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Eiffel : "A tout moment" La Fnac peut aussi dire non jeudi 8 octobre 2009, par |
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J’ai adoré le simple A tout moment la rue, et j’attendais avec impatience l’album, sans même avoir pris la peine d’écouter ce qu’Eiffel avait produit avant. Rien que le nom, et tous les jeux de mots associés aussi bancals que celle de Pise, il n’en fallait pas plus pour que je consacre mon peu de temps à autre chose. Puis vint le simple, sur Ouï-FM, qui m’a convaincu d’acheter l’album quand il sortirait, puis l’oubli.
Vous rendez-vous compte que la direction de la Fnac compte fermer le magasin de Bastille ? Il n’y aurait pas assez de ventes. Ce qui n’est pas forcément faux, puisqu’à chaque fois que je viens y chercher des disques, ils ne les ont pas. Pourtant, je l’aime bien, cette Fnac, parce que cela me fait ma petite sortie dans le quartier, et que j’aille à celle-là ou à une autre, de toute façon, je ne trouve jamais en Phranse les disques que je veux. Sauf aujourd’hui, où j’ai ramené l’album live de Mademoiselle K (je ne lâche pas l’affaire), ainsi que celui d’Eiffel, judicieusement placé à côté afin de me rappeler à son bon souvenir. Je sais que tout le monde se fout de ma vie, moi le premier, mais cette anecdote a son importance, car hautement symbolique : la Fnac Bastille, malgré un manque de moyens évident, reste un disquaire de quartier. C’est sans doute la seule Fnac au monde où les vendeurs ne passent que les disques qu’ils apprécient, et où ils vont remuer ciel, terre, et éther, jusqu’à vous vendre à prix coûtant leur propre exemplaire, celui qu’ils écoutaient et pour lequel vous avez eu un coup de coeur, ce pour le simple bonheur de partager la musique qu’ils aiment.
Qu’il s’agisse d’une grande enseigne ou d’une échoppe insalubre, c’est la seule façon de vendre de la musique, avec intelligence et sincérité. L’argent en lui-même n’est pas sale ; c’est juste un outil entre les mains de personnes sachant le manier sagement ou pas. Ce nouvel album d’Eiffel est dans cet esprit : c’est un travail artisanal, au sens noble du terme. Il a ses qualités et ses défauts. Il évite les clichés lacunaires du rock français tel qu’habituellement consommé, mais il ne va pas non plus tutoyer les sommets de la musique mondiale. A tout moment la rue reste un titre indispensable, mais le reste du disque est moins évident ; c’est un ouvrage humble, soigné et sincère, mais qui se revendique d’une certaine exigence, ne demandant qu’à se livrer au fil du temps à l’auditeur attentif, jusqu’à devenir l’un de ces amis que l’on néglige parfois avec le temps, mais vers qui l’on revient toujours tôt ou tard. Face à la disparition programmée des supports physiques et de leurs points de vente (date approximative : quand tous les vieux cons comme moi seront enfin abattus par les jeunes irresponsables), acheter A tout moment chez un disquaire, tendre le bras pour attraper l’album comme Morrison attrapait les bouteilles de whisky, payer, et rentrer chez soi pour l’écouter dans le noir, une bouteille de Bailey’s à portée de moignon, est un acte de résistance, un soutien à la France qui se meurt sous les coups de butoir de la Phranse, un plaisir (dés)espéré qu’il serait bien vain de s’épargner. |
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