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Trip Lizard : "RoboTripping" La mort dans l’âme lundi 1er février 2010, par |
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Il paraît que j’ai un fluide maléfique, tous les gens me le disent. J’y ai repensé en essayant de dormir, sans succès. Alors, j’ai escroqué quelques photos à une blogueuse assez mignonne, écouté de la musique dans le noir, me suis un peu endormi, et fait des cauchemars interrompus par la radio, programmée pour six heures trente. Café, consultation des e-mails, publication d’une note gardée en réserve, je pars finalement en retard, oubliant de me brosser les dents et de me parfumer. Tant pis. Mes écouteurs sur les oreilles, je me laisse balader dans l’urgence, une sensation étrange, des gens qui sont autant de rencontres potentielles ratées. J’arrive en avance à la gare, monte dans le train, m’installe. La musique toujours, le Journal de Julie Doucet, passionnant, et les paysages au travers de la vitre sale du TGV. Ces maisons, ces vies innombrables, mon imagination qui s’écartèle en allant dans tous les sens. Tous ces lieux de vie, et les questionnements qui en découlent. Puis, ce garçon, croisement entre une litière et un boys band, le regard bovin, fier d’avoir un baladeur CD en plus de celui à cassettes. En guise de réponse à sa suffisance provinciale, je sors mon engin, un lecteur MP3 Creative doté d’un disque dur de 60Go et d’un casque Sony quasiment inaudible à pleine puissance par les personnes présentes alentours, et le manipule d’un air blasé. Le minet, dégoûté, change de place, et j’envoie psychologiquement un caramel à Bret Easton Ellis. Parisian style. Lors du changement de train, je repère une jolie femme qui me plait beaucoup, ainsi qu’une autre à qui j’ai envie de donner des claques. Je monte dans le T.E.R., m’installe, et secoue la tête au rythme de la musique. Les gens sont étonnés, j’en aurais presque pitié pour eux. Finalement, j’arrive à destination. Ambiance terroir, France d’en bas. C’est assez instructif, en plus d’être repoussant. Je visite une librairie, la plus grande de la ville, mais ils n’ont pas le Monkey and the living dead de Julie Doucet, contrairement à ce qui était indiqué sur leur site Internet. Je suis passablement agacé, puis vais manger avec ma mère, qui a fait le voyage de son côté. Mon père travaille. On discute, je me trouve agressif, je suis toujours agressif avec mes parents. Pas contre eux, mais la tension est telle que je suis agressif dans mes propos vis-à-vis des gens, de la vie, de tout. Même la serveuse, adorable, en a pris pour son grade : je l’ai qualifiée de représentative du physique de la région. Méchanceté gratuite, même si, dans l’absolu, j’ai raison. En quittant le restaurant, je me rends compte que les grandes villes ont oublié la politesse. Je suis étonné de ne voir que des Français d’origine contrôlée, je n’ai plus l’habitude, et je suis également surpris par la propreté et le bon esprit des gens. J’ai à nouveau l’impression d’être en France. Cela ne m’était pas arrivé depuis un bon nombre d’années. Sur les petites hauteurs de la ville, l’hôpital est triste et glauque, comme il se doit. Un bâtiment échappant à la modernité, des lits derniers cris en plastique Pif Gadget, et une vue bétonnée. Il semble que la joie de vivre soit interdite dans les lieux de soins. Je suis content de ne pas voir ma tante et sa famille, ma mère m’annonce qu’ils sont en fait là. Elle avait prévu le coup et ne m’avait donc rien dit. Avec son parasite de mari, ma tante a dépossédé mes grands-parents de tous leurs biens, ce qui m’a fait dire que moi, au moins, je ne venais pas pour l’héritage, vu qu’il n’y en déjà plus. De toute façon, je ne le mérite pas ; cela m’évite donc de me sentir obligé de culpabiliser. Je ne sais pas trop si mon grand-père m’a reconnu. Il n’allait pas bien, intubé par les infirmières, entubé par la vie, complètement paumé. Sur son crâne, des restes de son cancer de la peau, j’ai envie de m’amuser à enlever les peaux, mais je préfère éviter l’incident diplomatique. Il a beaucoup maigri, mais je le reconnais sans peine. En lui faisant la bise, je renifle discrètement mais ne sens pas l’odeur de la mort. La famille arrive, sans se presser, et entame une discussion perfide sur ce que je fais, histoire de comparer. Alors, oui, mes cousines, elles ont réussi dans la vie, enfin, elles ont de l’argent, donc, elles ont réussi. Et moi, je réponds aux questions indiscrètes, mais pas aux sourires hypocrites, et je montre que moi aussi, je réussis, à ma manière. J’ai moins d’argent qu’elles, mais j’ai une vie. Tout en alimentant les ragots, il faut bien occuper la retraite des vampires, je regarde les jambes de la tante, au prénom abject, celui d’une militante ouvrière, et me dit qu’elle est bien conservée. Sauf que porter un polo avec un tailleur est d’une vulgarité inadmissible. Même avec tout l’argent du monde, elle ne pourra cacher ce qu’elle est réellement, une paysanne mal dégrossie qui n’a de culture que les trois premières lettres. De même que son mari, pire que tout. Plus que jamais, je me rends compte que je suis content de faire partie de la branche « pourrie » de la famille. Cela me permet de garder la tête haute. À un moment, mon regard croise celui de mon grand-père. Nous nous regardons dans le blanc des yeux, longuement, puis il commence à s’endormir. Il semble apaisé, j’étais la dernière personne qu’il n’avait pas encore revue. Ma mère décide qu’il est temps pour nous de |
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