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Hockey : "Mind chaos" Attrapez-le tous vendredi 28 août 2009, par |
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Il y a des gens qui payent des fortunes pour affronter la mort en mangeant un fugu, alors que pour vingt Euros, je prends plus de risques en suçant un transsexuel du Bois de Boulogne.
La première fois, elle vous pose la question : toi, tu suces avec capote, hein ? Le ton n’est pas moqueur, mais la connotation péjorative reste forte : moi, à quatre pattes nu dans l’herbe, les voitures défilant à quelques mètres pour jauger une Arabe obèse et alcoolique — aucune ne s’arrête — et elle debout, enfilant un préservatif sur un chibre monumental, contrastant fortement avec une féminité presque naturelle (elle n’a pas de cellulite). Elle me propose de jouir sur mon visage ou sur mes fesses, après avoir manqué de me faire vomir d’étouffement, mais j’éjacule avant, la peur m’ayant aidé à couper court. C’est cette même peur qui petit à petit s’installe en nous, jusqu’au point de non-retour, à partir duquel elle est tellement présente que l’on en vient à se masturber avec elle. Notre organisme s’habitue, les crises de manque arrivent, et l’on retourne au bois en se disant que l’on va faire mieux. On n’avale pas, mais il n’est plus question de capote. Et puis, on les prend plus exotiques, plus typées, et suffisamment moches pour être sûr qu’elles soient assez désespérées pour y aller à fond. La fois suivante, on n’avale toujours pas, mais l’on teste la solidité de la capote contre son trou pas encore lubrifié. C’est surtout la première fois que ça fait mal. Ejaculation sur le visage, en bas de la joue, puis dans la bouche, mais on recrache tout de suite. Dans la voiture, avant même de s’éloigner de la camionnette, on boit quelques gorgées de la bouteille prévue pour l’occasion. Légère douleur à la dent : ça saigne. Sensation d’effondrement tout autour de soi : et si j’étais allé trop loin ? Longs calculs de statistiques, probabilités, et autres témoignages sur Internet, en ne lisant que ceux qui nous rassurent, et puis, on se dit que si l’on avale bien au fond de la gorge, ça passe. Autant que je sache, toutes les amatrices vivant de leur Allopass font comme ça, et aucune n’a jamais témoigné d’une quelconque contamination. Mais la sensation de manque est encore plus insatiable qu’une femme dans une galerie marchande, et les duos ne suffisent plus : petites annonces d’abattage, tout le monde fantasme sur le sexe non protégé mais personne n’ose aller plus loin que sa main. Jusqu’à cette nuit-là, cet utilitaire aménagé, tenu par un petit mec assez sec, qui vous attache confortablement — tant qu’à faire ! — et va encaisser l’argent toute la nuit durant tandis que la sensation de souillure ira au-delà de la jouissance, jusqu’à ce moment inapparent où la maladie est nôtre et l’éjaculation devenue un réflexe mécanique sans plaisir. Cette nuit-là, onze personnes me sont passées dessus. Laquelle était en trop ? Depuis quelques jours, mon voisin a changé ses horaires. Avant, il allait aux toilettes en même temps que je vomissais avant de prendre mes cachets. Mais je crois qu’au bout de quelques temps, il a compris. Contrairement à moi, il fait encore partie de la société, et la société refuse d’affronter la vérité, préférant vivre en esclave de maîtres illégitimes les abreuvant des mensonges les plus scandaleux : le sida est une maladie réservée aux Africains et aux homosexuels ; vous êtes blancs, hétérosexuels, et affamés, vous n’êtes donc pas concernés. Alors qu’en fait, la vérité, c’est que Mind Chaos est ennuyeux à mourir, mais il coûte moins cher qu’une pipe. (Cette chronique est dédiée à Jérôme Delvaux, qui pense avoir le sida chaque fois — traduisez : quotidiennement — qu’il baise sans capote l’une de ses groupies.) |
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