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Jeanne Cherhal : "à la Cigale" Parfaite inconnue dimanche 3 avril 2005, par |
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Trois ans que Jeanne Cherhal tourne dans tout le pays, et la voilà qui vient de récolter une Victoire de la Musique ("Révélation du public de l’année"), propre à lui assurer une notoriété certaine. Hébergée par le label Tôt ou Tard, camarade de scène de Vincent Delerm, tout semble indiquer qu’elle fait elle aussi partie de cette nouvelle scène française...
... et pourtant, elle est un peu à part. La couverture de son premier album, enregistré live en 2003 dans sa ville de Nantes, nous la présentait de dos, avec des nattes, dans un décor orangé. Rien à voir avec la grisaille ambiante de ses jeunes contemporains. Sur cet album, on pouvait l’entendre jouer avec tout son caractère : enthousiasme, ironie, folie, poésie... et un joli brin de voix. Le premier "vrai" album, Douze fois par an, voyait des arrangements très travaillés presque gâcher le duo voix-piano - ce DVD qui en propose tous les titres en version live promettait donc à ceux ayant raté la tournée de se réconcilier avec l’artiste. Et il faut dire que le label n’a pas perdu de temps : filmé en novembre, sorti en mars, impeccable pour profiter du récent engouement. Pour ceux qui ont pu voir Jeanne à la télé dans ses nombreux passages promo, pas de problème, mais pour les autres, non, la jaquette ne trompe pas : finies les nattes, finies les mèches. Jeanne a désormais les cheveux fort courts - ça n’a l’air de rien, mais ça fait son effet. Une fois le DVD dans le lecteur, un court plan rapproché des mains de Jeanne sur le piano, une superbe mélodie, et on arrive sur un menu minimaliste, qui ne laisse pas le choix des titres. Pas de fioritures sur cette partie-là de la galette, mais on se doute qu’on risque d’en trouver sur la réalisation du concert lui-même, vu que Bruno Sevaistre est aux manettes. Déjà coupable de DVD pour Vincent Delerm, Thomas Fersen ou Zazie, l’ancien reporter d’images s’y connaît pour mettre en valeur les musiciens. Pas de déception de ce côté-là : lorsque Jeanne Cherhal arrive sur scène pour s’installer au piano, de profil, avec son guitariste Eric Löhrer sur la droite, on se dit que décidément, la réalisation compte pour beaucoup. Rien de pire qu’un(e) pianiste filmé plan-plan, et rien de cela ici. De jolis éclairages mauves, et voici Jeanne qui commence à jouer une mélodie drôlement belle. Une mélodie lente et mélancolique, qui se révèle être une introduction inédite à Douze fois par an. Cette chanson s’en trouve encore plus grave que sur l’album - jouée toujours en premier, est-ce une manière d’évacuer cette tonalité ? Toujours est-il que le réalisme féminin de ce titre reste très prenant, et qu’il est difficile de croire que la troisième personne n’est pas la première. On enchaîne avec Super 8, parabole amusante sur la mort, et Ca sent le sapin, qui en rajoute dans la cocasserie. Oui, le talent de la demoiselle, c’est bien de croquer des situations, des portraits d’hommes, de femmes, de couples. Croquer la vie. "Quand on n’a plus goût à rien, qu’on se lève plus le matin, qu’on mastique son chagrin, comme un morceau de vieux pain (...), là ça sent vraiment le sapin".
La séduction, la vie de couple, on sait tous ce que c’est : les deux chansons qui suivent vont bien ensemble. Dans Un couple normal où Jeanne parle à sa meilleure amie, maîtresse d’un homme marié, le ton se fait tendre et cinglant à la fois. Dans Parfait inconnu, l’atmosphère change rapidement, la naïveté laissant place au réalisme. Pour ce titre, Jeanne quitte son piano pour venir chanter face au public, très complice avec lui, la rythmique rapide de la chanson l’y aidant. Complicité toujours, lorsque Jeanne prend sa basse et propose au public le choix entre deux versions d’une chanson ("une musique, deux textes" pour Wong), ou quand elle l’invite à frapper dans ses mains en rythme pour masquer la faiblesse du refrain de Charles. Quand Jeanne parle, la petite robe noire seyante, les cheveux courts, le maquillage, tout cela s’en va. Dans sa tête, Jeanne porte toujours un jean et un T-shirt, et elle a toujours des nattes. Jeanne est toujours en train d’éprouver son talent naissant dans les fêtes de fin d’année de son lycée de Châteaubriant, auprès de ses camarades. Ce côté-là, très visible dans les inédits et hilarants Quand on est très amoureux et Roller, cohabite avec le côté plus adulte et éprouvé des Bas morceaux et autres Chiens de faïence. Cela se sent aussi dans la voix : parfois, Jeanne chuchote, ou donne l’impression d’abandonner en arrêtant de chanter pour simplement réciter, mais parfois, la voix se montre très assurée, très forte, capable de modulations impressionnantes. Qui plus est, alors que pas mal de ses contemporains ont une diction pour le moins feignante, la Nantaise reste parfaitement maîtresse de ses mots, même dans les phrasés les plus rapides. Si vous mélangez cela aux textes espiègles ou mordants, vous obtenez une vraie chansonnière. La preuve ? Le petit voisin, une vraie "java sociale", comme elle l’appelle. Un titre déjà très populaire, pas forcément entièrement représentatif du style Cherhal, mais qui donne facilement envie de goûter au reste. Avec Les photos de mariage, joué à quatre sur scène (avec Vincent Segal au violoncelle et Ibrahim Maalouf à la trompette), on se dit que Jeanne perd moins à être entourée en concert que sur disque. Pour ce qui est de la voir encore mieux entourée, il faut retourner au menu et choisir le premier bonus : deux duos avec Jacques Higelin, toujours à la Cigale. Tirée du mythique album Alertez les bébés de 1976, la reprise de La rousse au chocolat se révèle très attendrissante : Jeanne, au piano, regarde avec douceur un Higelin debout, qui chante presque comme un enfant. Sur Je voudrais dormir, duo déjà impressionnant sur l’album, les deux amis sont assis, côte à côte, et se regardent tout en chantant. Deux minutes absolument magiques, qui rappellent combien Higelin est à part, et combien il est trop rare. Donc merci, mademoiselle Cherhal. En bonus supplémentaire, deux titres filmés un an auparavant, dans la même salle, en première partie de Thomas Fersen. On commence backstage, et on entend en voix off la chanteuse commenter rétrospectivement les gestes angoissés d’une Jeanne Cherhal old school ("à l’époque, j’aimais bien attirer l’attention avec mes cheveux"). Le rideau s’ouvre ensuite, et Jeanne s’installe devant, au piano, face au public et non de profil, pour chanter Les photos de mariage et Le petit voisin, recevant un bel accueil des spectateurs. Des bonus un peu maigres mais qui ont du coeur. Côté technique, rien à dire : le contraste de l’image est excellent, les musiciens se détachent parfaitement des ténèbres grâce à de soigneux éclairages. C’est surtout côté son que le DVD impressionne : une stéréo sans chichis, mais particulièrement bien mixée. Contrairement aux apparences, pas facile de donner de la consistance et du relief à un duo piano - basse ou piano - guitare. En bref, un DVD mettant bien en valeur une jeune artiste attachante, et qu’on se surprend à regarder en boucle.
DVD Zone 2 PAL, sorti chez Tôt ou Tard. Son stéréo. Durée du concert : 80 minutes, dont 5 inédits et une reprise. Durée des bonus : 18 minutes. |
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Il y a 1 contribution(s) au forum. > Jeanne Cherhal : "à la Cigale"
(1/1) 11 avril 2005 |
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