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The White Stripes : "Get behind me Satan" A se damner ! samedi 23 juillet 2005, par |
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Que vient donc faire une référence au prince des ténèbres dans tout cela ? Un clin d’œil à la stature foncièrement clichée du grand cornu dans le monde du rock ? Ou l’indication que Jack et Meg White lui aient vendu leur âme pour arriver au sommet, à l’instar d’un Robert Johnson ? Les White Stripes, groupe phare de l’année 2003, pourraient bien avoir choisi la deuxième option, tant partir dans une direction aussi inattendue, sans même prendre le temps de capitaliser un peu sur son succès, est un choix admirable et audacieux en cette triste époque.
Hormis l’imparable Seven nation army, j’avais été plutôt interloqué par l’accueil triomphal que tant le public que les critiques avaient réservé à cet album. Je n’y avais rien découvert de transcendant à l’époque, et aujourd’hui encore, je ne sais trop que penser de ce disque, qui, à peine deux ans après sa sortie, semble déjà avoir gagné sa place au paradis des chef-d’œuvres immortels. Sitôt le remuant et retentissant single Blue orchidenclenché, il paraissait entendu que les White Stripes allaient jouer la carte de la sécurité et nous refourguer un album à la sauce Elephant. A peine moins addictif que Seven nation army, la concision minimaliste réduite à la paire guitare/batterie fait ici à nouveau très bonne figure. Grand chambardement dès le deuxième titre, où les White Stripes s’amusent à foutre en l’air toute les idées préconçues que l’on pouvait se faire sur l’évolution de leur carrière. Exit le garage-rock d’inspiration blues, place à l’imagination et à l’éclectisme. Seuls deux autres titres, oui vous avez bien lu, deux malheureux titres feront appel à la guitare électrique tranchante de Jack White : le très roots Instinct blues ainsi que Red rain. Tout le reste arbore clairement une coloration folk, voire même world-music par instants. L’entraînant Little ghost offre une démonstration de country bluegrass du plus bel effet. Piano solitaire sur I’m lonely (but I ain’t that lonely yet), xylophone minimaliste de Meg White en parallèle avec la guitare de Jack sur Red rain, ambiance latino sur The nurse avec profusion de marimbas et de maracas troublées périodiquement par un riff vengeur, irrésistible groove funky sur My doorbell, sans oublier l’âme des Beatles qui plane sur Forever for her, chaque morceau est différent du précédent et s’impose comme une petite trouvaille en soi. Au début, il est un peu difficile d’y retrouver ses jeunes, tant Get behind me Satan prend malicieusement le contre-pied de tout ce qu’on avait pu imaginer. Heureusement, non seulement on s’habitue très vite à la sérénité quelque peu fataliste de ce nouvel album, mais on ne tarde pas à comprendre qu’on tient là un disque d’une richesse impressionnante, peut être bien le sommet de la jeune carrière des Bandes blanches, où chaque titre contient d’imperceptibles étincelles de génie, celles qu’on a du mal à isoler ou à décrire, mais qui font toute la différence. Il y a quelque chose de Tim Burton dans ces morceaux. Oui, je sais, la comparaison est hasardeuse, mais j’y retrouve la même fantaisie perpétuelle, les idées les plus fantasques présentées avec un tel naturel qu’elles en deviennent tout à fait logiques et spontanées, une ambiance surréaliste qui affleure derrière chaque pan d’apparente normalité. Je me répète, mais les White Stripes viennent de frapper un grand coup là où on ne les attendait pas du tout. Alors que la plupart des groupes de rock récemment apparus font tout leur possible pour maintenir en vie l’étincelle de leurs débuts, les White Stripes semblent prendre un malin plaisir à brouiller les pistes et à abandonner ce qui semblait porteur pour essayer tout à fait autre chose. Trop particulier pour recueillir un assentiment universel, Get behind me Satan pourrait bien en décevoir beaucoup parmi ceux qui avaient apprécié l’œuvre précédente et, à l’inverse, ravir ceux qui n’avaient pas tout accroché voici deux ans. Mais à vrai dire, personne ne peut prédire les réactions que soulèvera un travail aussi surprenant, varié et délicatement ciselé que celui-ci. En ce qui me concerne, Get behind me satan est bel et bien, pour l’instant, l’album le plus coloré et surprenant qu’il m’ait été donné d’écouter cette année. |
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