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The Chemical Brothers : "Singles 93-03"
Block Rockin’ Bits

vendredi 7 novembre 2003, par Jérôme Prévost

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Dix ans déjà que Tom Rowlands et Ed Simons nous abreuvent de leurs sons big beat... Leurs clips furent tous marquants par leur créativité visuelle : ce DVD vient les compiler, avec des informations très fournies sur chacun d’entre eux.

La jaquette très sobre du DVD cache tout d’abord un livret de 16 pages assez peu informatif (du design, du design, du design... et deux articles dithyrambiques sur le duo). Une fois le disque inséré dans le lecteur, pas de présentation de l’éditeur, ni de blabla légal : on arrive directement sur le menu. Cinq sections s’offrent à nous : étudions-les en détail.

La section Promos liste les clips vidéo ayant servi à la promotion des singles, ainsi que les bonus y étant associés le cas échéant.

- Life is Sweet (1995), featuring Tim Burgess des Charlatans. Seul single tiré du premier album, cette chanson pourtant très sympathique sonne assez datée, et le clip n’y est pas pour rien : la mise en scène n’a rien d’exceptionnel et le noir et blanc semble couvrir un manque d’idées manifeste. Le seul intérêt de ce clip réside dans le fait qu’on y voit Tom et Ed sur leurs consoles, chose assez rare dans un clip électro. Il s’agit d’une réelle déception de la part du réalisateur : Walter Stern n’a en fait réalisé que des clips mémorables, notamment pour Prodigy (No Good, Poison, Voodoo People, Firestarter, Breathe), Massive Attack (Teardrop, Angel, Risingson), David Bowie (Thursday’s Child, Survive) et Madonna (Drowned World). Disons-le franchement, même comparé à ses clips les plus fauchés, Life is Sweet fait pitié. Aucun bonus ne vient d’ailleurs accompagner ce clip.

- Setting Sun (1996), featuring Noel Gallagher. Ce clip marque la première collaboration des Chemical Brothers avec Dom & Nic (alias Dominic Hawley et Nick Goffey), jusque-là réalisateurs attitrés de vidéos pour Supergrass (onze au total !), ainsi que du mythique I’m Afraid of Americans de Bowie avec Trent Reznor. Leur carrière les a également menés vers la publicité pour des marques de chaussures de sport, de soda à bulles, de voitures de luxe et de mobilier suédois. Leur style très particulier réside principalement dans le montage ; ici, l’utilisation combinée du ralenti et des jump-cuts donne une vision distordue de la réalité : celle d’une jeune anglaise traînant chez elle avant d’assister à une rave. Ce coup d’essai était, il faut bien le dire, un coup de maître : les grandes lignes du style visuel des Chemical Brothers définies ici seront toujours respectées par la suite. Le cameo de Tom et Ed (apparition courte et discrète, façon Alfred Hitchcock) deviendra une tradition dans toutes leurs vidéos. En bonus, une minute d’interview de Tom et Ed (ainsi que de Noel Gallagher, qui regrette de n’avoir pu apparaître dans le clip), plus une interview "à l’hélium" de Dom & Nic.

- Block Rockin’ Beats (1997). De nouveau réalisé par Dom & Nic, ce clip montre deux flics en civil poursuivant un couple allant assister à une rave. La pluie sous laquelle se déroule la poursuite en voiture et les éclairages stroboscopiques de la rave illustrent très bien la rythmique saccadée et la ligne de basse dementielle qui soutient le morceau. Il est surprenant qu’un morceau à la structure si peu accessible ait eu tant de succès - nul doute que la vidéo y a participé. En bonus, 40 secondes d’interview de Tom et Ed. Nos deux amis comparent leur point de vue du morceau (si tous deux adorent le clip, Ed trouve la chanson intéressante à jouer en live mais peu dansante, alors que Tom la trouve très "funky").

- Elektrobank (1997). Ce clip est à étudier à bien des niveaux. Tout d’abord, son réalisateur : Spike Jonze fut un des éditeurs du Grand Royal Magazine sous la direction des Beastie Boys, pour lesquels il réalisa le mémorable Sabotage. Après avoir créé la série stupido-masochiste Jackass, il est passé au cinéma pour faire deux films bien "barrés" : Being John Malkovich et Adaptation. Sa femme est Sofia Coppola, autrefois actrice pour son père, aujourd’hui réalisatrice (Virgin Suicides). Tout ça pour vous dire que la vidéo d’Electrobank n’est rien d’autre qu’un superbe court-métrage. Jonze a élaboré pour ce titre un scénario se déroulant dans une compétition de gymnastique rythmique. Une jeune gymnaste blessée à la jambe va tenter de se dépasser, encouragée par son entraîneur et ses parents, sous le regard haineux de sa rivale. La gymnaste, c’est Sofia Coppola elle-même ; bien entendu doublée pour les scènes de sauts, elle prête son expressivité et sa grâce à ce personnage adolescent plein de doutes. Le principal bonus associé à ce clip est un commentaire audio de Spike Jonze - l’idée est enthousiasmante, mais malheureusement, l’homme est désespérant : il va passer les 5 mn 30 que durent le clip à se plaindre du manque d’intérêt de l’exercice. "Il n’y a rien de plus stupide comme question que de me demander comment j’ai réalisé ce clip. C’est comme demander à un peintre où il a trouvé ses idées. La musique, de nos jours, est vendue accompagnée par un clip et ce n’est pas mon travail : je fais des films, en général. Les Chemical Brothers m’ont demandé de faire ce clip - ce n’était pas mon idée, ce milieu est plein de branleurs, de toute façon. Ils ne voulaient pas apparaître dans la vidéo, ce qui m’allait bien : je ne vois pas pourquoi les artistes devraient obligatoirement jouer dans leurs clips, surtout quand ils ressemblent aux Chemical Brothers : il y a un grand blond et un petit frisé. Je veux dire, ils font un super son, mais personne n’a envie de les regarder". Quand il parle enfin du clip, ce n’est toujours pas très délicatement : "Il parle d’espoirs, de rêves, de déceptions, de désirs. C’est pourquoi je voulais utiliser des gymnastes. Elles ne sont pas juste vivantes, elles sont si vivantes, elles respirent, elles s’expriment réellement, pas en restant chez elles à écouter un putain de commentaire audio pour un DVD". Il passe ensuite deux minutes à insulter l’équipe de tournage russe ("fucking monkeys") qui a bousillé son travail au point qu’il ait dû recourir aux images de synthèse pour sauver son film. Très instructif, ce commentaire mériterait d’être retranscrit en entier dans notre rubrique La Décharge. Il s’agit malheureusement du seul bonus de ce DVD qui ne soit pas sous-titré en français. En autre bonus, on trouve une courte interview de Tom et Ed parlant du concept du clip.

- Hey Boy Hey Girl (1998). De nouveau Dom & Nic aux rênes de la réalisation de ce clip. La chanson, aux sonorités très acid house, comporte une pulsation en crescendo qui provoque une attente chez l’auditeur : celui-ci, attendant l’inévitable aboutissement de la rythmique, ne peut s’empêcher de danser. Enfin... je ne sais pas pour vous, mais chez moi, ça marche comme ça ! Le clip, tout le monde le connaît : ambiance de club où l’héroïne finit par voir tous les ravers comme des squelettes... En bonus, une interview où Tom et Ed parlent de l’ambiance créée en concert par ce morceau.

- Let Forever Be (1999), featuring Noel Gallagher. Jusque là renommé pour son travail avec Björk (Human Behaviour, Army of Me, Isobel, Hyperballad, Joga, Bachelorette), le français Michel Gondry s’adapte parfaitement au monde des Chemical Brothers. Son clip est un trompe-l’oeil en forme de kaléidoscope - les trucages numériques sont légion, mais la magie est bien là. En bonus, une interview où Tom Rowlands parle de la conception du clip : ils souhaitaient juste une vision psychédélique moderne... et Michel Gondry a créé un univers entier. Noel Gallagher, quant à lui, se plaint encore de ne pas être dans le clip ("j’aurais pu être le batteur, car le leur est vraiment trop nul" - sans commentaire).

- Out of Control (1999), featuring Bernard Sumner. Réalisé par Wiz, collègue de Dom & Nic chez Oil Factory, ce clip se passe dans une rue dévastée de Cuba, où une pulpeuse révolutionnaire fait face aux forces de l’ordre. Si cela semble bien sérieux au premier abord, tout sera désamorcé au bout de 2 minutes, en symbiose avec le zénith mélodique de la chanson (dû à l’irruption de la guitare de Sumner), pour ensuite reprendre sur des images réelles d’émeutes réprimées par l’armée. Le clip se termine par un plan de nuit où une jeune femme tagge sur un mur les mots "Give me some substance", référence inévitable à Joy Division et New Order. Malheureusement aucun bonus spécifique n’est disponible pour ce clip - il faudra se référer à la rubrique interview pour savoir ce qu’en pense Bernard Sumner.

- Star Guitar (2002). Avez-vous déjà eu l’impression, lorsque vous écoutiez de la musique en voiture ou en train, que le paysage s’accordait avec les sons que vous entendiez ? Star Guitar concrétise cette idée toute simple : Michel Gondry a filmé des séquences par la vitre du train où il voyageait ; ces images ont ensuite été retraitées digitalement. Au final, sur ce paysage qui défile, des maisons, des arbres, des usines apparaissent synchronisées avec les boucles et les rythmes du morceau. Le résultat est hypnotisant. Le principal bonus qui accompagne ce clip justifie à lui seul l’achat du DVD. Durant 9 minutes, on voit Michel Gondry schématiser sur le papier les différentes boucles qui seront représentées à l’écran, puis s’essayer à concrétiser la chose en posant au sol des oranges, des verres, des fourchettes, des chaussures... Tout simplement magique. En autre bonus, une interview de 2 minutes où Tom exprime son admiration pour Michel Gondry et la manière dont celui-ci a illustré l’idée de mouvement qu’il y avait dans la chanson.

- The Test (2002), featuring Richard Ashcroft. Dernier clip en date à avoir été réalisé par Dom & Nic, The Test nous montre les errances d’une jeune femme qui, émerveillée par la beauté sous-marine, remonte à la surface pour se promener sur une plage, puis sur une lande désertique... Un clip très épuré comparé aux autres. En bonus, une courte interview où Ed parle de son admiration pour The Verve et Richard Ashcroft.

- The Golden Path (2003), featuring The Flaming Lips. Premier inédit tiré de la compilation, le clip de The Golden Path conte les rêves psychédéliques d’un triste employé de bureau dans les années 70. Une vidéo sympathique, mais qui souffre de son concept : à force de rechercher le contraste entre le rêve et le réel, on risque de désintéresser le spectateur. Il faut dire en effet que le côté réel est filmé avec un grain et des couleurs qu’on croirait tirés d’une vieille série télé allemande... Aucun bonus n’est disponible pour ce premier clip du publicitaire Chris Milk.

La section Live nous présente cinq titres lors de différents festivals. Il est quasiment impossible de reproduire en film l’expérience vécue par le public lors d’un set de techno.. c’est peine perdue sur Hey Girl Hey Boy filmé au Red Rocks en 1999 : les caméras ciblent principalement Tom et Ed et ne se mélangent pas au public. Les titres extraits du Fuji Festival en 2002 sont bien plus intéressants, de par la mise en scène elle-même du concert (disposition circulaire des consoles sur scène, projections et éclairages sophistiqués). On peut y voir Hoops couplé à une version remixée de Setting Sun, puis une courte reprise du Temptation de New Order, basée sur la rythmique de Star Guitar. On trouve également deux titres à Glastonbury, l’un en 1997 (Chemical Beats, utilisé à l’époque comme bande-son pour le jeu vidéo Wipe Out), l’autre en 2000 (The Private Psychedelic Reel, titre de 10 minutes fermant l’album Dig Your Own Hole).

La section Interviews nous propose des entretiens individuels avec Noel Gallagher, Tim Burgess, Richard Ashcroft, Beth Orton, Norman Cook (alias Fatboy Slim), Wayne Coyne (chanteur des Flaming Lips), Justin Robertson (DJ mancunien), Sean Rowley (animateur à la BBC) et Bernard Sumner. Tous parlent de leur rencontre avec les Chemical Brothers et de leur vision de leur musique.

La section The Private Reels est un montage assez classique d’images filmées au caméscope dans le tour-bus du groupe, à l’hôtel, à l’aéroport, etc. Rien de bien excitant dans ces 8 minutes : nous aurions préféré un documentaire sur la création en studio...

La section Chronology consiste juste à revoir les clips bout à bout, sans repasser par les menus.

En ce qui concerne la qualité d’image de ce DVD, pas grand-chose à dire : la compression est bien maîtrisée (y compris sur les nombreuses scènes de nuit ou surexposées), mais on peut regretter un certain manque de définition sur plusieurs clips. Quant au son, il faut se contenter d’une bête stéréo (là encore, point de salut sans le Prologic II pour donner un peu d’ampleur à tout cela). Il aurait été préférable que l’éditeur attende encore un peu pour remixer l’ensemble en 5.1, d’autant plus que le prochain single de la compilation, Get Yourself High, sort chez nous fin novembre, et qu’il sera sans doute doté d’un clip, évidemment absent de ce DVD ! Que cela ne vous empêche cependant pas de vous jeter sur cette galette...

DVD Region ALL sorti chez Virgin / Freestyle Dust en 2003. Durée totale : 1h52. Image 16/9, son PCM Stéréo.



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Jérôme Prévost