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Manowar : "Battle Hymns MMXI" Conan à la maison de repos samedi 30 avril 2011, par |
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Je l’avoue sans la moindre honte, je suis un fervent défenseur de Manowar. Je suis capable de défendre avec la pire des mauvaises fois toutes les frasques des guerriers du metal, que ce soit leur look à la virilité contestable, la baisse de qualité permanente depuis Triumph of steel, leur discours démago, le fait qu’ils n’aient plus sorti de véritable album studio depuis 2007, et même le coup de pute à Rhapsody. J’ai traversé la moitié de l’Allemagne pour les voir et je me suis même fendu d’un « c’était quand même chouette » pour qualifier un concert médiocre. Bon, j’ai bien un peu pesté sur le fait que leur tournée actuelle ne s’arrête même pas en Belgique, et j’ai feint d’ignorer la sortie de l’abominable album hommage à Ronnie James Dio. Mais là, quand Manowar se fend d’un remake de leur premier album, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Ré-enregistrer un album n’a pourtant rien de nouveau. De nombreux groupes se sont déjà essayés à cet exercice avec plus ou moins de bonheur. Mais le plus souvent, cette démarche trouve une justification, par exemple pour réinterpréter les titres avec un nouveau line-up, ou pour un Xème anniversaire de la sortie de l’album. Ici, j’ai beau chercher, je ne vois pas. Battle hymns étant sorti en 1982, on ne peut pas vraiment parler d’un anniversaire, à moins que le nombre 29 ne possède une signification particulière chez Manowar. De même, l’unique changement de line-up par rapport à l’époque, c’est le guitariste Karl Logan, seul membre du groupe qui n’a pas participé à l’enregistrement de Battle Hymns. Ceci dit, le gaillard fait tout de même partie de Manowar depuis quinze ans, donc pas à proprement parler un premier communiant. Non, y’a pas à se gratter, je ne vois qu’une seule explication logique : le pognon ! On aurait pu éventuellement prétendre que le groupe voulait ré-enregistrer son premier album pour présenter une nouvelle approche musicale des titres de l’époque, riche de son évolution musicale. Le souci est que nous sommes ici en présence d’une redite note pour note de l’œuvre originale, et ce n’est pas vraiment l’évolution de Manowar qui nous saute au visage à l’écoute de ce Battle hymns nouveau cru. En effet, depuis le départ du guitariste d’origine, Ross the boss, le groupe n’a fait que régresser musicalement et, même s’il m’en coûte de l’avouer, ce remake ne fait que le mettre en évidence. Le Manowar qui a enregistré la première version de Battle hymns était fort de sa jeunesse, affamé, anxieux de s’imposer sur une scène musicale bondée, de prouver qu’il avait quelque chose à dire et qu’il méritait sa place. Par contre, le groupe qui a commis ce remake est un groupe bouffi d’un orgueil mal placé, un groupe en perte de vitesse, qui n’a plus rien à dire et qui ferait bien d’apprendre à fermer sa gueule. Pour peu, on aurait presque l’impression d’être en présence d’un tribute band. Tous les titres sont interprétés un cran en dessous du rythme d’origine, et les musiciens peinent à suivre la partition. Dans le même registre, les guitares sont accordées un ton en dessous, histoire que ce pauvre Eric Adams, qui n’a plus les cordes vocales de ses vingt ans, n’ait pas trop l’air ridicule. Toujours au rayon comparaisons, ce remake a tout de même le mérite de permettre de constater combien Manowar a perdu avec le départ de son guitariste original. Karl Logan est sans doute un très bon technicien, mais au final, il n’est qu’un branleur de manche parmi tant d’autres. Aucune émotion dans son jeu, aucun des petits détails qui épiçaient le jeu de son prédécesseur. Preuve à l’appui, la chanson qui donne son titre à Battle Hymns est, dans sa version originale, ce qu’il convient d’appeler un monument de metal épique. Sa nouvelle version est tellement plate que l’on s’emmerde après deux minutes. On peut bien dégoiser des heures durant sur Luca Turilli (Rhapsody Of Fire), mais lui parvient au moins à instiller cet esprit épique à sa musique, indispensable pour que cela fonctionne. De manière générale, l’album est surproduit par les bons soins de tonton Joey lui-même. L’original avait un son cru, brut de décoffrage, le genre de son qui convient parfaitement à ce genre de heavy rock US. Ici, l’ensemble sonne comme aseptisé, à tel point que l’on dirait un album de Madonna. La basse est beaucoup trop en avant, mais ça, on en a l’habitude, vu qu’il faut bien flatter l’égo sur-dimensionné de DeMaio. Cerise sur le gâteau, on a droit à un nouvel épisode de maltraitance sur des personnes âgées, puisque Manowar a de nouveau kidnappé Christopher Lee dans son hospice, histoire de venir déclamer avec sa grosse voix sur Dark avenger, la narration sur l’original étant assurée par Orson Wells. Joey, mon petit, je sais que Christopher Lee est sans doute plus bankable que Wells, mais est-ce vraiment bien raisonnable d’abuser de la sénilité d’un pauvre vieux pour essayer de fourguer quelques albums de plus ? Et quel était le problème avec la narration originale pour vouloir en changer ? Si les E.P. Dawn of battle et Thunder in the sky avaient pu laisser entrevoir une lueur d’espoir concernant le futur artistique de Manowar, ce Battle Hyms MMXI tient plutôt lieu de clou dans le cercueil de la carrière du groupe. Il faut se rendre à l’évidence, non seulement le groupe est incapable de produire un nouvel album studio, mais en plus de ça, les Américains sont enfin tombés dans l’auto-parodie. Si le groupe est toujours actif, l’esprit de Manowar est définitivement éteint et le groupe rejoint la horde de ses imitateurs, des combos qui se déguisent en barbares de carnaval pour camoufler le fait qu’ils n’ont rien à dire. C’est une triste constatation, mais la carrière de Manowar est bel et bien terminée. Il serait temps que les membres du groupe s’en rendent compte et se décident enfin à mettre la clé sous la porte, histoire de soulager les souffrances de leurs fans qui possèdent encore un sens critique et qui pensaient encore que le groupe n’avait pas complétement sombré. |
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