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Sissi Lewis : "On doit définitivement avoir une approche visuelle de la musique" Challengers d’un futur proche lundi 30 mars 2009, par |
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C’était à Paris, il y a quelques temps déjà, un plan limite pique-assiettes chez le concepteur des sites web de Daft Punk et Carla Bruni ; à ses heures également organisateur du festival Calvi on The Rocks. Entre les platées de saucissons corses et les cocktails à bulles, traînaient des démos de ce groupe, Sissi Lewis, annonçant sur la pochette des reprises de Justice et Daft Punk. On embarqua ça pour rire un bon coup, persuadé de tenir une nouvelle prétentieuse nullité french touch 2 point bulle à dégommer hilare sur l’un ou l’autre blog. Sauf que pas du tout... C’était tout à fait autre chose, non seulement étonnant mais aussi de grande qualité. De la pop rêveuse et stylée, une musique atmosphérique et touchante. Des reprises non pas putassières, ni ricanantes, mais adaptant plus simplement deux tubes criards à un univers très tempéré et personnel.
Sissi Lewis a depuis été comparé à Air par certains magazines parisiens et à ce qu’a sorti Vincent Gallo sur Warp par des proches du groupe. Certains lui prédisent un bel avenir parce que c’est un duo fondamentalement pop, à la musique très accessible, même si souvent inspirée de choses singulières, voire difficiles. Le groupe est né dans l’urgence et se cherche encore. Il peut toutefois déjà être applaudi pour cette aptitude à évoluer avec grâce et personnalité au sein de références « lourdes » et de reprises finalement pas du tout évidentes. Ce qui n’est pas si commun et c’est bien pourquoi, plutôt soufflés, nous avons cherché à en savoir plus, afin de présenter ces possibles challengers du futur proche doublés d’un véritable coup de cœur très actuel. « Sissi Lewis, c’est Arnaud Boutin et Clément Dozier, 29 et 26 ans. On s’est rencontré à l’école. On faisait du multimédia aux Gobelins, à Paris. Nous sommes des gens de l’image, de formation. On apprenait à monter des sites web mais cela ne nous plaisait pas plus que ça. Du coup, on a commencé l’animation. Un prétexte parfait pour pouvoir aussi enregistrer de la musique ! On a réalisé ensemble un petit clip où on a fait les dessins, l’animation, la bande sonore... C’était en 2004, pour un festival qui n’a jamais eu lieu. Après, on a fait du graphisme à droite, à gauche... Pour des agences, des réalisateurs. Durant un an, on s’est retrouvés à bosser dans l’atelier de Kuntzel et Deygas. Bertrand Burgalat traînait un peu là-bas et Kuntzel a une sono dingue sur laquelle il passe tous ses vieux vinyles. Ca nous donnait vachement envie de commencer sérieusement la musique. Comme beaucoup de monde, on gratouillait des guitares, on bidouillait sur ordinateurs. Le plan Nirvana au lycée, qui se prolonge dans ta chambre avec un laptop. On a toujours eu plein de potes qui ont monté des groupes mais nous, on parlait beaucoup mais finalement, on n’osait jamais. Un jour, on s’est acheté un clavier, dans l’idée d’officialiser notre volonté de composer de la musique et de passer à une étape supérieure. Il n’a pas servi pendant peut-être 6 mois. Ce qui a finalement accéléré les choses, c’est une exposition de nos travaux graphiques qui nous a été commandée. Ca, ça a même été un vrai coup de pied au cul ! On n’avait qu’une seule vidéo, on a du dans la foulée faire des affiches, des dessins, des sculptures et aussi d’autres vidéos, donc d’autres morceaux de musique ! Alors, on s’est trouvé un nom de groupe et on s’est fait un MySpace ! D’un morceau à l’autre, ça nous donnait des idées et l’envie d’en enregistrer d’autres. Les copains nous ont dit que ce qu’on faisait ressemblait à cet album de Vincent Gallo sur Warp. On l’a pas mal écouté, on l’aime bien mais quand on a fait ces morceaux, on ne s’imaginait pas du tout qu’il y avait ça chez nous. Des évidences sont apparues, par après. Des trucs marrants, bizarres. Beaucoup d’artistes qui nous inspirent sont par exemple associés à des images de déserts : Pink Floyd avec Zabriskie Point, Vincent Gallo avec Brown Bunny, Boards of Canada d’une certaine manière... On doit définitivement avoir une approche visuelle de la musique. On nous dit d’ailleurs souvent que Sissi Lewis, c’est cinématographique et ce n’est pas étonnant, on écoute beaucoup de musiques de films, aussi. Du coup, ce qu’on fait, ça ne nous paraît pas si peu commun, même si après, notre résultat est peut-être plus pop que chez d’autres. Ce qui est important pour nous, c’est que chaque morceau ait son identité propre, qu’il raconte quelque chose. Qu’il y ait un truc qui « parle », même si sans forcément du chant et du texte. Mais l’accessibilité en soit, c’est super intéressant. Dans ce contexte qui est le nôtre, on a trouvé un style où l’on s’entend vraiment très bien, tous les deux. On s’y est un tout petit peu promené et il nous reste beaucoup de choses à y faire. On a pas mal d’envies, des pistes, même si on n’a pas assez d’expérience encore pour savoir jusqu’où cela peut aller, ce que cela peut donner... On fonctionne sur le dialogue et jusqu’ici, cela nous a mené vers des choses auxquelles on ne s’attendait pas vraiment. Il y a beaucoup de styles qui nous intéressent, l’envie de tenter des choses. L’autre jour, on regardait encore des vidéos des concerts au piano de Gonzales sur YouTube... C’est un 360 degré qui fait bien fantasmer, oui ! » |
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Serge Coosemans |