Pop-Rock.com


Bruxelles, Botanique, 31 octobre 2005.
Oceansize : "La nouvelle vague British ? On n’aime pas. Point barre !"
Interview

lundi 21 novembre 2005, par Laurent Bianchi

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Je rencontre Mike Vennart, figure de proue d’Oceansize, dans les loges du Botanique, une demi-heure après le concert donné à la Rotonde. Avec un très bon album sous le bras, ce groupe que beaucoup voient comme le nouveau Faith No More joue la dernière date de sa - petite - tournée européenne. Mike Vennart, dans ses attitudes et dans sa philosophie, me fera très vite penser à Chris Corner, rencontré il y a tout juste un an au même endroit, dans les mêmes conditions. Je demande toujours, si possible, d’avoir des entretiens après le concert, car l’alchimie y est bien plus intéressante. Dès le début, cependant, je vois bien que cette interview ne l’enchante guère, mais il s’y plie quand même.

- Pop-Rock.com : Tu as dit que c’était ce soir la dernière date de votre tournée. Comment s’est-elle déroulée ?

- Mike Vennart : C’était incroyable. C’était la première véritable tournée d’Oceansize. Avant, nous avions ouvert pour des groupes comme Aereogramme. Là, ce sont nos concerts à nous, et c’est vraiment merveilleux. Les gens ici sont différents de chez nous (ndlr : l’Angleterre), surtout en ce qui concerne l’ambiance, et particulièrement en Allemagne et en Hollande. Je pourrais y jouer n’importe quand tellement c’est le pied...

- L’Allemagne t’a visiblement marquée...

- Oui, car les Allemands semblent vraiment aimer ce qui est neuf. Ils sont très enthousiastes et optimistes dans leur rapport à la musique. Quand ils sortent, ou vont à un concert, ils font tout pour passer un bon moment et avoir un bon spectacle. Et du coup, bien sûr, ils participent au succès de la chose. En Angleterre, les spectateurs attendent...

- Qu’en est-il des publics belges et français ?

- Ils ne sont pas très différents de l’Allemand, peut-être un peu plus réservés. On a joué à Paris l’autre jour, et c’était absolument dingue : nous avons eu de nombreux problèmes techniques, tout merdait à tel point que nous avons dû faire une jam session improvisée qui a duré cinq minutes... C’était le cauchemar total ! Le public fut cependant très patient, on a bien aimé son attitude.

- Dans l’intro de votre show, on peut entendre des extraits de discours de Tony Blair...

- Oui, il s’agit en fait d’un montage qui permet de lui faire dire ce que l’on aimerait qu’il dise...

- Ah, comme Cassette Boy en somme ?

- Oui, exactement ! Comment se fait-il qu’il soit connu par ici ? Mais oui, c’est comme Chris Morris aussi.

- Et que penses-tu de Tony Blair ?

- (Théâtral) Nous le soutiendrons toujours. Non, sérieux, n’on est pas du tout dans cette merde...

- Bon, changeons de sujet alors. Après vous avoir vu en concert à l’instant, je peux sans nul doute affirmer que vous êtes un groupe qui vit par et pour la scène. Avez-vous déjà pensé à enregistrer tout un album dans les conditions du live, en une seule prise ?

- Tu veux dire enregistrer un album dans les conditions du live mais sans public, c’est ça ? Il y a en effet un projet qui va dans ce sens oui, mais on ne fait qu’en parler à ce stade. Nous aimerions faire quelque chose de très organique, dans les extrêmes. Ce serait totalement live, et incroyablement libre. Le son serait très naturel et on proscrirait les outils digitaux. Ce serait juste nous en train de jouer live, sans filet.

- Connais-tu un groupe appelé Kong ?

- Non. Comme dans King Kong ?

- Oui, c’était un groupe hollandais. Ils jouaient réellement en quadriphonie, avec le batteur sur scène et les autres protagonistes aux quatre coins de la salle. Je vous verrais bien dans ce concept.

- Oui. C’est étrange car Kong c’est aussi le nom du groupe dans lequel joue notre batteur, Mark...

- Vous avez changé de producteur, passant de Chris Sheldon (Foo Fighters , Therapy ?) à Dan Austin (Doves, The Cooper Temple Clause) et Danton Supple (Coldplay, Doves) au mixage...

- Je ne comprends pas ce que vous avez ici avec les producteurs. On me pose tout le temps cette question... Est-ce si important ? On dirait que pour vous, le producteur va changer tout l’environnement, ou je ne sais quoi. Chris Shelton est un putain de producteur. On savait comment le disque serait avec lui, car il a un style, et beaucoup de finesse. On avait envie de changer, c’est tout. Dan et Danton étaient parfaits aussi.

- Des idées de qui sera le prochain producteur ?

- (Rires). On a déjà écrit deux titres pour le nouvel album, mais nous n’avons aucune idée de qui en sera le producteur, non. On peut le faire avec quiconque des précédents.

- Des idées précises pour le prochain album, sinon ?

- Oui, mais les idées, on sait comment ça va : on se dit, allez, on va faire un truc comme ceci ou comme cela, et puis après deux chansons l’inspiration est déjà épuisée.

- Quelles ont été jusqu’ici les réactions des médias et du public à l’encontre de Everyone into position ?

- Les chroniques ont été fantastiques, un peu partout. Vendre un disque, c’est un truc étrange. Tu n’y penses pas. Tu écris des trucs car c’est la musique que tu aimes. Quiconque compose et joue la musique qu’il aimerait entendre, il croit en ce qu’il fait.

- Pourrais-tu me dire ce que tu as lu, regardé et écouté pendant le processus d’enregistrement du dernier album et qui a pu avoir de près ou de loin une influence ?

- Rien. Non, rien de particulier. Peut-être Disintegration de The Cure, un groupe que je ne connaissais pas bien, et qu’un ami m’a fait découvrir. Je me rappelle quand il a mis ce CD dans la bagnole... A la première chanson, Plainsong, j’étais "Oh my God !" (Rires)

- Et vraiment pas de lectures ou de films ?

- Ouais, la série des Rocky (sourire)...

- Suivant le même principe que La Haine dont la bande sonore a été réécrite par Asian Dub Foundation, quel film choisirais-tu ?

- Rocky III ! ou L’empire contre-attaque.

- Avez-vous déjà pensé à faire un opéra rock ?

- Oui. Tommy III ! J’aimais beaucoup des films comme The Rock Horror Picture Show, The Wall ou des trucs comme ça, ce que l’on appelle des opéras rock. Mais quand je regarde ça aujourd’hui, je me dis que c’est tellement indigeste, mauvais. Les gens ne chantent pas comme ça pour exprimer des choses, c’est nul ce concept en fait.

- Oui, mais regarde ce que vient de faire un groupe comme Green Jelly...

- Green Jelly ? Wouah, qu’est-ce qu’ils deviennent ceux-là ? Je me souviens d’eux.

- (Rires) Non, je voulais dire Green Day, dont American Idiot se veut être une nouvelle forme de protestation rock contre le système Bush. La forme des chansons, en quatre ou cinq volets, est intéressante...

- (Rires) Oui, j’avais compris que c’était Green Day. Ceci dit, j’aimais bien Green Jelly et leurs pastiches de Metallica et des Red Hot. Oui, pour revenir à Green Jelly... euh, Green Day (Rires). Je crois qu’il s’agit d’un thème. Ouais, c’est intéressant, mais sans plus. Sans intérêt pour nous en tout cas.

- Quand on lit les chroniques sur vous, il y a tellement de références... Y en a-t-il que tu reconnais et d’autres où tu ne comprends pas ?

- Oui, il y en a tellement, tu as raison...

- Peut-on les passer en revue ? Faith No More ?

- Oui, eux j’adore.

- The Cure ?

- Oui.

- Team Sleep ?

- Je ne les ai pas entendus.

- A Perfect Circle ?

- Non.

- Soundgarden ?

- Oui, eux aussi. J’adorais.

- Et le rock progressif ?

- Non, pas le rock progressif. Pitié. (Rires) Tout ce que je peux dire c’est qu’Oceansize ne tire pas son fonds de commerce de ces groupes. Je ne veux pas de ça. Ce qui m’intéresse, c’est de toucher les gens, de leur procurer une certaine émotion. Je ne veux pas devenir un modèle de perfectionnement technique car derrière ce message il y a toujours ce "check me out". Tous les groupes actuels par exemple, j’essaie de ne pas les voir négativement, mais j’ai vraiment du mal à vrai dire.

- A ce propos, que penses-tu de la nouvelle vague british ?

- Notre opinion personnelle, c’est plutôt : on n’aime pas, point barre.

- Et tu comprends le succès qu’elle remporte ?

- Non, pas vraiment, car je vois ça comme une resucée de tout ce qu’on a fait avant. Il y a trop d’images et de mode là-dedans, pas assez de musique. La presse britannique adore ça... C’est dommage. C’est le rock tabloïd en quelque sorte. Nos fans ne sont pas dans ce trip. Il y a beaucoup de ces groupes qui n’arriveront même pas à un deuxième album. C’est dingue le pouvoir qu’a le NME...

- Y a-t-il cependant un groupe qui sort du lot pour toi ?

- Oui, The Futureheads. Je les ai vus avant leur premier album, en live, et je les ai trouvés bons.

- Qu’est-ce que tu écoutes sinon ? Qu’as-tu découvert de très bon cette année ?

- Mon groupe préféré pour le moment, mais déjà depuis un certain temps, est un groupe qui s’appelle Cardiac. Pas Cardigans, comme l’ont écrit les quinze personnes à qui j’ai donné des interviews à Hambourg, en Allemagne. CARDIAC (Rires). Bon, pour Cardigans, c’est pas trop grave, ils étaient bons au début, mais j’imagine les gens qui lisent ça : "Cardigans ???". Non, Cardiac me fait un effet boeuf, comme jamais aucun groupe ne m’en a procuré. Ils existent depuis trente ans, et n’ont jamais eu de contrat avec aucun label. Ce sont des génies. Ce qu’ils font est fucking extraordianire. C’est une influence énorme pour moi. Une source d’inspiration même. Il y a de quoi faire avec eux !

- Connais-tu Amusement Parks On Fire, et cette nouvelle vague nu-gazing ?

- Non, mais dans le shoegazing j’ai découvert récemment Autolux. Tout le monde dans le groupe aime Autolux, et on l’écoute beaucoup pour l’instant.

- Pour revenir à Mike Patton, l’intro de Heaven alive ressemble à s’y méprendre à du Fantomas. Quant à A Homage to a shame, elle a la même sorte de construction que Caffeine, de Faith No More.

- Je suis content que tu me dises ça, car Mike Patton est un maître toutes catégories pour moi. J’ai déjà chanté Caffeine. Cette chanson est un must. On la jouait quand on n’avait pas encore d’album, et que l’on manquait de titres. C’était - et c’est encore - notre cover préférée. J’ai rencontré Patton quelques fois en backstage. Mais mon plus grand souvenir, c’est un concert à Paris lorsque j’avais 17 ans, pendant leur tournée King for a day fool for a lifetime. Si tu as la chance de voir ou revoir un jour le clip de Ricochet, tu me verras, là, derrière. Le clip n’est pas fameux, mais je suis là, quelques secondes. Mais évidemment, vu que le clip n’est pas super, c’est celui qui ne se trouve jamais sur la compile best of bazar (Rires). Quand tu vois des clips comme Easy ou Evidence...

- Un grand merci pour cet entretien.

- Merci à toi. Sans rire, ça m’emmerdait mais c’était une très chouette interview. Merci.



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Laurent Bianchi