Pop-Rock.com



Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"
L’état de grâce

dimanche 10 avril 2005, par Jérôme Delvaux

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Iron Maiden : "Live after death"
KMFDM : "Beat by beat by beat" + "Sturm & drang Tour"
David Gilmour : "Remember that night - Live at the Royal Albert Hall"
Front 242 : "Speed Tribe"
Male or Female : "Primitive reflections twisted from mind"
Portishead : "PNYC Live"
Nick Cave & The Bad Seeds : "The abattoir blues tour"
Mathieu Boogaerts : "2002 en concert solo"
Paradise Lost : "Evolve"
Ministry : "Sphinctour"


Elvis Presley et Frank Sinatra ne sont plus de ce monde. On garde du premier le souvenir d’un formidable interprète, capable d’électriser les foules comme aucun artiste avant lui. Du second, on se souvient d’une classe naturelle rare et d’un inimitable talent de crooner. Morrissey se situe à mi-chemin entre ces deux icônes, tout en s’en distingant par son indépendance absolue vis-à-vis des requins du show-business. Il n’a toutefois jamais disposé d’une popularité comparable à celle de ces monstres sacrés. Sur scène, il n’a pourtant plus grand-chose à leur envier.

Après une traversée du désert durant la deuxième moitié des années 90, Morrissey revenait en 2004 avec You are the quarry, l’album parfait dont rêve tout artiste. Une tournée mondiale triomphale (sans la moindre date en Belgique) rappela ensuite le chanteur au bon souvenir de ses fans. Partout, les bananes fifties, les t-shirts The Smiths et les perfectos pouvaient refaire surface, comme en 1985/86, quand les sensationnels Meat is murder et The Queen is dead, deux albums testament du rock indépendant, mirent l’Angleterre à genoux.

Le 22 mai 2004, Morrissey a rendez-vous avec son passé, son public et sa ville : Manchester, la grise métropole. Manchester et ses banlieues ouvrières, qui furent le théâtre de son éclosion et qui restent irrémédiablement liées à son histoire et à celle des Smiths. Manchester qui fut souvent évoquée en chansons (The headmaster ritual) et dont les quartiers prolétaires furent à maintes reprises mis en musique (Rusholm ruffians, Strangeways, here we come) ou en images (Stop me if you’ve heard this one before). Manchester que le Moz finit toutefois par quitter, en désaccord profond avec la politique britannique, pour s’installer dans la luxuriante et ensoleillée Californie.

C’est bel et bien en héros national qu’il est accueilli en ce 22 mai, jour de son quarante-cinquième anniversaire. Certains fans ont fait le voyage des Etats-Unis pour ne pas manquer ça, et ils ne le regretteront pas. Leur idole monte sur scène sous un déluge d’applaudissements, avec un décor à la hauteur de la démesure du personnage. Morrissey est écrit en lettres géantes et scintillantes, rappelant délibérément le Elvis illuminé et tout aussi gigantesque devant lequel le King se produisait au début des années 70. Il prend le micro, et c’est le troisième couplet de My way - rappelant ainsi une fois encore Presley et Sinatra - qu’il chante a capella. « Regrets, I’ve had a few, but then again, too few to mention ». Quelle meilleure manière d’entamer un show dans sa ville natale ?

First of the gang to die, premier titre de son répertoire qu’il choisit d’interpréter, met le feu d’entrée de jeu. You are the quarry n’est sorti que depuis quelques semaines, mais les fans sont déjà complètement conquis par ce morceau décrivant les mésaventures d’un jeune premier dans un redoutable gang de Los Angeles. Les musiciens qui accompagnent Morrissey (ses fidèles Alain Whyte, Boz Boorer et Gary Day, mais aussi le batteur Deano Butterworth et le claviériste Mickey V. Farrel) ont toujours ce look de truands à la petite semaine, tout droits sortis de films des années 50. Ils ne jouent pourtant pas du rockabilly ringard, comme leur dégaine pourrait le laisser supposer, mais bien de la pop magistrale et du rock’n’roll flamboyant, chargé d’émotions et de montées en puissance.

Leur prestation est à l’image de la performance vocale de Morrissey : grandiose. Au travers de 19 morceaux (dont 7 du dernier album !), le groupe et le chanteur nous en mettent plein la vue. Quelques titres des Smiths (The headmaster ritual, A rush and a push and the land is ours,...) sont revisités dans une liesse générale, même si les mauvaises langues diront qu’Alain Whyte et Boz Boorer ne sont pas trop de deux pour remplacer Johnny Marr à la guitare. Les succès de la carrière solo de Moz font mouche également. Everyday is like Sunday, son single le plus vendu, co-écrit en 1988 avec Vini Reilly de The Durutti Column, est enchaîné avec Subway train, une reprise des New York Dolls, vieux groupe glam-rock américain que Steven n’a jamais cessé d’aduler.

Des titres de You are the quarry, c’est sans surprise l’ultra-politique et fédérateur single Irish blood, English heart qui déclenche les plus vives réactions, ici, au coeur de l’Angleterre. Rien de comparable toutefois avec les deux derniers titres du set : Shoplifters of the world unite et There is a light that never goes out, deux des morceaux les plus populaires de la discographie des Smiths. Durant cet émouvant final, des spectateurs pris dans une transe hystérique tentent de sauter sur la scène pour toucher leur idole, comme certains avaient déjà essayé de le faire un peu plus tôt. Le service de sécurité tente de les en empêcher, mais l’un ou l’autre parviendront quand même à lui serrer la main avant de sombrer dans un quasi évanouissement. A la différence du public d’autres artistes, il ne s’agit pas ici de manifestations de joie de jeunes filles à peine pubères, mais bien d’hommes, pour la plupart trentenaires et virils, foudroyés par la voix splendide et par le charisme de Morrissey.

Pour les distraits qui auraient laissé passer un des plus grands mythes des 25 dernières années sans jamais y prêter l’oreille attentive qu’il mérite incontestablement, Who put the M in Manchester ? constitue une séance de rattrapage indispensable. C’est bien simple, l’achat du DVD devrait être déductible fiscalement tant on peut parler dans son chef d’utilité publique.

- Outre ce concert magnifiquement filmé et dont le dispositif Dolby Digital 5.1 ravira les amateurs de beau son, le DVD offre divers bonus dont cinq chansons enregistrées également à Manchester en 2004, au Move Festival, devant un public encore plus nombreux et plus excité.

Un CD live est sorti le même jour que ce DVD. Il a pour titre Live at Earls Court et a été enregistré à Londres, fin 2004, devant plus de 17.000 spectateurs. Il compte 18 titres et présente un track-listing différent de celui de la vidéo. On y a ainsi droit au fameux How soon is now ? en ouverture, dans une version pour le moins étonnante, mais aussi des classiques des Smiths comme Bigmouth strikes again (souvenez-nous de la reprise de Placebo) ou encore le fantastique et presque jamais joué Last night I dreamt that somebody loved me. Pour tout fan, ce CD live est un complément indispensable du DVD.



Répondre à cet article

Jérôme Delvaux





Il y a 20 contribution(s) au forum.

> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"
(1/6) 15 avril 2005, par lkj
> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"
(2/6) 11 avril 2005
> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"
(3/6) 11 avril 2005
> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"
(4/6) 10 avril 2005, par Fus
> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"
(5/6) 10 avril 2005, par Flo
> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"
(6/6) 10 avril 2005, par joanny




> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"

15 avril 2005, par lkj [retour au début des forums]

Un mythe Morrissey ? Rien que ça ?
Bon disons que je préfère oublier les videos des clips existants (des heures de poilades guaranties) et me rappeller les seules images de concert que j’ai pu voir.Morrissey gesticule beaucoup (couché, allongé, tortillement des fesses,debout etc...) mais ne paraît pas essouflé et la voix est là.
Sportif le gars.

[Répondre à ce message]

> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"

11 avril 2005 [retour au début des forums]

Et en plus, Morissey s’est pris pour Morten Harket en Norvège, entonnant les premières notes de The Sun always shines on tv. Il a bon goût...C’est pas en bonus dans le DVD ?

[Répondre à ce message]

> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"

11 avril 2005 [retour au début des forums]

comme quoi ecrire de belles chansons n’est pas incompatible avec être une bête de scène.

Messieurs Bono, Gallagher et "qu’ont les sortent" prenez en de la graine.Nul besoin de feu d’artifices et autres gadgets quand ont a du talent.

[Répondre à ce message]

> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"

10 avril 2005, par Fus [retour au début des forums]

Maman, plus tard je veux être Morrissey .

[Répondre à ce message]

> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"

10 avril 2005, par Flo [retour au début des forums]

A pleurer...

[Répondre à ce message]

> Morrissey : "Who put the M in Manchester ?"

10 avril 2005, par joanny [retour au début des forums]

Le genre de DVD qui me ferait presque investir dans une télé et un lecteur... Bah, je finirai bien par le visionner un jour.
En ce qui concerne le CD Live At Earls Court, il est absolument brillant. Son nickel, voix du Moz à tomber ; l’entendre chanter I Have Forgiven Jesus ou Let Me Kiss You colle le frisson. Sans parler du superbe enchainement Subway Train / Munich Air Disaster 1958...

[Répondre à ce message]