guitare, notamment sur un Helical nostalgiquement déchirant. Le synthétiseur (John est aussi un grand admirateur de Kraftwerk, Neu ! et Brian Eno) a été utilisé par la suite comme un révélateur, une sorte de manœuvre de mise en évidence des sonorités de l’âme, comme dans un bouillon de culture, mouvantes. L’heuristique laborantine de John vaut en tout cas largement qu’on y prête l’oreille, voire plus si affinités.
Encore une fois, l’intitulé révèle déjà de quoi il va s’agir ici. L’idée était simple : se réunir quelques jours et improviser en studio dans les conditions du live. Accompagné par le désormais fidèle Josh Klinghoffer à la batterie et aux synthés, mais aussi par le très doué Joe Lally (Fugazi) à la basse, John, à la guitare, est suffisamment bien entouré pour se laisser aller et faire prendre la mayonnaise à trois. Enregistré en deux fois deux jours, l’improvisation y tient le premier rôle. Le résultat est de nouveau épatant : 90 minutes de musique, dont Automatic Writing représente la première moitié (la deuxième sortira en janvier 2005). Cinq morceaux, entre six et douze minutes chacun, sur lesquels John livre encore une autre de ces facettes, plus rock, plus expérimentale, plus blues, plus crade. Ce disque est absolument génial, il n’y a pas d’autres mots : les soli de guitare y sont absolument somptueux. On se rend bien compte qu’on a affaire à un génie. Au même titre d’ailleurs que l’étaient Miles Davis ou John Coltrane dans leur domaine, le jazz. L’ombre de Jimi Hendrix, modèle de John, y est omniprésente. Pas seulement pour la façon phénoménale de jouer de la guitare, mais aussi pour les tempos brisés, les envolées flamboyantes, les voyages dans les espaces sirupeux du rock, ceux qui ne lassent jamais, et qui font office de drogue sans effets secondaires dangereux (la basse additive de Lally n’y étant pas tout à fait pour rien d’ailleurs). Pour un ex-toxico, un ressuscité parmi les héroïnomanes, c’est une très belle thérapie magnanime.
Avec Jerry Busher (French Toast, The All Scars) derrière les fûts, l’un de ses batteurs préférés, John a enregistré ce 4 titres dans le studio habituel de Fugazi. Contrairement aux autres disques, il a été produit par Ian Mackaye (Minor Threat et Fugazi, patron du label Dischord) et mixé par Don Zientera (alors que tous les autres l’ont été par Ryan Hewitt, ingénieur très prolifique et touche à tout que l’on retrouve autant dans le jazz que dans la variété en passant par le rock). Ce petit EP pourrait toutefois provenir du répertoire des Red Hot. Les guitares y sont très présentes, un groove traîne toujours en filigrane. On dirait même parfois, comme sur Dissolve, qu’Anthony Kiedis est venu pousser la chansonnette. Les paroles y sont toujours aussi symptomatiques de l’état testamentaire de John "Nothing is seen really, all’s in the mind, see me, I am a lie". On baigne dans un rock suave de circonstance. En fin de compte, on le sent surtout très à l’aise, se laissant aller avec des potes qu’il admire. A noter également qu’il n’y a pas une seule trace de synthétiseur ici. Sur Repeating on croirait même entendre une sorte de Ben Harper plus rock et moins mielleux, mais tout aussi doué...
Avec un intitulé pareil, vous imaginez le genre de musique que peut proposer John Fusciante... mené de manière magistrale de bout en bout, le duo John et Josh propose un disque où le minimalisme est roi. Il avoue d’ailleurs avoir voulu retrouver l’électronique des années 70. La programmation y est très présente, offrant des ambiances très atmosphériques, comme sur la plage d’introduction, l’instrumental Sphere (qui fait ici dix minutes mais qui à l’origine en faisait trente !). On va jusqu’à penser à du Jean-Michel Jarre période Oxygène, ou à du Mike Oldfield. C’est vous dire comment on est désarçonné puisque l’on a affaire, ici, à la base, à un guitariste. Afterglow vient remettre les pendules à l’heure, et Josh y joue la batterie, la basse, la guitare et les synthés. John y chante. On pourrait le rapprocher de Shadows collide with people, avec en primeur un indiscutable côté expérimental. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ce titre et d’autres, originellement prévus pour figurer dans l’album précité, ont fait l’objet d’une œuvre à part entière, exploitant le genre jusqu’à la moëlle. Sur Walls, John y est d’ailleurs déjà plus insistant, n’hésitant pas à crier sur des rythmes quasi industriels, en tout les cas enivrants et répétitifs, proches d’un Nine Inch Nails. On ne connaissait pas cette attirance de John pour la musique électronique répétitive. At your enemies pousse encore plus loin cet aspect, avec un chant proche de la transe. Communique est une ballade superbe au piano, superbement chantée et jouée par Josh, où John se contente d’assurer le décorum synthétique futuriste. Ce modus operandi évoque Hurt de Trent Reznor. La voix de Josh y est tellement aiguë que l’on se demande si ce n’est pas une femme qui chante. Mais non, on a beau inspecter le livret d’accompagnement, il n’est fait mention que de la paire Josh-John. John dit d’ailleurs à propos de l’amitié avec Josh que ce dernier a aussi contribué à donner un sens à sa vie. Le disque se clôture avec John au piano : My Life. Rideau. Disons pour tenter de conclure sur cette magistrale oeuvre de John que l’on dénote la patte guitaristique qui fait le son des Red Hot Chili Peppers, et qui, dans son coin, ressent ce besoin intempestif de créer, toujours créer, afin, espère-t-il, de donner un minimum de sens à cet imbroglio sans queue ni tête qu’est la vie. Sa recherche de l’absolu dans l’absurde est aussi, quelque part, notre quête à tous. 2005 sera à coup sûr une grande année aussi. D’abord la suite d’Ataxia, mais aussi un disque de rock progressif enregistré avec Jon Theodore de The Mars Volta. Ca promet ! |
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