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L’album du mois
Hacride : "Lazarus" L’œil de la sorcière a vu juste vendredi 19 juin 2009, par |
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Il n’y a pas 300 disquaires à La Paz, alors il est plutôt rapide de choisir son dealer privilégié. Humberto me fait toujours un sourire de la taille du canal de Panama quand il me voit débarquer dans son bouge bien garni. Quatre murs, deux recouverts entièrement de t-shirts noirs aux armes de la crème du heavy mondial, les deux autres murs supportant des étagères sur toute la hauteur. Ce diable d’homme arrive à choper la plupart des nouveautés américaines et européennes en faisant venir toute sa marchandise depuis l’Argentine, la Colombie ou directement de Miami.
Ce jour-là, je faisais ma petite tournée hebdomadaire lorsque me vint aux oreilles une sorte de « flamenco metal », un truc si incongru et excitant qu’Humberto, me voyant en transe devant le bac des occas’ sentit qu’il allait faire une vente. « ¿Te gusta ? Es un tema de Ojos de Brujo, pero es una banda francesa que toca, una canción de su segundo disco, Amœba. ¿Bonito verdad ? » Tu parles si c’est bonito, je lui fais dérouler tout l’album, Hacride, je connais pas, disque sorti en 2007, que c’est intéressant cette petite chose, le reste est tout aussi écoutable, même si pas aussi formidable. Alors Humberto me fait signe que leur nuevo disco est sorti, et voyant mes mains agrippées au casque, m’agitant comme un débile au beau milieu de sa boutique, il me dit en soupirant : Listo, te lo voy a buscar... Ce nouvel album se nomme Lazarus et rapidement pesé/emballé/écouté/réécouté, il m’amène à une stupéfiante constatation : Si l’avenir de la zizique lourde était en France ? Non, sans blasphémer ni poussées de chauvinisme, mais décidément les récentes productions hexagonales sont les rares qui sortent la tête du tugudu. Gojira bien sur, Bélénos, Kalisia, Element of noise (et je ne cite que ceux très récemment écoutés), voilà que Hacride s’est décidé lui aussi à mettre du vermicelle dans sa soupe. Je ne dis pas que ce Lazarus est un bon album, foin de demi-mesure consensuelle et tiède, Lazarus mes enfants est l’inestimable grand disque de métal qui tache 2009 ! J’en tire des larmes vous voyez devant un tel effort, c’est-y pas facile de plaquer un peu de beauté dans le brouillard de merdasse qui englue le genre. Il faut oser remettre de la vraie barbaque dans les gamelles. Hacride joue désormais dans le registre “Grands chefs”, et les plats, c’est du quatre étoiles comme je n’en entends plus que chez Opeth ou Mastodon (notez les brelles que je dois citer en comparaison, ah dur hobby, Obiwan). Les membres d’Hacride avaient déjà bien bossés sur Amœba, encore un peu juste en cuisson, mais prometteur, inventif (cette reprise fantasque du groupe espagnol Ojos De Brujo !!), les petits qui n’en veulent quoi. Deux ans plus tard, les jeunes qui avaient les crocs nous ont monté un Lazarus qui sent le gros sommet du génie, ils épurent les tympans, nivellent par le haut. Arrangements maladifs, constructions sonores qui crèvent le plafond. Violence et douceur, faire parler la poudre mais savoir éteindre la mèche au bon moment. Jetez-vous de fait directement sur la troisième piste qui baptise ce disque, vous comprendrez ce dont je veux parler. Hacride n’évolue pas dans un death bas de plafond à la base, ils empruntent à nombre de chemins de traverse, du thrash au stoner, du doom au progressif. Il est peu aisé d’avoir une vue d’ensemble du travail du groupe en quelques extraits, c’est foutu pour le single prémâché de deux minutes car Hacride se plait à étaler ses connaissances sans jamais faillir, sans rendre indigeste une musique qui atteint de très hautes sphères. To walk Among them qui ouvre l’album résume à lui seul ce dont nos Poitevins sont capables, soit écraser la concurrence avec des musiciens monstrueux de feeling, un chant brutal et lourd, et des variations rythmiques qui forcent l’admiration. Passages de la plénitude au tabassage d’une technicité incontestable, sur le cul votre serviteur. Attention, technique mais surtout sensible, car marier la plus puissante des compositions à des mises en bouche d’une infinie délicatesse, il faut fermement croire en soi et en son oreille. Encore une fois, Hacride n’était en rien condamné à jouer du trombone en ligue 2, Lazarus atteint une sorte de perfection dans son univers, prodigieusement puissant, pourvu d’un Bourreau (Samuel de son prénom) qui à l’instar de Gojira a pris des cours de maintien chez Killing Joke tout en se passant les intégrales de Tool, Mastodon et Morbid Angel en boucle. On risquait la copie carbone, on obtient le plus grandiose album de metal death/extrême/technique de l’année. Quoique le terme "death" est nettement réducteur et risquerait d’éloigner les allergiques du genre. Et ce serait fort dommage car Hacride nous offre un vrai travail d’orfèvre qui est à mettre très loin en avant dans vos préférences de la prochaine décade. D’ailleurs, Humberto ne me contredit pas, ne se lassant plus d’arguer en toute tranquillité à chacune de mes visites : "Lazarus es mas que un disco, es una obra de arte.” Pas moins, pas mieux. |
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Il y a 2 contribution(s) au forum. Hacride : "Lazarus"
(1/2) 25 juin 2009, par Llyn Hacride : "Lazarus"
(2/2) 19 juin 2009, par iggy |
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