Pop-Rock.com



Alice Cooper : "Trash"
Croquemitaine en manque de liquidités

samedi 26 juin 2004, par Marc Lenglet

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Accept : "Metal heart"
Exodus : "Bonded by blood"
Iron Maiden : "Iron Maiden"
Candlemass : "Epicus doomicus metallicus"
Ozzy Osbourne : "Blizzard of Ozz"
Mercyful Fate : "Don’t break the oath"
Slayer : "Reign in blood"
W.A.S.P. : "W.A.S.P."
Helloween : "Walls of Jericho"
Whitesnake : "1987"


Délaissé durant les années 80, passant son temps entre cures de désintoxication et plateaux du Muppet Show, Alice Cooper ne récolte même plus le dixième du succès qu’il avait connu durant la première moitié des années 70. Une désastreuse expérience new wave au début de la décennie l’a discrédité auprès de ses fans les plus fidèles, tandis que les albums suivants ne sont plus guère en phase avec les goûts du moment.

Qu’à cela ne tienne : Alice Cooper, au tournant de la quarantaine, est décidé à réussir le plus retentissant come-back de l’histoire du rock. Si le père du Shock-rock est bien convaincu d’une chose, c’est que son vieux fond de commerce, la théâtralité morbide et les satires cyniques des années 70, ne feront plus recette dans l’immédiat. Question spectacle, les groupes de hard rock des années 80 rivalisent d’ingéniosité dans la gore attitude, tandis que les masses un peu abruties de l’époque semblent n’avoir comme principaux critères de jugement que les gonzesses et les bagnoles. Autant dire que des chansons à la Elected ou Gutter cats vs The Jets tomberaient tout à fait à plat entre un lancer de pancréas de W.A.S.P. et un slow langoureux de Whitesnake. Une seule solution pour retrouver son rang : battre tous ces jeunes sauvageons à leur propre jeu, et à cette fin, se déculotter et faire passer ses principes fondateurs par pertes et profits. Oui, Alice Cooper a putassé sur ce coup-là. On dira que c’était pour la bonne cause.

Alice fait alors appel à Desmond Child, l’un des plus célèbres songwriters américains. Child transforme en or tout ce qu’il touche, ayant notamment été responsable de Livin’ on a prayer pour Bon Jovi, Crazy pour Aerosmith ou I was made for lovin’ you our Kiss. Il travaillera également plus tard avec Cher, Ricky Martin ou Céline Dion. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’homme s’acquittera de sa tâche à la perfection, composant pour monsieur Furnier une dizaine de morceaux rugissants aux refrains imparables, partagés entre chansons offensives aux thèmes appropriés à son horrifique commanditaire, power balades dans le même esprit, et l’un ou l’autre slow dégoulinant. On y rajoute une bonne louche d’invités en vogue (Jon Bon Jovi et Richie Sambora, Steven Tyler et Joe Perry,…), on réalise des clips remplis de pouliches en cuir, de chaînes et de musiciens chevelus, et on livre le produit fini à Alice, qui n’a alors plus qu’à empocher les dividendes.

Il s’agit finalement moins de l’album d’Alice Cooper que de celui de Desmond Child avec Alice Cooper crédité au chant. Avec son style vocal toujours aussi malsain et vicieux, ce dernier n’a dès lors pas de grands efforts à faire pour y imprimer sa marque. Bref, devant une pareille opération, il y a de quoi hurler devant l’ingénuité avec laquelle un artiste de talent a vendu son âme à la facilité pour réaliser une percée. Enfin…on aurait hurlé si l’album avait été lamentable. Ce qui est tout sauf le cas. Bien sûr, les paroles sont pratiquement dépourvues d’intérêt, bien sûr les riffs sont plus efficaces qu’inventifs, bien sûr cet album est à mille lieux du style pionnier d’Alice dans les années 70. Mais hormis le déplorable slow Only my heart talkin’, qui irait sérieusement nier que Poison, House of fire ou Bed of nails figurent parmi les meilleurs morceaux de hard FM à avoir jamais vu le jour ? Qu’Alice Cooper, par son charisme sulfureux et sa voix inimitable, s’est d’emblée propulsé vers les sommets du hard , laissant loin en arrière la majorité des formations stéréotypées de cette époque ? Le côté profondément pop des chansons fonctionne à merveille et, si on cherche un pur moment d’entertainment dépourvu de la moindre audace artistique, on ne pourra qu’être satisfait de cet album, parfaitement représentatif de la musique hard festive de l’époque. Peu importe qu’on porte ou non un jugement sur la méthode, Trash ne contient presque aucune note dissonante, même si il est tout sauf varié. Trash n’est qu’un un album commercial. Totalement et délicieusement commercial.



Répondre à cet article

Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

> Alice Cooper : "Trash"
(1/2) 23 décembre 2004, par polo
> Alice Cooper : "Trash"
(2/2) 4 juillet 2004, par Uncle Luke




> Alice Cooper : "Trash"

23 décembre 2004, par polo [retour au début des forums]

il n’y effectivement pas de meilleur critique à donner à l’album Trash.Cooper est un véritable chat auquel aucune chute ne fait peur.Il l’a encore prouvé avec son dernier album "the eyes of Alice Cooper".Attendons patiemment la suite des aventures du légendaire vétéran du rock’n roll !!

[Répondre à ce message]

> Alice Cooper : "Trash"

4 juillet 2004, par Uncle Luke [retour au début des forums]

A la décharge d’Alice Cooper, il ne faut pas oublier que la plupart des "vieilles" stars des années 60-70 ont pour la plupart pondu leurs pires albums dans les années 80, en essayant de suivre le mouvement et de rester dans le coup, afin de ne pas passer pour des has-been.

[Répondre à ce message]