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Patti Smith : "Easter" Human punk mardi 11 janvier 2005, par |
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Easter, sorti en 1978, est l’album de la consécration, si pas artistique, en tout cas commerciale pour Patti Smith. Principalement en raison du succès du remarquable Because the night, co-écrit avec Bruce Springsteen et dédié au mari de Patti, Fred « Sonic » Smith des MC5.
Deux niveaux d’écoute sont possibles pour Easter. On peut le considérer comme un simple album de rock de la fin des années 70, doté d’une chanteuse à la forte personnalité. Les compositions sont étranges et dépareillées pour l’époque : entre les ballades, les brûlots revendicatifs, les restes de positivisme hippie et les interrogations existentielles, chacune d’entre elles possède sa propre personnalité, marquée au fer rouge. Le Patti Smith Group, plus efficace que virtuose, va à l’essentiel : rythmique lourde, riffs acides, harmonium déglingué et nappes d’arrangements à la Phil Spector. Ce n’est pas encore tout à fait du punk, mais ça n’a déjà plus rien à voir avec le rock de papa. Quant à Patti Smith, elle est la première représentante féminine du rock à demeurer hermétique à toute influence folk ou blues. Les murmures, les plaintes désolées, les feulements haineux (Rock’n roll nigger), les psalmodies incantatoires (Ghost dance) les audaces déclamatoires se mélangent sans aucun respect pour les règles établies en matière d’interprétation féminine. Patti Smith ouvre la voie à toutes les artistes qui ont quelque chose de fort à exprimer et refusent de rester cantonnées au rôle de jolies potiches. Jamais un mot plus haut que l’autre, voilà bien une devise à laquelle Patti refuse même d’accorder un regard. Le second niveau consiste à voir en Easter une toile musicale finalement secondaire pour l’exhumation des angoisses et de la quête initiatique de Patti Smith. La religion, ou plutôt le mysticisme, est omniprésente dans ses écrits. La recherche d’une instance supérieure qui pourrait expliquer la vie, la mort, l’amour et la haine. Ses croyances ne se rattachent à rien d’institutionnel mais plutôt à la quête permanente d’une vérité originelle et éternellement valable. Les apports combinés du christianisme et du chamanisme rituel dans ses écrits font plus qu’évoquer le fantôme d’un autre mystique halluciné des années 60, Jim Morrisson. La comparaison est également valable en ce qui concerne les nombreuses allusions sexuelles de l’artiste, elles aussi uniquement envisageables dans un cadre gnostique. Mais prenez garde ! A trop essayer de pénétrer l’univers cabalistique et hermétique de Smith, il y a risque de s’y perdre à jamais ! En dépit de quelques morceaux plus légers, aux thèmes plus contemporains ou en tout cas, moins ouvertement mystérieux, Easter ressemble à une longue introspection sur laquelle planeraient les ombres des grands mystiques de l’histoire pour le sens ; de Lou Reed, du MC5 et des Doors pour l’aspect musical ; et de William Burroughs, Arthur Rimbaud et Jean Genet pour l’ écriture. Patti Smith aura été à la fois un précurseur, une enragée, une femme amoureuse, une mystique et un véritable concentré d’influences philosophiques, musicales et littéraires diverses. Quelqu’un qui croyait abruptement que la musique pouvait réellement libérer les âmes et les corps, à une époque où le punk ne songeait qu’à détruire l’existant. Quelqu’un qui, tout en se raccrochant à des idées bientôt dévorées par le consumérisme galopant des années 80, se montrait visionnaire à sa manière. Mais plus que tout, une artiste à part entière, qui a réussi l’exploit impossible de concilier idées personnelles complexes et relative facilité d’accès auditive. |
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Il y a 11 contribution(s) au forum. Patti Smith : "Easter"
(1/5) 30 juin 2006, par Lullaby > Patti Smith : "Easter"
(2/5) 30 juin 2005, par mike > Patti Smith : "Easter"
(3/5) 27 février 2005 > Patti Smith : "Easter"
(4/5) 11 janvier 2005 > Patti Smith : "Easter"
(5/5) 11 janvier 2005, par Yves |
> Patti Smith : "Easter" 11 janvier 2005, par Marc Lenglet [retour au début des forums] La réponse est dans votre contribution. Vous prenez la peine de signaler : aussi et surtout un projet de réforme sociale fondée sur une réforme intellectuelle et spirituelle. Cela peut clairement s’appliquer aux hippies, et d’autant plus à Patti Smith ; eux qui espéraient changer les esprits et la société dans son ensemble gràce à leur mixture de spiritualités et à leurs échafaudages intellectuels optimistes et naïfs.
Je me demande seulement si vous passez votre temps à cela sur chaque article. > Patti Smith : "Easter" 11 janvier 2005 [retour au début des forums] (...) aux hippies, et d’autant plus à Patti Smith ; eux qui espéraient changer les esprits et la société dans son ensemble gràce à leur mixture de spiritualités et à leurs échafaudages intellectuels optimistes et naïfs. Non, justement ! Le postulat positiviste croyait en la primauté de la science, comme explication seule, unique et universelle à toute chose en ce monde. L’idée n’est — heureusement — plus très en vogue aujourd’hui, mais la spiritualité est clairement un domaine que n’abordaient pas les positivites, si ce n’est pour la refuser au profit de la science. Peu de marques d’optimisme également dans le mouvement (lisez "Le Suicide" de Durkheim (1897)). De la naïveté, sans doute, mais d’une essence tellement différente de celle des hippies qu’employer le même mot pour les désigner ne peut être que spécieux. Ce ne sont de toute façon que débats sans fin où on peut prouver n’importe quoi et son contraire. Non. Le positivisme est un courant philosophique connu, analysé, commenté, aux frontières nettes et sans équivoque. Le mouvement "hippie", "baba cool" ou "peace and love" en est un autre, aux frontières également assez claires. Durkheim ou Comte n’avaient vraiment rien de hippie. Je me demande seulement si vous passez votre temps à cela sur chaque article. Oui. Une lecture, si elle n’est pas critique, est généralement assez vaine. Aujourd’hui, Internet donne la formidable possibilité aux lecteurs d’échanger directement leurs points de vue avec les rédacteurs, ce qui ajoute encore de la valeur à cette lecture critique. Le simple fait que vous répondiez à mon commentaire est, d’ailleurs, en lui-même, un début de preuve du fait que vous adhérez à cette idée, et c’est tout à votre honneur. > Patti Smith : "Easter" 11 janvier 2005, par Marc Lenglet [retour au début des forums] Pas de problème : je sais reconnaître une erreur quand j’en commets une. Après quelques recherches supplémentaires, il semble que j’ai ici maltraité le terme à tel point qu’il faudrait faire preuve d’une bonne dose de mauvaise foi pour persister à défendre sa présente utilisation.
> Patti Smith : "Easter" 11 janvier 2005, par Marc Lenglet [retour au début des forums] L’époque des yuppies, la crise d’un côté, la consommation à outrance chez ceux qui en avaient les moyens. Le punk écrasé, au profit de l’entertainment dans son ensemble (euro-pop, synth-pop, hard FM, etc...). Une bonne partie des années 80, et quelques exceptions mises à part, les gens n’avaient guère envie qu’on les secoue et qu’on les incite à quoi que ce soit. Ce qui marchait, c’était ce qui était léger, dansant, à plaisir immédiat, superficiel, qui avait de l’allure. A mon avis, un groupe comme RATM serait resté confidentiel s’il avait débuté 7 ou 8 ans avant. Et il suffit de voir la vitesse à laquelle une bonne partie des groupes de l’époque ont plongé dans l’obscurité quand les mentalités ont évolué. > Patti Smith : "Easter" 11 janvier 2005, par Yves [retour au début des forums] OK, expliqué comme ça, je crois comprendre l’idée, mais le consumérisme c’est pas ça !
> Patti Smith : "Easter" 11 janvier 2005, par Marc Lenglet [retour au début des forums] Sa réelle expansion date plutôt des années 60, mais il est vrai que j’ai mal utilisé ce terme (décidément, je n’ai pas de chance avec cet article, moi.. !). Je peux toujours arguer que consumérisme galopant implique forcément consommation galopante, et que c’est dans ce sens qu’il fallait comprendre, mais bon, une imprécision reste une imprécision. Faut faire un choix entre productivité et précision extrème.
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