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Le top 5 de l’année de Jérôme Delvaux jeudi 3 janvier 2008 |
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Son premier album solo, voici quatre ans, n’avait peut-être pas entièrement comblé toutes les attentes de son public, mais il lui avait permis d’enfin s’affranchir hors du giron de Martin Gore, songwriter attitré et omnipotent leader de Depeche Mode. Cet essai lui avait en outre permis de participer ensuite, pour la toute première fois, à l’écriture d’un album de DM, Playing the angel. C’était en 2005 et le disque fut à la fois une réussite artistique et un succès commercial. Désormais totalement décomplexé et bien conscient de ses capacités de parolier, Dave Gahan nous a livré cette année son chef-d’œuvre : Hourglass, un album profond, sombre et envoûtant qui réussit le mariage parfait des guitares (dont celle de John Frusciante) avec les machines de ce petite génie d’Andrew Phillpott. Séduisant de bout en bout, avec un single excellent au refrain immédiatement mémorisable (Kingdom), des mélodies ensorcelantes (Saw something, Down, A little lie), des expérimentations plus inattendues (Deeper and deeper) et une prestation vocale d’ensemble absolument remarquable, Dave Gahan surpasse qualitativement en solo ce que Depeche Mode a proposé depuis une dizaine d’années. Si Gore accepte de mettre encore un peu plus d’eau dans son vin, c’est de très bon augure pour l’avenir du groupe.
Je l’avoue, la perspective de voir Bryan Ferry consacrer un album entier à des reprises de Bob Dylan ne m’enchantait guère. Il était pourtant temps qu’il en finisse une fois pour toutes avec son obsession pour ce vieux râleur qui chante avec le nez bouché et la même vieille guitare sèche depuis quarante-cinq ans. Knockin’ on Heaven’s door, The times they are a-changin’, Gates of Eden, All along the watchtower, le chanteur de Roxy Music magnifie tous ces classiques du répertoire folk de Dylan par son charisme, son raffinement et son élégance naturelle. Avec Ferry, les textes - magnifiques, il faut bien le reconnaître - de Robert Zimmerman trouvent enfin un interprète à la hauteur. Vu comme ça, c’est clair : un des meilleurs chanteurs en activité reprenant les chansons du plus grand songwriter du siècle passé, cela ne pouvait que donner un bon résultat. En espérant toutefois que Dylan ne songe pas à réciproquer l’hommage, car on l’imagine quand même assez mal poser sa voix éraillée sur Avalon ou Slave to love.
Je détestais Manson à ses débuts. Le personnage manquait, selon moi, cruellement d’originalité (un mix un brin radicalisé d’Alice Cooper avec David Bowie période Ziggy Stardust, le tout joué avec les guitares de Nine Inch Nails, il fallait être inculte pour trouver cela novateur), la provoc gotho-fasciste était facile et la musique me semblait bien fade. Bref, Manson était chez moi un sujet de plaisanteries, au même titre que Slipknot et d’autres clowns formatés MTV. Ses reprises décalées retenaient toutefois mon attention (celle de Golden years de Bowie est superbe) et j’ai donc suivi son parcours de loin... Jusqu’à ce que tous mes a priori s’effondrent avec ce Eat me, drink me extrêmement bien ficelé. Se rapprochant de l’esprit du Bowie funky du milieu des années 70, justement, Brian Warner se la joue désormais crooner obscur sur des compositions de plus en plus enlevées et abouties. Avec son acolyte Tim Sköld, il fait preuve à plusieurs reprises d’un vrai feeling pop (mais rassurez-vous, ils n’ont pas encore complètement renoncé aux guitares saturées !). Posée sur des instrumentations bien plus accessibles que de coutume, sa voix, de moins en moins criarde et trafiquée, en devient même parfois plaisante. Pour moi, c’est la bonne surprise de l’année.
Evidemment, pour tout amateur de musique électronique, une association de Jean-Luc De Meyer de Front 242 avec le groupe Implant, cela ne peut que faire saliver. Un premier E.P., Humanity, était déjà venu nous rappeler - comme si c’était encore nécessaire - en début d’année à quel point ces gars-là connaissent la musique. En pas moins de dix-neuf titres (plus une rafale de remixes en bonus sur l’édition limitée), Weird news from an uncertain future enfonce le clou. Entre textes tragiques et plus poétiques (Hérissons et porcs-épiques, chanté en français par Jean-Luc « the voice of Europe » De Meyer) mais néanmoins alarmistes, c’est un futur peu réjouissant que nous dépeint 32 Crash. Une bonne nouvelle se dégage toutefois : même s’il semble de plus en plus probable que Front 242 ne sortira plus jamais de nouveaux albums, ce side-project-ci a toutes les qualités requises pour nous aider à nous consoler.
Depuis que la mode est au mélange des genres, les DJ’s sortent de leur sectarisme et n’ont plus peur d’enchaîner durant un même set de la house, du rock et de l’electro. Les portes des grands festivals rock sont donc désormais ouvertes à des artistes comme le Dr. Lektroluv, qui se distinguent par l’éclectisme de leurs goûts. Lors de son set de cet été à Werchter, le grand nightclubber vert en smoking a réussi sans trop se forcer à faire jumper les dizaines de milliers de spectateurs du festival - et leur degré d’alcoolémie à cette heure avancée de la nuit n’explique pas tout. Difficile effectivement de résister à l’appel de la danse lorsqu’il nous balance des pépites comme Fuck that shit des Subs, You gonna want me de Tiga remixé par Tocadisco, Go de Moby complètement réorchestré par Trentemöller, ou encore Gravity rainbow des Klaxons martyrisé par les petits pervers de Soulwax. Si vous cherchez un disque pour mettre de l’ambiance dans vos soirées décadentes improvisées, ce Live at Rock Werchter est plus qu’indiqué. Testé et approuvé.
En parlant de Soulwax, je ne résiste pas au plaisir de créer une place inédite de cinquième ex aequo pour leur compilation de remixes. L’objet est surtout à recommander pour son second CD, sur lequel les frangins Dewaele reprennent leur casquette 2 Many DJ’s et nous balancent un mix explosif ininterrompu d’une petite vingtaine de titres tous plus dansants les uns que les autres. Entre Dominator de Human Resources Vs. 808 State relifté par leurs soins et le fameux Dare de Gorillaz à la sauce gantoise, on se délecte d’une série d’enchaînements totalement imparables (celui du Rocket ride de Felix da Housecat avec Seventeen de Ladytron compte parmi les plus réussis). Si ce disque n’arrive pas à faire bouger vos gambettes sur la piste de danse, c’est que vous êtes mort.
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